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Interview - Brigitte Bouquot, présidente de l’Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise (Amrae) et directrice de la gestion des risques et des assurances chez Thales

«Les dirigeants sollicitent beaucoup plus qu’avant les risk managers»

Option Finance - 4 février 2019 - Propos recueillis par Anaïs Trebaul

Brigitte Bouquot, présidente de l’Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise (Amrae) et directrice de la gestion des risques et des assurances chez Thales

Les rencontres de l’Amrae auront lieu, cette semaine, du 6 au 8 février. Quel bilan tirez-vous de l’année écoulée ?

En 2018, l’environnement autour de la gestion des risques n’a pas changé fondamentalement. Toutefois, certains risques progressent. En effet, la fréquence des catastrophes naturelles est plus élevée qu’avant et, de ce fait, les dommages sont plus nombreux. De plus, le risque cyber, qui a frappé en 2017, est de plus en plus présent dans les entreprises.

Par ailleurs, on observe une attente plus importante sur les risques de la part des dirigeants par rapport à avant. En effet, l’entrée en vigueur de la loi Sapin 2 sur la corruption, de la réglementation sur le droit de vigilance, et du règlement général sur la protection des données (RGPD) a contribué à rendre les dirigeants plus attentifs à ces sujets.


En quoi cet environnement influence-t-il le rôle des risk managers ?

Les dirigeants sollicitent beaucoup plus qu’avant les risk managers. En effet, pour répondre à ces nouvelles contraintes réglementaires et aussi rassurer les différentes parties prenantes, ils ont fréquemment besoin d’éclairages sur les risques de leur entreprise et de son environnement. Les risk managers sont plus impliqués dans la stratégie globale de l’entreprise et, de ce fait, plus «visibles» qu’avant.

En outre, la montée des problématiques extra-financières dans les entreprises a accru le champ de la contribution et des compétences des risk managers. Alors que, jusqu’à présent, nous nous concentrions avant tout sur les risques plus opérationnels (risques liés à la responsabilité de la société sur les ventes et les achats par exemple, ou aux dommages éventuels tels qu’un incendie), nous nous ouvrons aux sujets liés à la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) et sur l’éthique, qu’il faut analyser en termes d’impact. Les risk managers apportent un éclairage global aux dirigeants sur les différents enjeux sociétaux auxquels l’entreprise peut et doit faire face. Ils apportent une méthodologie unique de présentation et de gestion de ces risques et de leur impact.

Cet intérêt plus marqué pour les risques amène aussi les risk managers à être de plus en plus sollicités pour mener des formations dans leur groupe, notamment sur le risque cyber et les pertes d’exploitation. Ils sont en première ligne pour diffuser la culture de la gestion des risques dans l’entreprise, indispensable aujourd’hui.


Les postes de risk managers sont-ils en hausse ?

Nous constatons une croissance régulière du nombre d’adhérents à notre association, notamment en provenance de PME et ETI, ce qui laisse supposer qu’il y a eu des créations de postes dans ces structures. De plus, alors que les missions liées aux risques étaient jusqu’à présent souvent externalisées auprès d’un cabinet de conseil extérieur, pour des missions plus ponctuelles, nous remarquons que ces sujets sont de plus en plus gérés en interne, plus régulièrement. Pour répondre à ces nouveaux besoins, la profession s’est d’ailleurs académiquement structurée ces dernières années.

En revanche, si la fonction a émergé dans les entreprises, elle s’est plus effectuée par le jeu de mutations et d’élargissements de champs d’action que de créations de postes.

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