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Anjuli Pandit, responsable Sustainable Primary Capital Market chez BNP Paribas

«Les obligations indexées à des objectifs durables sont promises à un bel avenir»

Option Finance - 16 septembre 2019 - Propos recueillis par Thomas Feat

BNP Paribas

Anjuli Pandit, responsable Sustainable Primary Capital Market, BNP Paribas
BNP Paribas

L’énergéticien italien Enel vient d’émettre la première émission obligataire durable, ou «sustainable development goals linked bond», de l’histoire, d’un montant de 1,5 milliard de dollars et d’une maturité de cinq ans. En quoi consiste cette opération et quelles sont ses modalités ?
Il s’agit d’une émission obligataire dont le coût pour l’émetteur est susceptible de varier en fonction de l’atteinte d’objectifs environnementaux négociés entre lui et ses créanciers. Dans le cas présent, au terme de plusieurs mois de discussions entre l’entreprise, ses banques partenaires et les investisseurs, le coupon initial de la souche a été fixé à 2,65 %, soit 5 points de base (pb) en dessous de sa courbe de référence conventionnelle. Si le groupe parvient à augmenter la part du renouvelable dans ses capacités de production d’énergie de 45,9 % à 55 % d’ici 2021, en accord avec les objectifs de développement durable des Nations unies, le coût de l’émission restera inchangé. S’il échoue, le coupon du bond sera rehaussé de 25 pb à cette date et jusqu’à échéance de l’instrument. Afin de tenir les investisseurs informés du respect, ou non, de ces objectifs, EY réalisera un audit d’avancement à la fin de la période d’observation, dans deux ans.

Quelles différences existent entre une émission obligataire verte et cette émission obligataire indexée à des objectifs durables ?
Cette dernière prend en compte la performance ESG dans le calcul du coupon, ce qui n’est pas le cas d’une émission obligataire verte ou sociale. Ensuite, les sommes levées dans le cadre d’un green bond doivent être allouées spécifiquement au financement de projets environnementaux. L’émission obligataire d’Enel servira, pour sa part, à financer les besoins généraux de l’entreprise relatifs à sa transition énergétique mais échappant au champ des Green Bond Principles.

Les crédits bancaires durables qui présentent des mécanismes de bonus-malus semblables existent depuis plusieurs années. Pourquoi le marché obligataire ne s’est-il pas aligné plus tôt ?
Les crédits bancaires durables, qui sont en réalité la plupart du temps des lignes de crédit confirmées, sont plus aisés à mettre en œuvre. Ils font intervenir un nombre plus faible de contreparties : une entreprise et quelques banques qui, en générale, sont déjà en relation d’affaires. Leurs mécanismes de bonus-malus ont par ailleurs des amplitudes plus faibles, de l’ordre de quelques points de base à peine.

Les émissions obligataires indexées à des objectifs durables, dont les termes doivent être, nous l’avons vu, longuement négociés, ont-elles une chance de se démocratiser ?
Ces instruments de financement sont promis à un bel avenir. L’émission d’Enel, sursouscrite trois fois, notamment par une large part d’investisseurs responsables, en fournit la preuve. Ils permettront d’abord aux entreprises de communiquer sur la transformation de leur modèle de gestion par rapport aux risques et opportunités ESG. Ils permettront ensuite à des entreprises ayant déjà financé leurs besoins d’investissements durables par des green bonds de continuer à diversifier leur base d’investisseurs responsables.
Un nombre croissant d’investisseurs s’intéressent de leur côté au positionnement global des entreprises en matière de durabilité et plus uniquement à l’empreinte écologique de leurs activités. Un tel instrument répond à ces exigences.

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