Communauté financière

Amélie de Montchalin, députée LaREM et «Whip» de la commission des finances

«L’innovation et la finance sont-ils deux mots compatibles ?»

Option Finance - 7 mai 2018 - Propos recueillis par Alexandra Milleret

Innovation

Amélie de Montchalin, députée LaREM

L’innovation et la finance sont-ils deux mots compatibles ?

Oui, l’innovation et la finance sont compatibles car la finance doit justement innover dans ses pratiques pour mieux s’engager dans les grands enjeux collectifs qui nous attendent : la révolution numérique, la transition climatique, la création d’emplois…

Pour réussir ces défis, la finance doit non seulement être capable de financer des entreprises ou des projets innovants à cinq ou dix ans plutôt que de se laisser guider par des objectifs semestriels ou annuels, mais également devenir un partenaire de la réussite de ceux qui innovent. La finance doit donc apporter autre chose que de simples fonds, mais aussi de l’accompagnement, de l’expertise, de la mise en relation et des réseaux pour les entreprises. Elle sera donc obligée de faire évoluer ses mentalités et de changer ses pratiques de distribution, de conseil, de prospective…

La finance n’est pas notre ennemi, c’est un outil. D’autant que la crise de 2008 a montré que plus le monde financier se déconnecte de l’économie réelle, plus il se met en danger. Or, ce risque est toujours présent aujourd’hui.


Comment peut-on financer la transition numérique des entreprises ?  


C’est le deuxième volet de la compatibilité entre l’innovation et la finance, car sans financement, l’innovation est impossible. Beaucoup de PME ou d’ETI souhaitent se numériser, mais elles ne savent pas vers qui se tourner.

Aussi, nous pouvons d’abord aider ce financement par la loi. C’est ce que nous avons commencé à faire avec notre réforme de l’ISF et l’instauration de la flat tax sur les produits du capital. Ces deux dispositifs rendent de nouveau intéressant l’investissement en fonds propres pour les nombreux Français prêts à investir dans l’économie mais que la fiscalité repoussait jusqu'à maintenant.

C’est là que les acteurs financiers doivent pleinement jouer leur rôle d’accompagnateurs et de relais. J’ai ainsi demandé, lors du grand rendez-vous de l'investissement productif du 22 janvier dernier qui réunissait à l'Assemblée tous les types d'intermédiaires financiers, à la Fédération bancaire française de préparer un document récapitulant clairement à destination des particuliers assujettis à l'IFI les outils existants pour épargner en finançant en fonds propres des PME et des ETI qui cherchent à passer des caps d'innovation, de taille, d'exportation... et ainsi leur donner les outils financiers adaptés à leur transition numérique, les fonds propres.


L’innovation, c’est aussi l’intelligence artificielle, les cryptomonnaies et les ICO, des technologies qui manquent d’encadrement pour les entreprises. Une législation est-elle prévue ?

Sur ces sujets, les parlementaires travaillent de très près avec l’AMF et la Banque de France. L’Assemblée nationale a d’ailleurs mis en place deux missions d’information, une sur les cryptomonnaies et une sur la blockchain. Dans les deux cas, la commission des finances est présente car il existe un enjeu de financement mais aussi de régulation financière.

De plus, l’intelligence artificielle est une façon de mieux exploiter les données, de les comparer, de les comprendre autrement. Elle permet l’automatisation d’une multitude de transactions et de désintermédier un certain nombre d’actes administratifs. Elle a donc des incidences sur les métiers (comme les notaires), sur les outils et sur la compréhension des risques.

Aussi, toutes ces technologies constituent d’immenses opportunités et défis. Elles sont à la fois des outils de financement mais aussi des activités financières nouvelles qui peuvent toutefois comporter des risques en cas d’abus. J’ajoute que la France est l’un des pays leaders du développement des fintechs, de l’intelligence dans les mathématiques et dans la compréhension technologique de la blockchain.

Pour toutes ces raisons, nous ne devons pas mettre en place une législation de contrainte mais bien de clarification. Il faut promouvoir et encadrer ces pratiques avec une loi qui permet aussi bien à ceux qui souhaitent utiliser ces nouvelles technologies, comme à ceux qui les développent de pouvoir le faire en toute sécurité. Pour cela, nous avons fait le choix de la co-construction en essayant d’amener les associations telles que France Fintech, l’association des financements participatifs, ou Station F dans le débat, non pas comme des pirates mais comme des aiguillons pour nos réflexions.

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