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Les banques misent sur les start-up

Option Finance - 10 juillet 2017 - Anaïs Trebaul

start up

Les banques françaises sont de plus en plus nombreuses à mettre en place des incubateurs à destination des start-up. Si ces structures assurent un véritable soutien à l’activité de ces jeunes entreprises, les établissements financiers en retirent également de nombreux bénéfices, aussi bien en termes d’élargissement de leur clientèle que de développement d’innovations.

Quasiment inexistants il y a moins de cinq ans, les accélérateurs ou incubateurs de start-up se développent à grande vitesse dans la plupart des banques. Le groupe Banque Populaire a commencé très tôt, il y a plus de dix ans, à développer des partenariats avec des incubateurs locaux. En 2014, le Crédit Agricole a décidé d’aller plus loin en lançant ses propres structures d’accompagnement, une initiative prometteuse puisque, sur la seule année 2016, cinq «Village by CA» ont été inaugurés. Ce choix a depuis été suivi par plusieurs banques, comme BNP Paribas en 2015 et la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes l’an dernier.

Emmanuel Touboul, responsable des programmes d’accélération, Atelier BNP Paribas
Atelier BNP Paribas

Concrètement, ces structures d’accueil mettent généralement des locaux à disposition de start-up innovantes et les aident à lancer leur activité en leur prodiguant des conseils financiers, stratégiques, mais aussi marketing. Plus rarement, certaines vont même jusqu’à prendre des parts au capital de ces petites pépites. A l’origine de ces initiatives, un besoin d’encadrement des jeunes entreprises. «Les start-up font régulièrement appel à nous pour des besoins de financement, mais elles ont également besoin d’être accompagnées sur des thématiques plus larges afin d’assurer la pérennisation de leur activité et d’augmenter leur visibilité», souligne Emmanuel Touboul, responsable des programmes d’accélération à l’Atelier BNP Paribas. Les start-up sont dorénavant plusieurs centaines à bénéficier des services offerts par ces structures, dont les capacités d’accueil sont très variées : celles-ci vont d’une vingtaine pour l’incubateur de la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes à près d’une centaine pour le «Village» parisien du Crédit Agricole.

Différents types d’incubateurs

Les banques ont en effet des approches assez différentes les unes des autres. D’abord, ces incubateurs-accélérateurs ne ciblent pas toujours les mêmes start-up. Certains sont spécialisés dans les fintechs, ces entreprises proposant notamment des solutions dans le domaine du big data, des objets connectés, des paiements digitaux, de la cybersécurité. «Au sein de notre incubateur B612 créé en 2016, nous accueillons actuellement 18 fintechs, insurtechs et entreprises spécialisées dans la transformation digitale des banques, à travers des conseils marketing, financiers et en entrepreneuriat, illustre Jérôme Ballet, membre du directoire en charge du pôle finance et opérations de la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes. En outre, nous accompagnons la start-up dans la constitution de son board avec l’aide d’un parrain banquier, et nous mettons à disposition gratuitement des locaux de coworking pendant une période d’un an.»
Certains établissements sont pour leur part ouverts à l’ensemble des secteurs, à l’instar du Crédit Agricole. «Tous les domaines d’activité sont acceptés au sein des “Villages by CA, explique Isabelle Beaurepaire, directrice innovation de la Fédération nationale du Crédit Agricole. Le principe de notre incubateur est de mettre en relation chaque start-up avec une grande entreprise ou une PME proche de son secteur, afin que cette dernière devienne son parrain.» De son côté, BNP Paribas a opté pour une stratégie hybride, en accompagnant, dans ses locaux «We are innovation» à Massy et Paris, des start-up au sein de différents programmes basés notamment sur des parrainages entre filiales du groupe et fintechs, ou sur des binômes grandes entreprises–jeunes pousses.

Christophe Descos, directeur du marché entreprises, Banque Populaire
Banque Populaire

En outre, si plusieurs banques développent en interne leur propre incubateur, d’autres ont préféré nouer des partenariats avec des incubateurs régionaux. «Les Banques Populaires ont choisi de devenir partenaires d’incubateurs locaux plutôt que de les concurrencer car nous souhaitons soutenir les initiatives régionales, précise Christophe Descos, directeur du marché entreprises à la Banque Populaire. Dès 2000, nous avons noué un partenariat avec l’incubateur des universités Aix-Marseille-Avignon, Impulse, spécialisé dans les nouvelles technologies. Depuis lors, Banque Populaire a lancé plusieurs partenariats, notamment avec l’incubateur de Paris Saclay, IncubAlliance, en 2010.»
Pour sélectionner les nombreux dossiers qui leur sont proposés, les banques adoptent en revanche une approche similaire. Les jeunes pousses n’en étant qu’à leur stade de développement, les critères de choix concernent avant tout la faisabilité du projet et le potentiel de croissance du marché dans lequel se place la start-up. La capacité des projets à servir de base par la suite à de possibles partenariats constitue également un élément important pour les banques ou les partenaires du programme. Au final, selon les incubateurs, la part de pépites sélectionnées varie d’une sur trois à une sur dix.

De nombreux avantages pour les start-up

Mais les start-up prometteuses étant elles aussi très sollicitées, les banques doivent également les séduire. Ces dernières comptent d’abord sur la mise à disposition de locaux attractifs. «Pour chacun des Villages, les Caisses régionales de Crédit Agricole choisissent des localisations attractives pour accueillir les start-up de leur territoire et leur proposent un loyer modéré, souligne Isabelle Beaurepaire. Ces jeunes entreprises peuvent rester jusqu’à deux ans au sein de notre écosystème, c’est-à-dire le temps nécessaire pour elles de trouver leur marché et leurs clients.»
Ensuite, les jeunes pousses bénéficient de conseils généralement assurés par des conseillers internes à la banque, mais également par de grandes et moyennes entreprises extérieures qui connaissent le secteur de la start-up ; c’est par exemple le cas des parrainages organisés par l’incubateur du Crédit Agricole avec Sanofi, Orange, PSA, Microsoft, Bonduelle, ou encore EDF.
A travers ces différents suivis, les banques assurent aux pépites un accompagnement complet. «Nous leur apportons une aide commerciale et technique pour qu’elles sachent comment croître, explique Christophe Descos. Par ailleurs, nous les accompagnons dans la mise en place d’un business plan afin qu’elles disposent d’une vision concrète de leur activité, et nous leur expliquons également comment financer cette croissance (levée de fonds, emprunt). Puis, si besoin, nous les orientons vers des apporteurs de fonds.»
L’idée est ainsi de pérenniser l’activité de ces entreprises. «Nous aidons les start-up à grandir très vite, tout en structurant leur activité, poursuit Christophe Descos. Par exemple, nous les assistons dans le contrôle du niveau de cash qu’elles dépensent ou lors du changement de taille de leur entreprise.» Un suivi qui se révèle payant rapidement. «En moyenne, nous constatons 5,5 créations d’emploi par start-up sur les deux années de suivi», illustre Isabelle Beaurepaire.

De nouveaux partenaires pour les banques

Si les banques proposent de tels services, c’est parce qu’elles en dégagent, elles aussi, de nombreux bénéfices. Via les incubateurs ouverts à tous secteurs, elles comptent en effet trouver de nouveaux clients. «Le fait que la Banque Populaire soit présente à leurs côtés dès le début de leur activité permet d’assurer un fort lien de fidélité avec les start-up», explique Christophe Descos. Ces dernières peuvent également devenir fournisseurs de la banque, en développant des partenariats pour certains services (projets événementiels, sécurité digitale, etc.). Mais plus largement, les banques et les start-up restent souvent en relation une fois ces dernières sorties de l’incubateur. «En moyenne, sur les deux dernières années, nous avons poursuivi des relations commerciales ou capitalistiques avec plus de 65 % des start-up accompagnées, illustre Emmanuel Touboul. Ainsi, en 2016, nous avons pris une part minoritaire au capital de deux des huit start-up présentes dans le programme fintech.»
Du côté des incubateurs spécialisés dans les fintechs, les banques cherchent également à profiter des idées que développent ces jeunes pépites. «A travers notre accélérateur fintech, nous avons deux objectifs principaux : celui de développer notre offre de prestations financières en proposant les services de ces fintechs à nos clients, et celui d’accélérer notre transformation digitale en interne», précise Emmanuel Touboul.
En effet, ces jeunes entreprises technologiques sont de véritables sources d’innovation pour les institutions financières. «En contrepartie de notre soutien, les fintechs que nous suivons nous aident dans notre réflexion digitale et proposent des projets, ce qui nous permet d’appliquer ces bonnes idées en interne», relève Jérôme Ballet. Ces dernières peuvent ainsi soutenir la performance des banques. «Les technologies mises en place par ces fintechs permettent d’améliorer les processus en interne et nous rendent plus performants», confirme Emmanuel Touboul.
De multiples avantages qui incitent les banques à poursuivre le développement de leurs incubateurs. «Au total, 300 start-up ont été ou sont en train d’être accompagnées par notre réseau d’incubateurs, précise Isabelle Beaurepaire. Aujourd’hui, 15 Villages by CA existent, et nous prévoyons que ce chiffre passe à 27 d’ici à la fin de l’année, et à 35 fin 2018.» Les recrutements de futures pépites sont actuellement en cours dans plusieurs incubateurs.

Incubateur, accélérateur : quelles différences ?

  • Les incubateurs accueillent des entreprises qui ont un projet innovant en amont de leur création ou cours de leur développement, sur une durée généralement située entre un et trois ans. Ils ont la particularité de mettre à disposition des locaux et du matériel pour ces pépites.
  • Les accélérateurs sont des structures dédiées aux start-ups innovantes qui proposent généralement des programmes de formation pour les aider à se développer. La durée de ces dispositifs est de quelques mois.

Des initiatives développées en parallèle

  • Compte tenu du succès de leurs initiatives en faveur des jeunes pousses, les banques développent de nouveaux services à leur destination. Ainsi, en mars dernier, le Crédit Agricole a lancé deux fonds de capital-innovation de 50 millions d’euros chacun à destination des start-ups. La banque prendra ainsi des participations au capital de ces jeunes entreprises.
  • Banque Populaire propose de son côté depuis octobre dernier un dispositif d’accompagnement nommé Next Innov, spécialement dédié aux start-up et entreprises innovantes. Plusieurs centres d’affaires ont ainsi été labellisés afin de conseiller cette clientèle en matière de financements mais également de problématiques de croissance.
  • BNP Paribas a quant à lui renforcé, en février, son partenariat stratégique avec l’accélérateur de start-ups californien Plug and Play. A travers cette collaboration, la banque accompagne 20 start-ups internationales spécialisées en innovation financière pendant trois mois ; 10 pépites bénéficient actuellement de ce programme, puis 10 nouvelles bénéficieront de ce suivi à l’automne. Ces derniers investiront le «campus de start-ups» de Xavier Niel, Station F, basé à Paris.

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