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Palmarès 2015 des conseillers financiers en M&A en France

Rothschild prend la tête du classement, tant en valeur qu’en volume des opérations

Option Finance - 22 février 2016 - Marina Guérassimova

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Palmarès 2015 des conseillers financiers en M&A en France

En 2015, le marché des fusions & acquisitions impliquant les entreprises françaises a augmenté en valeur par rapport à 2014 pour atteindre près de 163 milliards d’euros. En revanche, le nombre d’opérations affiche une baisse de près de 10 % par rapport à l’année précédente. L’année dernière, deux opérations d’un montant supérieur à 10 milliards d’euros ont été finalisées, contre une opération seulement en 2014 (SFR / Altice). Parallèlement, le marché a enregistré 32 transactions d’un montant supérieur à 1 milliard d’euros, contre 22 en 2014. Rothschild prend la tête du classement, avec un total de près de 90 milliards d’euros pour 107 opérations conseillées.

L’année 2015 a été marquée par la fusion entre Lafarge et le Suisse Holcim. Annoncée en avril 2014, cette opération a permis de créer le n° 1 mondial des matériaux de construction. Ce rapprochement a été orchestré par Rothschild et Zaoui & Co (Lafarge) et par Goldman Sachs (Holcim), également intervenus sur la cession d’actifs du nouvel ensemble à l’Irlandais CRH pour un montant de 6,5 milliards d’euros (imposée par les autorités anti-trust comme principale condition au rapprochement). D’autres banques ont été mandatées sur la fusion et/ou sur des sujets spécifiques de cession d’actifs : BNP Paribas, Morgan Stanley, Citi, Lazard, CA CIB, Barclays (conseil de NNS, famille Sawiris, 14 %) côté Lafarge et Société Générale ; Credit Suisse, HSBC, UBS, Perella Weinberg Partners et Bank of America Merrill Lynch (Eurocement) côté Holcim.
La deuxième opération de l’année a été le rachat par General Electric de la branche énergie d’Alstom, qui a nécessité 15 mois de négociations et l’obtention des autorisations réglementaires dans plus de 20 pays et régions. Conseillée par CA CIB, Rothschild, Bank of America Merrill Lynch, Deutsche Bank, HSBC et Citi (Etat) côté Alstom et Morgan Stanley, Lazard, Credit Suisse et Centerview Partners côté GE, cette opération porte sur un montant de 12,4 milliards d’euros dont 1,9 milliard de cash dans les activités cédées à GE.

2015 marquée par un regain des opérations transatlantiques

Conseil de ces deux opérations, Rothschild occupe la première place du Palmarès, avec 107 opérations d’un montant total de 89,5 milliards d’euros. «Rothschild a pleinement profité en 2015 de l’essor des transactions transfrontalières et des opérations sur sociétés cotées», commente Cyril de Mont-Marin, associé-gérant de la banque, également intervenue sur l’opération GVT/Telefonica, le LBO sur les activités françaises de TDF, l’acquisition de Norbert Dentressangle par XPO Logistics, la reprise de Sapient par Publicis, celle de Verallia par Apollo associé à BPI et de Swissport par HNA.
La deuxième place revient à BNP Paribas, qui a réalisé 52 opérations pour un total de 81,2 milliards d’euros. La banque de la rue d’Antin est intervenue dans l’opération Lafarge/Holcim ainsi que sur le rachat de la foncière néerlandaise Corio par Klépierre, la reprise du septième câblo-opérateur américain Suddenlink par Altice, le deal Igate/Capgemini, le LBO sur les activités françaises de TDF, ainsi que sur les transactions Norbert Dentressangle, Sapient et Verallia.
Morgan Stanley grimpe sur la troisième marche du podium avec 26 opérations pour un total de 78,65 milliards d’euros. «Le marché a été marqué par une multiplication des opérations transfrontalières sur lesquelles Morgan Stanley était très présente cette année. Les secteurs de la pharmacie, des télécoms ou des biens de consommation ont été particulièrement actifs dans ces mouvements de consolidation…», commente Jean-Baptiste Charlet, managing director, co-head investment banking France chez Morgan Stanley.
«L’année 2015 a été marquée par un regain d’activité, notamment sur les opérations de M&A transatlantiques portant sur des cibles américaines... Cette tendance devrait se poursuivre en 2016 compte tenu de la croissance atone en Europe et des incertitudes persistantes sur les économies des BRICS», estime Nicolas Paquet, head of investment banking France & Belux chez Barclays.

Une année record dans le monde en M&A, mais en recul en France

Cependant, «l’activité des fusions-acquisitions en France sur l’année passée a notamment été caractérisée par un recul du nombre d’opérations de taille moyenne et importante par rapport aux niveaux moyens constatés sur les 10 dernières années», déclare un porte-parole de Goldman Sachs qui suit de près Morgan Stanley dans le classement, avec 20 opérations pour 78,2 milliards d’euros.
La 5e place est occupée par l’incontournable Lazard. En 2015, la banque du boulevard Haussmann a accompagné 47 opérations de M&A d’un montant de 76,6 milliards.
«Malgré un environnement économique incertain, l’année 2015 a été riche en grosses transactions, d’un montant supérieur à 10 milliards de dollars. Cela s’explique par le besoin de consolidation des entreprises et la recherche de croissance. L’année a été également marquée par un grand nombre d’opérations transatlantiques. Dans cet environnement, le positionnement historique de Lazard avec une forte implantation en Europe et aux Etats-Unis est un atout majeur. L’autre grande tendance est la montée en puissance des activistes au capital des entreprises, qui poussent à des opérations de M&A», explique Matthieu Pigasse, DG de Lazard France et responsable mondial des fusions & acquisitions de Lazard.
La banque Credit Suisse est le n° 6 de notre Palmarès, avec 21 opérations pour un total de 70,7 milliards d’euros. Elle est suivie par HSBC, avec 15 opérations d’un montant total supérieur à 52 milliards.
«Pour HSBC, l’année 2015 a été marquée par de très grandes transactions, liées à des mouvements de rapprochement industriels d’ampleur, comme Lafarge/Holcim et GE/Alstom. Nous avons également été très présents sur des transactions impliquant des fonds, comme Labco, Linxens, Mirion... Malgré l’instabilité des marchés, l’année 2016 devrait être marquée par les mêmes tendances, de très grandes transactions, souvent avec des groupes asiatiques…», indique Stéphane Bensoussan, co-head of mergers and acquisitions, EMEA chez HSBC.
JP Morgan s’adjuge la 8e place de notre Palmarès, avec 24 opérations conseillées pour un total de 50,9 milliards tandis que Bank of America Merrill Lynch est le n° 9 du classement, avec 19 deals pour un montant supérieur à 48 milliards. Enfin, la 10e place revient à CA CIB, avec 22 opérations pour 45,6 milliards.
«2015 a été une année record en M&A dans le monde, principalement grâce au marché US (plus de 50 % du total)... mais le marché français a été en recul par rapport à 2014. Les acquéreurs américains, et de plus en plus les acquéreurs chinois, ont été particulièrement actifs en Europe et cette tendance devrait se poursuivre en 2016», confirme Bertrand Peyrelongue, responsable mondial du M&A chez CA CIB.
Cette dernière est suivie par Citi, avec 8 opérations pour un total de près de 45 milliards. «2016 semble pour l’instant marquée par un certain attentisme, avec des incertitudes macro (taux, prix de l’énergie, conjoncture dans les marchés émergents, Brexit, élections aux Etats-Unis et en France), avec cependant une volonté réelle des entreprises de faire des transactions dès que la visibilité sera revenue…», commentent Nicolas Desombre et Cédric Léoty, codirecteurs de l’investment banking de Citi en France.
«Il est difficile, en ce début d’année, de se prononcer sur ce que sera le niveau d’activité M&A en 2016. Malgré un contexte encore plus compliqué qu’en 2015, avec une forte volatilité des marchés actions, les indicateurs restent relativement favorables. Il y a un certain nombre de transactions stratégiques à l’étude et les grands groupes restent attentifs aux opportunités M&A, dans des logiques offensive ou défensive», souligne Alexandre Courbon, responsable fusions & acquisitions, France au sein de la Société Générale, n° 12 du Palmarès.

Un environnement de plus en plus complexe en 2016

«L’année 2016 s’annonce plus compliquée pour le marché des fusions-acquisitions. Un certain nombre de catalyseurs demeurent : la nécessité de globaliser ses activités, la course à la taille et à l’efficience, la disponibilité de financements et la faiblesse des taux d’intérêt, l’appétit de la Chine à l’étranger, l’attrait du marché US dans de nombreux secteurs, l’incitation pour les groupes US de dépenser leurs liquidités bloquées à l’étranger ou d’arbitrer les taux d’imposition des différentes juridictions, etc. Cependant, de nombreux vents contraires se sont levés. La volatilité des marchés, en soi un frein aux opérations de M&A, n’est que le reflet d’inquiétudes plus profondes liées aux incertitudes sur la croissance chinoise, au surendettement endémique des acteurs économiques ou aux risques liés aux conséquences des taux zéro ou négatifs sur l’économie et sur les banques. La baisse marquée des prix du pétrole et ses conséquences sur l’industrie, au-delà des secteurs pétroliers et parapétroliers, sont également des facteurs d’incertitude. Si le niveau de dialogues stratégiques et des opérations en cours reste soutenu, mener les transactions à leur terme sera plus complexe qu’en 2015», conclut Jean-Baptiste Charlet.

Classement des opérations en valeur

Classement par nombre d’opérations

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