Communauté financière

Mirela Stoeva, responsable des études chez Eres

«Les plans d’actionnariat salarié collectifs au sein du SBF 120 sont à leur plus haut niveau»

Option Finance - 6 mai 2019 - Propos receuillis par Anaïs Trebaul

Mirela Stoeva, responsable des études, Eres
Eres

Les premiers résultats de votre étude annuelle sur l’actionnariat salarié au sein du SBF 120 mettent en avant un record en 2018 en termes de montants. Quel bilan tirez-vous de cette année ?

Le volume des plans d’actionnariat salarié collectifs au sein du SBF 120 a été multiplié par deux depuis 2012, pour atteindre 3,3 milliards d’euros en 2018. Il s’agit du plus haut niveau jamais recensé. Le montant moyen des opérations atteint ainsi 111 millions d’euros et demeure bien au-dessus de la moyenne historique, établie à 84 millions d’euros. Cette hausse est d’autant plus importante que le nombre d’opérations menées a également fortement augmenté. 35 plans, essentiellement par le biais d’augmentation de capital réservée aux salariés, ont été mis en place par 32 entreprises en 2018, soit le deuxième plus haut pic constaté depuis 2007. En effet, ces dix dernières années la moyenne était de 30 opérations menées par 27 entreprises.

Cette hausse s’explique essentiellement par la meilleure santé financière des entreprises, car les changements réglementaires induits par la loi Pacte n’étaient pas encore effectifs en 2018.

Le nombre de sociétés concernées ne reste-t-il pas néanmoins encore trop limité ?

Nous remarquons que les entreprises de plus petite taille, notamment les sociétés non cotées, sont clairement en retard par rapport à celles du SBF 120. Notre dernière étude menée avec OpinionWay montre que seules 4 % des PME françaises ont mis en place un plan d’actionnariat salarié.

Toutefois, la France est championne d’Europe de l’actionnariat salarié collectif dans les entreprises cotées en bourse. Les salariés détiennent en moyenne 3,9 % du capital des entreprises cotées, contre une moyenne de 1,6 % en Europe.

L’essor de ces plans d’actionnariat s’est-il fait au détriment d’autres dispositifs ?

L’actionnariat salarié apparaît comme le véhicule idéal d’association des salariés au capital pour de nombreuses entreprises. Toutefois, ce dispositif n’est pas toujours en adéquation avec les besoins des entreprises et des salariés. En effet, les actions issues des plans sont généralement logées dans un plan d’épargne d’entreprise (PEE), où elles doivent être conservées pendant une période de cinq ans. D’autant que l’acquisition de ces actions, qui présentent qui plus est un risque, est parfois onéreuse.

Or, il existe d’autres outils qui sont parfois plus adaptés, notamment dans les PME, mais qui sont parfois sous-utilisés. L’intéressement permet par exemple d’associer les salariés à la performance de leur entreprise et la percevoir immédiatement.

Quelle tendance anticipez-vous pour ces prochains mois ?


Les premiers chiffres sur 2019 sont prometteurs. A fin mars, nous avons recensé 13 plans collectifs au sein du SBF 120 contre 10 l’an dernier à la même période. Cette tendance devrait se poursuivre ces prochains mois, soutenue par le corpus réglementaire. En effet, deux mesures importantes ont été prises dans le cadre de la loi sur le financement de la sécurité sociale pour 2019 (LFSS) et la loi Pacte. D’une part, la décote maximale autorisée sur le cours des actions dans le PEE est passée de 20 à 30 %, ce qui va rendre les opérations d’actionnariat salarié encore plus attractives auprès des salariés. La décote moyenne constatée étant pour l’instant de 17 %, plusieurs entreprises devraient profiter de cette mesure pour augmenter la décote proposée. D’autre part, le forfait social sur l’abondement des entreprises dans un fonds d’actionnariat salarié, fixé à 20 % depuis 2012, passe à 10 % pour les entreprises de 50 salariés et plus. Il est de 0 % pour les entreprises de moins de 50 salariés.

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