Communauté financière

Interview - Olivier Martineau, directeur administratif et financier de Sigfox

«Les 150 millions d’euros que nous venons de lever devraient nous permettre d’atteindre l’équilibre d’ici deux ans.»

Option Finance - 5 décembre 2016 - Propos recueillis par Guillaume Clément

Augmentation de capital, Placement privé

Olivier Martineau, directeur administratif et financier, Sigfox
Sigfox

Un an et neuf mois après avoir levé 100 millions d’euros à l’occasion d’une augmentation de capital auprès d’investisseurs industriels et financiers internationaux, Sigfox vient de boucler un tour de table de 150 millions d’euros, soit le plus important réalisé cette année parmi les start-ups françaises. Pourquoi avoir mené cette opération ?

Cette levée de fonds répond à deux objectifs. D’une part, nous souhaitions disposer de moyens financiers supplémentaires pour accélérer le déploiement de notre réseau pour objets connectés, en particulier à l’international. Alors que nous sommes déjà présents dans 26 pays et que nous avons multiplié par dix notre chiffre d’affaires en deux ans, nous ambitionnons désormais d’intégrer près d’une soixantaine d’Etats d’ici à 2018. Pour ce faire, nous prévoyons d’investir significativement dans le développement de nos infrastructures et dans le recrutement de nouveaux collaborateurs. D’autre part, nous voulions faire entrer au sein de notre capital de nouveaux actionnaires capables d’accompagner notre croissance, y compris en apportant leur expertise en matière de développement commercial.

Cela explique-t-il la forte représentation des investisseurs industriels parmi les souscripteurs de ce tour de table ?

En effet, alors que nous avions déjà ouvert notre capital en 2015 à, entre autres, Engie, Air Liquide, Eutelsat et les opérateurs télécoms espagnol, japonais et sud-coréen Telefonica, NTT Docomo et SK Telecom, nous voulions continuer à bénéficier des atouts que présente cette catégorie d’investisseurs, notamment pour conclure des partenariats stratégiques. Après être devenu actionnaire de Sigfox, Engie a par exemple créé une filiale en Belgique qui opère nos réseaux dans ce pays. Dans le cadre du tour de table que nous venons de boucler, nous avons ainsi accueilli, aux côtés des fonds de private equity Alto Invest et Swen CP, ainsi que du président-directeur général de Parrot Henri Seydoux, le groupe industriel saoudien Tamer Group, l’éditeur de logiciel américain Salesforce et Total. Ces deux derniers acteurs pourraient nous permettre notamment d’accélérer notre développement aux Etats-Unis et en Afrique, compte tenu de leur fort positionnement sur ces deux marchés.

Dans le cadre de votre précédente augmentation de capital, vous aviez participé à près d’une soixantaine de roadshows aux quatre coins du monde. Comment avez-vous approché les investisseurs cette fois ?

Après avoir choisi nos banques en début d’année (Goldman Sachs et Lazard), nous avons rencontré individuellement une quarantaine d’actionnaires potentiels, principalement aux Etats-Unis, au Moyen-Orient et en Asie. Ne souhaitant pas faire entrer un trop grand nombre d’investisseurs au sein de notre capital, nous nous sommes focalisés sur des acteurs capables de prendre des tickets d’au moins une dizaine de millions d’euros.

Quel impact cette levée de fonds a-t-elle eu sur la répartition du capital de Sigfox ?

La structure actionnariale n’a que peu évolué. Les fondateurs et nos investisseurs financiers historiques restent majoritaires. En outre, le fait que plusieurs actionnaires existants aient participé à ce tour de table et que la valorisation du groupe ait progressé depuis début 2015 nous a permis de limiter la dilution.

Quelles seront vos prochaines étapes en matière de financement ?


Nous disposons désormais des fonds nécessaires pour assurer notre développement jusqu’à fin 2018, échéance à laquelle nous prévoyons non seulement de réaliser plusieurs centaines de millions d’euros de chiffre d’affaires (contre quelques dizaines de millions d’euros actuellement), mais aussi d’atteindre l’équilibre financier. Notre prochaine opération majeure devrait ainsi être notre introduction en bourse, qui se déroulera a priori d’ici environ deux ans sur le Nasdaq ou sur une grande place européenne. Nous n’excluons toutefois pas totalement la possibilité de lever de nouveaux capitaux entre-temps si une opportunité d’investissement importante venait à se présenter d’ici là.

À lire aussi

Interview - Charles-René Tandé, président de l’Ordre des experts-comptables

«Nos missions vont bien au delà du seul établissement des comptes»

Anjuli Pandit, responsable Sustainable Primary Capital Market chez BNP Paribas

«Les obligations indexées à des objectifs durables sont promises à un bel avenir»

Interview - Mary-Françoise Renard, responsable de l’Institut de recherche sur l’économie de la Chine (IDREC)

«Dans les dix ans qui viennent, le taux de croissance de la Chine pourrait tomber jusqu’à 5 %»