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Interview – Simon Polrot, directeur général de LGO Exchange

«L’explosion de la bulle des cryptodevises a eu pour effet d’assainir le marché»

Option Finance - 13 mai 2019 - Propos recueillis par Thomas Feat

Simon Polrot, directeur général de LGO Exchange
LGO Exchange

Tombé à 3 200 dollars en décembre dernier, le cours du bitcoin est reparti à la hausse ces derniers mois. Il y a quelques jours, la monnaie virtuelle a même franchi les 6 000 dollars. Qu’en est-il des autres cryptoactifs ?

Les principales cryptomonnaies, dont l’ethereum, le litecoin, et l’EOS, s’inscrivent aujourd’hui dans cette dynamique, même si le bitcoin connaît à l’heure actuelle la plus forte remontée. Cette relative homogénéité s’explique par le fait que les cryptodevises sont désormais considérées, à l’instar des actions ou des obligations, comme une classe d’actifs à part entière. Cette corrélation tient en grande partie à ce qu’elles reposent sur un même sous-jacent technologique : les blockchains publiques.


Comment expliquer cette remontée des cours ?

L’an dernier, l’explosion de la bulle des cryptodevises a eu pour effet d’assainir le marché. Il y a un an et demi, l’envolée brutale des cours avait été provoquée par un afflux massif d’investisseurs non avertis sur le marché, et l’effondrement par des ventes rapides de ces non-initiés à l’issue des premières fluctuations à la baisse. A contrario, la remontée actuelle est surtout portée par des investisseurs institutionnels avisés, dont la stratégie d’acquisition répond à une logique de plus long terme. Dans le même temps, des changements considérables se sont produits qui ont contribué à crédibiliser et à renforcer l’écosystème.


A quels types de changements faites-vous référence ?

Ces évolutions sont d’abord de nature technologique. Longtemps critiquées pour leur manque de «scalabilité», soit la capacité à traiter un nombre toujours plus important de transactions tout en limitant leur coût, les blockchains bitcoin ou ethereum, par exemple, ont mis en place des infrastructures technologiques additionnelles permettant de mieux répondre aux enjeux posés par l’intensification des échanges. Des dispositifs ont également été mis au point pour réduire, dans des proportions plus ou moins grandes, l’impact environnemental du minage, le processus grâce auquel les transactions sont validées sur les blockchains. Dans le même temps, les cas d’usage permis par les blockchains publiques se sont considérablement diversifiés. Dans l’industrie financière, par exemple, des produits financiers complexes, comme des swaps ou des dérivés, ont été élaborés grâce aux smart contracts, des programmes informatiques permettant l’automatisation de nombreuses tâches. Il faut ajouter à cela le changement de perception des pouvoirs publics, dont un certain nombre, en France notamment, ont dépassé leur scepticisme initial et fait évoluer la réglementation afin de tenir compte de l’essor des cryptodevises.


De quelle manière cette évolution réglementaire s’est-elle matérialisée en France ?

Par-delà la création d’un visa optionnel de l’AMF pour les initial coin offerings (ICO), la loi Pacte a clarifié et sécurisé le statut juridique des prestataires de services en cryptodevises, notamment les plateformes d’échange. Le projet de loi de finances pour 2019, lui, a allégé la fiscalité relative aux plus-values générées par la vente de cryptomonnaies. C’est bien le signe que les cryptomonnaies, et plus largement les cryptoactifs se sont progressivement institutionnalisés.

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