Communauté financière

Interview - Sophie Javary, responsable du corporate finance pour la zone Europe, Moyen-Orient, Afrique de BNP Paribas

«Le mouvement de consolidation n’est pas terminé, en France comme en Europe»

Option Finance - 30 janvier 2017 - Propos recueillis par Valérie Nau

Sophie Javary, responsable du corporate finance pour la zone Europe, Moyen-Orient, Afrique, BNP Paribas
BNP Paribas

Deux rapprochements d’envergure ont été annoncés ces derniers jours sur le marché français, la fusion de Safran avec Zodiac et celle d’Essilor avec Luxottica. Le contexte est-il actuellement porteur pour ce type d’opérations ?
Le marché a effectivement démarré en fanfare avec ces deux opérations. Elles étaient toutefois en préparation depuis longtemps, même si elles ont été rendues publiques à très peu de temps d’intervalle. Les calendriers de préparation puis d’exécution sont très longs dans ce type d’opérations industrielles, qui peuvent prendre des mois, notamment lorsqu’elles impliquent un actionnariat familial. Ces deux opérations ont par ailleurs profité d’un contexte boursier favorable et d’une plus faible volatilité sur les marchés. Il est plus facile pour des dirigeants de convaincre les actionnaires du bien-fondé de leur stratégie dans un environnement stable. Les marchés ont ainsi plutôt bien réagi à ces opérations.

Les marchés ne se montrent-ils pas plus favorables aux opérations de croissance externe qu’il y a quelques années ?
Toutes les opérations de croissance externe menées en 2016 ont, de fait, été bien accueillies par les investisseurs, qui ont soutenu les options stratégiques choisies. Cela n’a pas toujours été le cas : lorsque Snecma et Sagem avaient fusionné pour former Safran, l’opération avait à l’époque, en 2005, suscité beaucoup de doutes sur sa rationalité économique ! Cette fois, même si le groupe a dû s’y prendre à deux fois pour convaincre Zodiac, la justification industrielle du rapprochement n’a pas été mise en cause. En outre, on voit dans cette opération, comme dans celle d’Essilor, que les sujets de gouvernance ont été appréhendés en amont. Les entreprises ont, de toute évidence, tiré les leçons de certains échecs du passé, comme le rapprochement avorté entre Publicis et Omnicom.

Si Essilor et Safran vont financer leurs opérations par échange de titres, le fait que le cycle des taux bas touche à sa fin peut-il inciter les acheteurs à profiter rapidement de conditions de marchés qui restent encore très bonnes ?
Le choix du mode opératoire des opérations est propre à chacune d’entre elles. Les échanges de titres sont a priori moins risqués que les OPA en cash, mais des opérations très importantes peuvent aussi être actuellement financées sans problème sur les marchés, comme on l’a vu l’année dernière avec les acquisitions menées par Air Liquide et Danone. L’environnement financier actuel, qui allie taux bas et forte liquidité, constitue à ce titre un soutien indéniable pour le marché des fusions-acquisitions. Mais la hausse des taux est bien présente à l’esprit de tous les dirigeants, comme en témoigne l’activité sur le marché obligataire : les émetteurs veulent engranger des fonds pour investir ultérieurement dans de très bonnes conditions. Les industriels ne seront pas les seuls à être actifs, les fonds de private equity vont l’être également car ils disposent de beaucoup de liquidités.

2017 devrait donc être une année porteuse pour le marché des M&A ?
En Europe, le marché allemand reste en deçà de ce qu’il pourrait être, compte tenu de la croissance de son économie, et, au Royaume-Uni, l’activité a pâti du Brexit en 2016. En revanche, le marché français devrait faire preuve de dynamisme : face à une croissance organique parfois incertaine, les entreprises doivent trouver des relais de développement. Elles en ont les moyens car leurs bilans ont été restaurés et elles peuvent lever sans difficultés des financements. Le mouvement de consolidation n’est donc pas terminé, en France comme en Europe, en particulier dans les secteurs des télécoms comme on le sait, des biens de consommation et, en général, de l’industrie.

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