Communauté financière

Interview - Thierry Giami, président de la Société française des analystes financiers (Sfaf)

«L’importance de l’analyse financière est souvent sous-estimée en France.»

Option Finance - 18 décembre 2017 - Propos recueillis par Valérie Nau

Analyse financière

Thierry Giami, président de la Société française des analystes financiers (Sfaf)
Société française des analystes financiers (Sfaf)

Après avoir notamment été à l’initiative des fonds de place de financement à l’économie Nova, Novo et Novi, vous venez de prendre la présidence de la Sfaf. Pourquoi ce choix ?

Au cours de ma carrière, j’ai travaillé à plusieurs reprises sur des sujets de financement, ce qui m’a conduit à m’intéresser à l’analyse financière et à rencontrer les professionnels de ce secteur. Je connaissais donc la Sfaf, qui bénéficie d’une longue histoire et d’une grande expertise. Mais elle fait face actuellement à des enjeux majeurs. J’ai pu constater d’abord lors de mes précédentes expériences que l’importance de l’analyse financière était souvent sous-estimée en France. Les investisseurs n’y consacrent pas assez de moyens. Or cette tendance risque d’être accentuée par la réglementation Mif 2. En imposant que les frais de recherche soient payés non plus par les services d’exécution des ordres mais par les clients, celle-ci fait peser une incertitude non négligeable sur l’évolution de ce métier.


Précisément, quels risquent d’être les impacts de Mif 2 sur l’analyse financière ?

Mif 2 suscite beaucoup d’inquiétude actuellement, chez les analystes comme chez les gérants. Si ces derniers ne répercutent pas les frais de la recherche auprès de leurs clients, ils vont devoir financer ce coût supplémentaire par des gains de productivité. Cette recherche d’économies risque d’entraîner une baisse de la production d’analyses, et elle peut aussi inciter des acteurs à se rapprocher. Dans tous les cas, les emplois dans le secteur de la recherche pourraient être affectés. Ma première tâche à la Sfaf va donc consister à travailler sur la façon de nous adapter au mieux à cette nouvelle donne : nous allons produire une étude dès le premier trimestre, pour mesurer l’impact de Mif 2 sur notre métier. Si les effets négatifs sont avérés, nous pourrons ainsi donner l’alerte rapidement. Mais la réglementation présente aussi des opportunités dont nous pouvons tirer avantage.


Comment relancer l’intérêt pour l’analyse financière ?

Nous allons regarder la façon dont ce métier est exercé sur les autres places, non seulement en Europe, mais aussi aux Etats-Unis. Cela nous permettra de mesurer l’importance accordée à l’analyse financière et les moyens que lui consacrent les investisseurs locaux. Mais nous devons également travailler avec les émetteurs.

En dehors des groupes du SBF 120, les entreprises sont peu sensibilisées à l’analyse financière. Quand je présidais l’Observatoire du financement des entreprises par le marché, j’avais constaté que les émetteurs n’avaient pas dans ce domaine une attitude proactive. Nous avions alors lancé un dispositif visant à les mettre en contact avec des analystes, afin de les inciter ensuite à co-financer des analyses sur leurs titres. Ce système avait plutôt bien réussi. Il est donc possible d’innover dans ce domaine.


Quels sont vos autres chantiers ?

Nous devons relancer notre activité de formation. Le diplôme que la Sfaf délivre est toujours reconnu, mais il est concurrencé par celui de l’institut américain CFA. Il est vrai que les marchés sont très internationalisés, avec une forte prédominance anglo-saxonne. Mais nous devons moderniser notre formation, qui est principalement assurée en français, et adapter nos méthodes à la demande actuelle, qui tend à privilégier un enseignement plus individualisé.

Enfin, alors que le cœur du métier de la Sfaf a jusqu’à présent été les actions cotées, nous allons élargir notre activité à l’analyse crédit et au marché privé. Le marché de la dette privée comme celui du private equity intéressent en effet de plus en plus les investisseurs, ce qui offre de nouvelles opportunités pour les analystes.

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