Communauté financière

Interview - Stéphanie Savel, présidente de Financement participatif France (FPF) et de Wiseed

«Les plateformes de financement vont s’ouvrir de plus en plus aux institutionnels»

Option Finance - 28 janvier 2019 - Propos recueillis par Anaïs Trebaul

Crowdfunding

Stéphanie Savel, présidente, Financement participatif France (FPF)
Financement participatif France (FPF)

FPF et KPMG viennent de publier les résultats du baromètre du crowdfunding en France en 2018. Quel bilan tirez-vous de cette année ?

En 2018, le crowdfunding a poursuivi sa croissance : les fonds collectés ont progressé de 20 %, pour atteindre un total de 402 millions d’euros. Même si l’évolution constatée n’est plus à trois chiffres comme il y a quelques années, ce niveau de croissance reste élevé et s’explique par le fait que ce marché devient mature.

Par ailleurs, les différentes typologies de financement continuent d’évoluer différemment. Le don (81,5 millions d’euros) et l’investissement en capital (47,1 millions d’euros) ont tous deux diminué (respectivement de - 2 % et - 19 %), alors que l’activité de prêts, avant tout obligataires, a augmenté de + 40 %, pour atteindre 273 millions d’euros de fonds collectés en 2018. Ces évolutions entre métiers s’expliquent à plusieurs titres. D’abord, le don est impacté par le repositionnement de la plateforme spécialisée HelloAsso. Ensuite, les particuliers qui investissaient jusqu’à présent en capital se reportent vers des projets plus courts et moins risqués, et préfèrent ainsi participer aux financements d’obligations, où les taux restent élevés (ils sont de l’ordre de 5 à 7 % pour les projets autour des énergies renouvelables [EnR] et aux alentours de 9 % pour l’immobilier). Dans le même temps, les entreprises sont également particulièrement intéressées par ce type de financement, qui correspond à des quasi-fonds propres, et qui vient en complément des prêts octroyés par la banque. A l’inverse, la collecte sur les prêts rémunérés (ou non) est en baisse de - 13 %, du fait de l’arrêt d’Unilend et de la difficulté du secteur à proposer des taux d’intérêt permettant de concurrencer les banques.


On assiste en parallèle à un essor important des financements par les investisseurs institutionnels. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Nous avons distingué dans le baromètre le crowdfunding, où seuls les particuliers financent les projets, des fonds de prêts aux entreprises en ligne, de préfinancement du CIR et d’affacturage, qui sont financés par des investisseurs professionnels. Ces derniers ont vu leur collecte progresser de + 43 % en 2018, pour atteindre 319 millions d’euros (110 millions d’euros sur l’affacturage, 90 millions sur les fonds de prêt, et 70 millions sur le préfinancement du CIR). Cette distinction n’empêche pas les plateformes de financer un même projet auprès de particuliers et d’institutionnels.

Il y a quelques années encore, il n’était pas question pour les investisseurs institutionnels d’apporter des financements à des projets proposés sur une plateforme. L’arrivée de quelques acteurs sur ce secteur a rassuré les plus sceptiques et permet peu à peu de démocratiser cette pratique. De plus, si les taux d’intérêt proposés par les plateformes, notamment dans le cadre des prêts rémunérés, peuvent paraître faibles par rapport au niveau de risque pour les particuliers, les institutionnels n’ont pas ce même rapport au risque puisqu’ils peuvent se financer à des taux négatifs et diversifier leurs placements.

A l’avenir, il est fort probable que les plateformes s’ouvrent de plus en plus à ces investisseurs. Rien qu’au niveau de WiSEED, qui est à 98 % financée par des particuliers, nous sommes de plus en plus souvent sollicités par les institutionnels pour financer certains projets.


Quelles sont les perspectives du crowdfunding pour 2019 ?

Même s’il est encore difficile de se prononcer pour l’instant, les financements obligataires devraient continuer à attirer les investisseurs comme les porteurs de projets. En outre, l’investissement en capital devrait continuer à attirer les start-up, et de nouveaux financeurs, plus intéressés par le financement de cette catégorie d’entreprises que des PME et ETI. De leur côté, les acteurs opérant sur le don vont chercher à se diversifier, le marché n’étant pas assez profond pour se développer davantage.

Par ailleurs, si l’immobilier et le secteur des EnR restent les secteurs qui font le plus appel au crowdfunding, d’autres domaines, tels que celui de l’agriculture, s’intéressent de plus en plus au financement par le biais des plateformes et devraient voir leur part progresser.

Enfin, la loi Pacte prévoit de relever le seuil des projets financés à 8 millions d’euros, contre 2,5 millions actuellement (5 millions d’euros pour les plateformes PSI), ce qui pourrait attirer encore plus d’investisseurs et d’entreprises.

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