Communauté financière

Interview - Nicolas Ferrand, directeur général de la Société de livraison des ouvrages olympiques Paris 2024 (SOLIDEO)

«Pour les entreprises, les Jeux olympiques commencent maintenant.»

Option Finance - 23 juillet 2018 - Propos recueillis par Alexandra Milleret

Entreprises

Nicolas Ferrand, directeur général, SOLIDEO
SOLIDEO

Le décret du 27 décembre dernier a créé la SOLIDEO, que vous dirigez, en vue de l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) Paris 2024. Quelle est votre mission ?
Notre structure – un établissement public industriel et commercial – a été prévue par la loi sur le Grand Paris du 28 février 2017 et est effectivement opérationnelle depuis décembre dernier. Pour organiser les JOP 2024, la France a besoin d’un volet évènementiel porté par le Comité d’organisation des Jeux olympiques Paris 2024 (COJO) : les tribunes, la vente des billets, l’arbitrage, le chronométrage… mais aussi de tout un volet infrastructure qui survivra aux Jeux dans ce que l’on va appeler «l’héritage des JOP». La SOLIDEO est donc là pour réaliser l’ensemble des ouvrages, des équipements, des routes, des stades, des enceintes sportives du village olympique…

Quel est le budget de la SOLIDEO pour réaliser ces travaux ?
Notre budget direct, sécurisé depuis début juin par la signature d’un nouveau protocole par le Premier ministre, est de 1,626 milliard d’euros hors taxe (en valeur 2016 en coût de construction), dont 1,374 milliard d’euros en financement public (Mairie de Paris, Région Ile-de-France, collectivités locales…) et 250 millions d’euros de financement privé issus de la vente des charges foncières.

Ce montant servira, d’une part, à construire le village olympique et celui des médias et, d’autre part, à financer un certain nombre de très grands équipements comme le centre aquatique olympique, une rénovation partielle du Stade de France, une deuxième aréna et un certain nombre de travaux sur des structures existantes.

Par ailleurs, dans notre budget, environ 350 millions d’euros ont été provisionnés pour les risques et certains aléas identifiés. Nous sommes donc assez serein aujourd’hui sur notre capacité à tenir le budget et ce dernier ne sera le cas échéant réévalué que pour intégrer les questions d’inflation par rapport aux coûts de la construction.

Les élections municipales de 2020, et même l’élection présidentielle de 2022, peuvent-elles constituer un risque pour ce budget ?
Nous avons un conseil d’administration de 38 membres présidés par Anne Hidalgo, en tant que Maire de Paris, dans lequel la moitié des postes sont tenus par des administrateurs représentants les grands ministères de l’Etat et l’autre moitié par des représentants des collectivités, du milieu sportif, patronal et syndical.

Toutefois, notre mécanique doit se dérouler indépendamment des échéances électorales. Notre schéma est très clair : nous devons garantir que quoi qu’il advienne, le 30 septembre 2023, dans 63 mois, l’ensemble des objets physiques nécessaires aux JOP sera livré au COJO.

Pour que cela fonctionne, nous allons passer l’essentiel des marchés de travaux et des ventes de terrain à des promoteurs privés aux alentours du premier semestre 2020. A partir du 1er janvier 2021 et jusqu’à l’automne 2023, nous serons dans la phase des travaux.

En revanche, nous savons d’ores et déjà qu’il faudra certainement gérer des modifications de programme. A Londres, par exemple, les organisateurs des JO 2012 devaient sortir 60 objets et ils ont eu environ 6 000 modifications de programmes à cause des demandes spécifiques liées à la sécurité, aux besoins des sportifs, des médias... C’est justement pour gérer ces aléas que nous avons provisionné 350 millions d’euros. J’ajoute que nous sommes en train de développer des reportings et un management des risques de façon à rendre compte sur une base mensuelle de l’avancement physique, administratif et financier de l’ensemble des objets qui nous sont confiés soit directement, soit indirectement. Le secrétariat général de la SOLIDEO est en charge des questions administratives et financières dont la gestion des financements publics.

Enfin, le fait que nous ayons des infrastructures existantes est un avantage au maintien des coûts.

Sur quels critères allez-vous sélectionner les promoteurs privés ?

Nous devons garder en tête que la France est la cinquième puissance économique mondiale et que nous sommes parmi les leaders mondiaux dans le domaine du développement urbain: la construction, l’exploitation du service urbain, les transports…

Nous avons un message fort à porter au monde sur des thématiques telles que les matériaux de construction innovants, le numérique, la biodiversité, le zéro carbone…

Ces JOP doivent être une formidable opportunité pour nos entreprises, nos grands champions nationaux, nos start-up de montrer le meilleur de leur savoir-faire et de permettre à des filières de passer une étape. Dans notre business plan, nous avons d’ailleurs provisionné 50 millions d’euros pour un fonds de soutien à l’innovation de rupture écologique. Le Gouvernement nous a également demandé que 25 % des marchés soient dévolus à des PME.

Les Jeux, ce ne sont pas seulement 3 500 logements pour les athlètes, 1 500 logements pour les journalistes, un grand centre aquatique et une aréna : c’est surtout 4 milliards de téléspectateurs, 10 500 athlètes, 25 000 journalistes. En comparaison, la COP 21 avait réuni 2 300 journalistes… C’est l’image de l’industrie française à travers le monde qui va aussi se jouer.

Aussi, pour les entreprises, les Jeux commencent maintenant, car elles doivent penser dès aujourd’hui leur stratégie de développement et se positionner sur des produits qui peuvent être pertinents pour nous dans dix ans et différenciant par rapport à Pékin 2022 et à Tokyo 2020.

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