Communauté financière

Interview - Marc Lhermitte, associé chez EY, auteur du baromètre de l’attractivité de la France 2018

«L’élection d’Emmanuel Macron a mis au premier rang de l’agenda gouvernemental l’attractivité du pays.»

Option Finance - 11 juin 2018 - Propos recueillis par Alexandra Milleret

Marc Lhermitte, associé chez EY, auteur du baromètre de l’attractivité de la France 2018
EY

Vous publiez aujourd’hui l’édition 2018 du baromètre EY de l’attractivité de la France réalisée auprès de 208 dirigeants étrangers. Quel bilan dressez-vous de l’année 2017 ?
Notre premier constat est très encourageant car 2017 est la deuxième année de progression consécutive après une décennie difficile pour l’attractivité de la France. Nous assistons à un redressement spectaculaire en nombre de projets annoncés par les investisseurs étrangers : 1 019 l’année dernière. C’est une année record !
Par ailleurs, pour la première fois, nous observons un resserrement du classement européen, qui était totalement dominé par le Royaume-Uni depuis dix ans. C’était le succès du Grand Londres en tant que capitale tertiaire et financière et d’une économie très ouverte aux investissements étrangers… qui en avait même cédé quelques grands fleurons historiques tels que Jaguar. L’Allemagne, quant à elle, jouait son rôle de cœur industriel de l’Europe. La France était en retrait, d’abord pour des raisons de compétitivité. Désormais, les trois grandes économies européennes, où se jouent la plupart des décisions d’investissements stratégiques, sont au coude à coude.
Enfin, ces nouveaux investissements sur le territoire français s’accompagnent d’une amélioration très sensible de l’image de notre pays et de la confiance que nous accordent les dirigeants étrangers sur l’attractivité à trois ans (55 %), alors qu’elle n’est que de 45 % en Allemagne et que le Royaume-Uni s’effondre avec 30 % de confiance à trois ans.

Quelles sont les raisons de cette embellie de l’attractivité française ?

La première raison est la conjoncture économique : la croissance en Europe, et notamment en France, est le premier motif de réinvestissement des dirigeants étrangers.
La deuxième est que la France a entrepris un certain nombre de réformes de compétitivité depuis la crise financière : le pacte de compétitivité et le CICE, dans un premier temps, puis, plus récemment, l’annonce de la réduction de l’impôt sur les sociétés lors de la dernière loi de finances et les ordonnances travail de septembre dernier.
La dernière raison est que l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République a mis au premier rang de l’agenda gouvernemental l’attractivité du pays. Et ce alors que le Royaume-Uni et son industrie financière sont touchés de plein fouet par le Brexit. Ajoutons que l’Allemagne a vécu une année électorale assez compliquée. La France bénéficie d’un halo de stabilité, de confiance et de dynamisme...

Quels sont les secteurs d’activité dans lesquels les investissements repartent à la hausse ?
Tous les secteurs d’activité profitent de cette croissance : les services, le numérique, l’énergie, les transports... Regardons plutôt les différences en termes d’activités. Il est intéressant de voir que c’est notamment dans les activités de production que s’incarne cette croissance. En 2017, 111 projets industriels ont été recensés dans la plupart des territoires français, et notamment dans les bassins industriels qui avaient beaucoup souffert de la crise économique.
Néanmoins, ces projets restent peu créateurs d’emplois et sont plutôt des extensions d’activités existantes. Mais ils sont le signe d’un véritable réveil et d’une transformation de notre industrie.
Par ailleurs, le retour des sièges sociaux des groupes internationaux sur le territoire est également un bon signe pour notre attractivité. Dans ce domaine, la France revient du cinquième au second rang européen, derrière le Royaume-Uni. Ce retour est très stratégique pour la France, car ce sont des centres de décisions pour toute l’Europe.
Enfin, nous observons une forte progression des centres de R&D. Et c’est justement dans ce domaine que la compétition entre les grandes nations mondiales se joue et c’est là qu’elles concentrent leur attention, leurs incitations fiscales, leurs efforts de promotion. Nous avons une très belle French Tech, mais la German Tech et la British Tech restent redoutables… La France doit poursuivre ses efforts et répondre notamment à l’enjeu de financement et d’investissement dans les projets et les start-up technologiques.

Quelles sont les perspectives pour 2018 ?

Nous pouvons être optimiste pour 2018 dans la mesure où la plupart des indicateurs sont orientés à la hausse, même si le contexte géopolitique reste instable et l’économie de la France en redressement. La confiance des investisseurs est surtout revenue auprès des entreprises déjà implantées dans l’Hexagone et le modèle économique de la France est en évolution.
Si les dirigeants étrangers nous disent que les handicaps historiques de la France (la fiscalité, la complexité de notre environnement administratif, le marché du travail) s’atténuent, notre pays doit poursuivre ses efforts de compétitivité et se préoccuper aussi du coût du travail, qui reste un de nos principaux handicaps vu d’ailleurs. En effet, la statistique européenne montre qu’en France une heure de travail coûte environ 37 euros, alors que la moyenne européenne est à 31 euros. Notre pays doit absolument se rapprocher de cette moyenne pour confirmer son attractivité.

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