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Interview - Françoise Gintrac, associée responsable valuation & business modelling, et Carine Briclot, directrice valuation & business modelling chez PwC

«Les primes de contrôle se sont stabilisées entre 2011 et 2017.»

Option Finance - 29 janvier 2018 - Propos recueillis par Edouard Lacoste Lagrange

PwC

Françoise Gintrac et Carine Briclot, PwC
PwC

Vous publiez la deuxième édition de votre étude sur les primes de contrôle, six ans après la précédente, publiée en 2011. Quel est son principal enseignement ?

Françoise Gintrac et Carine Briclot : Le premier constat est que la prime de contrôle payée par une société pour acquérir le contrôle d’une autre entreprise s’est stabilisée en Europe de l’Ouest entre 2011 et 2017. Elle s’élève toujours à environ 27,4 % du prix d’acquisition. Aux Etats-Unis, qui ne figuraient pas dans notre étude de 2011, elle atteint environ 36,4 %. Cette différence s’explique par le fait que, aux Etats-Unis, quasiment toutes les transactions portent sur des participations souvent supérieures à 90 % du capital de la cible. En Europe de l’Ouest, la situation est plus hétérogène, avec environ 38 % des transactions qui portent sur 90 % à 100 % du capital de la société à acquérir. Cependant, lorsque l’on compare les primes sur des tailles de participations comparables, l’Europe de l’Ouest affiche une prime moyenne de 39 %, contre 36,2 % aux Etats-Unis.


Tous marchés confondus, quels sont les éléments qui justifient le montant de la prime concédée par l’acquéreur ?

F.G. et C.B.
: Outre la taille de la participation à acquérir, le montant de la prime est lié principalement à la prévision des synergies que l’acquéreur espère mettre en place à la suite de la fusion. Or quelle que soit l’évolution de l’activité de fusions-acquisitions ou des valorisations boursières, une opération de croissance externe donne toujours lieu à des synergies. Pour nous, c’est un signe de rationalité des marchés financiers : les investisseurs sont prêts à valider un prix d’achat plus élevé parce que la perspective de création de valeur est plus importante. Cette attention portée aux synergies explique que les primes soient généralement plus importantes dans le cadre de transactions dans un même secteur d’activité. Dans ce cas, les synergies potentielles sur les coûts de structure sont plus importantes. A l’inverse, les opérations permettant à une entreprise de s’ouvrir un nouveau segment d’activité donnent lieu à une prime moindre. Par exemple, pour acquérir 67 % à 90 % du capital d’une entreprise, la prime va atteindre en moyenne 30,7 % du prix dans le même secteur et 26,5 % si l’opération a lieu entre secteurs différents.


Si la taille de la participation et le secteur sont des critères importants, qu’en est-il de la géographie ?

F.G. et C.B. : La nationalité d’une entreprise n’a pas vraiment d’incidence sur la prime qu’elle est prête à payer pour réaliser une acquisition. Nous constatons toutefois que les primes sont légèrement supérieures à la moyenne au Royaume-Uni et légèrement inférieures en Allemagne, d’environ 12 % dans les deux cas. Pour leur part, les primes de contrôle payées sur les entreprises françaises sont exactement dans la moyenne. Nous l’expliquons par le fait que la répartition des transactions en France, par taille des participations visées, est très proche de l’échantillon global.


Quel bilan tirez-vous de 2017 concernant l’activité de fusions-acquisitions au niveau mondial ?

F.G. et C.B. : Les chiffres définitifs ne sont pas encore publiés mais la tendance a clairement été à la hausse de la valeur des opérations de M&A au niveau mondial l’année dernière. En Europe de l’Ouest, les premières estimations font état d’une progression d’environ 15 %. Cela compense la légère baisse qui a été enregistrée aux Etats-Unis.

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