Communauté financière

Interview - Agnès Touraine, présidente de l’Institut français des administrateurs (IFA)

«Ouvrir davantage la gouvernance aux femmes est un atout de compétitivité.»

Option Finance - 13 mars 2017 - Propos recueillis par Anaïs Trebaul

Gouvernance, Compétitivité

Agnès Touraine, présidente de l’Institut français des administrateurs (IFA)
Institut français des administrateurs

A l’issue des assemblées générales de 2017, les entreprises employant 500 salariés et plus et enregistrant un chiffre d’affaires supérieur à 50 millions d’euros devront accueillir au moins 40 % de femmes au sein de leur conseil d’administration (loi Copé-Zimmermann). A quel stade en sont-elles ?
Au sein du SBF 120, le baromètre IFA-Ethics & Boards montre que 38,4 % des administrateurs étaient des femmes en 2016, contre 33,7 % en 2015. Ce constat nous rend confiants dans l’idée que ces entreprises atteindront 40 % à la fin de l’année. Ainsi, depuis 2013, le nombre de femmes au sein des conseils a augmenté de 43 %, la loi Copé-Zimmermann a donc porté ses fruits. Dans le même temps, le nombre d’administrateurs est resté stable, à environ 12/13 membres par conseil, ce qui prouve qu’il y a eu un réel renouvellement des conseils. De plus, ces femmes ont été majoritairement recrutées au titre d’indépendantes, puisqu’elles représentent 67,9 % des administrateurs indépendants. Toutefois, au sein des entreprises de plus petite taille, notamment celles qui ne sont pas cotées, le seuil de 40 % est loin d’être atteint pour l’instant.

Comment expliquez-vous ces différences entre les grandes entreprises et les PME/ETI?
Auparavant, pour justifier du faible pourcentage de femmes au sein de leur conseil d’administration, les grandes entreprises disaient qu’elles ne trouvaient pas de femmes intéressées et/ou candidates. Cet argument n’est pas valable, car elles sont évidemment nombreuses à l’être, la preuve est faite. Ensuite, les entreprises cotées y ont été rapidement sensibilisées par le code Afep-Medef et le fait de rendre publics un certain nombre d’éléments sur le gouvernement d’entreprise. Elles ont eu recours à des approches professionnelles pour recruter des administratrices indépendantes et non de la simple cooptation comme auparavant. Or les ETI ne disposent pas toujours de ces moyens. Par ailleurs, il est plus difficile de convaincre les entreprises de taille moyenne que la gouvernance est un atout de compétitivité, car elle est trop souvent considérée comme une contrainte inutile. Aujourd’hui, 80 % des ETI sont des SAS, qui n’entrent pas dans le périmètre des entreprises ayant l’obligation d’atteindre au moins 40 % de femmes au sein de leur conseil.

Quels bénéfices peuvent retirer les entreprises qui accueillent des femmes au sein de leur conseil d’administration ?
Les conseils d’administration ne sont pas uniquement un organe de contrôle, ils visent également à répondre à de nombreux enjeux stratégiques, notamment aux mutations numériques. Dans ce contexte, l’arrivée des femmes, et donc de profils nouveaux, doit être perçue comme un atout de compétitivité pour la gouvernance des entreprises. En effet, leur intégration a permis de renouveler les conseils, de rendre les membres plus complémentaires entre eux et ainsi de faire évoluer les idées. Dans le même temps, les profils sont devenus plus diversifiés, via la nomination d’administratrices ayant un parcours financier, technologique ou encore scientifique. Par ailleurs, les conseils ont été rajeunis puisque les femmes au sein des conseils ont en moyenne 55,3 ans, contre 60,9 ans pour les hommes. Cette ouverture et cette diversité des profils prouvent que cette réforme est positive et utile.

L’IFA accompagne près de 200 sociétés cotées ou non pour la mise en place de meilleures pratiques au sein de leurs conseils. Quelles actions menez-vous pour continuer à renforcer la place des femmes au sein des instances dirigeantes ?
L’IFA développe plusieurs programmes dans les régions pour démontrer l’importance de la gouvernance et la nécessité de recruter des profils à valeur ajoutée, dont des femmes, notamment auprès des entreprises familiales où les pourcentages de femmes au sein de leur conseil sont plus faibles que dans les autres catégories de sociétés. Par ailleurs, nous veillons à montrer l’importance du recrutement de la mixité au sein des conseils d’administration dans le cadre de nos programmes de formations. Enfin, nous allons continuer de proposer la bourse aux mandats que nous avons créée il y a trois ans pour les ETI. Il s’agit d’une plateforme sur laquelle les entreprises qui cherchent des administrateurs peuvent déposer une demande et les candidats, y postuler.

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