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Interview – Joy Sioufi, director, GP Bullhound

«Malgrè l’IPO de Prosus les cotations de techs européennes resteront limitées»

optionfinance.fr - 9 septembre 2019 - Propos recueillis par Thomas Feat

IPO

Joy Sioufi , director chez GP Bullhound
GP Bullhound

Naspers, multinationale technologique sud-africaine peu connue en Europe, s’apprête à introduire sa filiale Prosus à la Bourse d’Amsterdam et à réaliser, par là même, l’une des IPO européennes les plus importantes de ces dernières années. Quel est l’enjeu d’une telle opération pour le groupe ?

Naspers est confronté aujourd’hui à un problème de taille, au sens littéral et figuré du terme. Sa filiale Prosus, dont la raison d’être est la détention de participations dans des entreprises du secteur technologique, est actionnaire à 30 % du géant chinois Tencent depuis 2001. En quelques années, ce dernier est devenu un acteur global des services Internet et mobile. Corollaire de cette expansion, la valeur des titres Tencent a crû à tel point que Naspers, via Prosus, a vu sa capitalisation boursière décupler dans le même temps, jusqu’à représenter, aujourd’hui, près du quart de la capitalisation globale du Johannesburg Stock Exchange (JSE).

Or, non seulement la loi sud-africaine interdit à certains investisseurs d’entrer au capital d’une société dont la pondération dépasse 25 % de la valeur globale du JSE mais, en plus, les gérants de portefeuilles, en quête de diversification, ont commencé à se méfier d’une telle prééminence. La défection d’un certain nombre d’actionnaires ces dernières années a provoqué une réduction de la capitalisation boursière de Naspers, à 90 milliards de dollars, inférieure à la valeur de sa participation dans Tencent, de 130 milliards de dollars. Un paradoxe ! En cotant 25 % du capital de sa filiale sur une autre place boursière pour un montant estimé de 25 milliards de dollars, Naspers espère réduire son poids dans le JSE tout en recréant de la valeur pour ses actionnaires.


Pourquoi choisir la Bourse d’Amsterdam ?

Naspers est connu et actif aux Pays-Bas depuis plusieurs années. Déjà coté à Londres, le groupe ne souhaitait pas réaliser cette opération sur la même place boursière, par souci de lisibilité. Surtout, Amsterdam, intégré au réseau Euronext, dispose d’une excellente exposition internationale, à la fois auprès des investisseurs, des analystes, mais aussi d’un grand nombre d’entreprises comme Uber, Tesla ou Netflix, qui y ont implanté leur siège européen. Sans parler du fait que la réglementation relative à la gouvernance des sociétés cotées présente de nombreuses similitudes avec celle en vigueur en Afrique du Sud.


L’introduction en Bourse de Prosus, exceptionnelle par son ampleur, peut-elle booster les IPO de pépites technologiques en Europe ?


L’IPO de Prosus aura peu d’effet sur la relance des cotations d’entreprises technologiques sur le Vieux Continent. Les Etats-Unis constituent toujours un pôle d’attraction fort pour les techs cotées, comme en témoigne la récente introduction du suédois Spotify sur le Nasdaq. La réalisation d’une IPO est conditionnée par ailleurs à l’atteinte d’une certaine taille critique. Or, c’est le cas de peu de techs européennes à ce jour.

La baisse continue des taux d’intérêt offre, dans le même temps, des perspectives de financement par la dette extrêmement favorables à ces acteurs. La prédominance du capital-investissement, enfin, est plus forte que jamais, conséquence de l’abondance de liquidités à disposition des fonds. Au premier semestre, à elles seules, les french techs ont collecté 2,8 milliards d’euros via près de 400 levées de fonds, un record.
 

Lyft, Pinterest, Uber, Slack… Aux Etats-Unis, les introductions en Bourse d’entreprises technologiques continuent de se succéder. Comment l’expliquez-vous ?


Portées par des tours de financement liminaires d’ampleur, ces entreprises, largement mondialisées, ont atteint des tailles critiques à la fois commerciales et financières que n’ont pas atteint la plupart des techs européennes, et qui leur permettent de se coter. On peut espérer qu’une telle vague se produise en Europe dans quelques années, à condition toutefois que les pépites techs locales présentent des potentiels d’expansion aussi forts que leurs concurrentes américaines.

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