Communauté financière

Interview - Charles-René Tandé, président de l’Ordre des experts-comptables

«Nos missions vont bien au delà du seul établissement des comptes»

Option Finance - 23 septembre 2019 - Propos recueillis par Anaïs Trebaul

Experts-comptables

Charles-René Tandé, Président de l'Ordre des experts-comptables

Le 74e congrès de l’Ordre des experts-comptables, qui aura lieu cette semaine, portera sur le thème de «l’expert-comptable au cœur des flux». Quelles sont vos préoccupations actuelles ?

En tant qu’experts-comptables, nous avons pour mission d’aider les entreprises, au travers des données que nous lui restituons, à prendre des décisions économiques et à être plus performantes. Actuellement, les petites entreprises nous transmettent leurs factures par voie manuelle, ce qui entraîne des délais de traitement.

Or cette situation ne permet pas toujours aux chefs d’entreprise d’avoir une vision de leurs indicateurs financiers en temps réel. Notre objectif est donc désormais de déployer la facturation électronique au sein des cabinets d’expertise comptable, ce qui permettra à nos clients de connaître quotidiennement leurs données économiques et financières. Il s’agit du chantier majeur des experts-comptables pour les années à venir.

Cette volonté va dans le sens de la généralisation de la facturation électronique souhaitée par le gouvernement et qui devrait faire partie du projet de loi de finances pour 2020.


En mai dernier, plusieurs mesures concernant les experts-comptables ont été prises dans le cadre de la loi Pacte. Qu’en pensez-vous ?


Nous sommes satisfaits, car l’ensemble des propositions que nous avions faites ont été retenues. D’abord, nous allons être dotés d’une nouvelle mission. Nous pourrons désormais effectuer, pour le compte de nos clients, le recouvrement amiable de créances ou le paiement de factures, dès lors qu’un mandat de règlement nous aura été confié. Les chefs d’entreprise pourront ainsi externaliser complètement leur fonction administrative. Ensuite, nous allons pouvoir facturer des «honoraires de succès», qui viendront compléter nos honoraires de base sur nos activités de conseil (accompagnement à la transmission d’entreprise, à la recherche de financement, etc.), en cas de réussite finale de notre mission. Cette mesure devrait rétablir l’équilibre avec les cabinets de conseil non réglementés qui facturent généralement des bonus en cas de succès (une fois la société transmise, par exemple). Par ailleurs, alors que cette pratique était jusqu’à présent interdite, nous aurons le droit de communiquer sur nos compétences spécialisées (en évaluation, par exemple). Enfin, le statut d’expert-comptable en entreprise est maintenant reconnu. Sur la base du volontariat, les diplômés exerçant ailleurs qu’en cabinet pourront s’inscrire au tableau de l’Ordre. Cette mesure devrait permettre de mieux valoriser notre diplôme, par exemple en permettant aux jeunes diplômés ou étudiants de se rendre compte que certains directeurs financiers et dirigeants de grands groupes sont experts-comptables.

L’objectif de ces changements est de faire savoir que nos missions vont bien au-delà du seul établissement des comptes.


Quels sont les principaux autres points de discussion à venir au sein de la profession?

La profession d’expertise comptable va évoluer ces prochaines années, avec l’arrivée de l’intelligence artificielle. Certains craignent une disparition de la profession, mais il y aura toujours besoin d’experts-comptables pour faire le lien avec les dirigeants, pour leur donner des conseils. A nous de nous adapter peu à peu et de tirer parti de ces nouvelles technologies.

L’autre grand enjeu est d’ailleurs de résoudre nos difficultés de recrutement. A ce titre, nous avons pour projet de revoir le contenu de la formation d’expertise comptable, afin qu’elle soit mieux adaptée aux besoins de demain. Le programme doit évoluer, notamment afin de développer les compétences managériales et informatiques des étudiants. En revanche, nous ne toucherons pas à la durée de formation. Nous avons commencé à étudier le sujet cette année, et les travaux vont se poursuivre en 2020.

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