Communauté financière

Pierre Pelouzet, médiateur des entreprises

« Si les entreprises sont solidaires entre elles, elles devraient s’en sortir par le haut »

Option Finance - 5 février 2021 - Propos recueillis par Anaïs Trebaul

« Cette année, nous avons dû intervenir sur de nombreux litiges liés au paiement des loyers, un sujet sur lequel nous n’étions jamais sollicités auparavant. »

L’activité de la médiation des entreprises a été multipliée par 4 en 2020. Quel bilan dressez-vous de cette année ?

En effet, notre activité a beaucoup progressé, notamment au printemps, où nous avons atteint un pic de sollicitations de la part des entreprises. Ensuite, après une baisse de l’activité pendant l’été, celle-ci a de nouveau progressé lors du deuxième confinement, à des niveaux nettement moindres tout de même.

Ainsi, en 2020, nous avons reçu 6 075 sollicitations de la part des entreprises, soit une multiplication par 6 par rapport à 2019. Une grande partie de ces demandes d’informations ont concerné de nouvelles problématiques directement liées à la crise sanitaire, comme le report des loyers, mais aussi les dispositifs d’aides (fonds de solidarité, PGE, chômage partiel), pour lesquels nous avons réorienté les entreprises vers les organismes dédiés (Médiation du crédit pour le PGE, par exemple).

Avec 3 540 saisines, notre activité de médiation a, de son côté, été multipliée par 3. Cette progression est principalement due à une hausse des demandes des TPE de moins de 25 salariés, commerces et hôtels essentiellement. La nature des saisines a également évolué. Alors qu’auparavant celles-ci concernaient avant tout les conditions de paiement des entreprises (retards de paiement, fin de travaux non approuvée, etc.) et les relations contractuelles (rupture brutale de contrat, notamment), cette année nous avons dû également intervenir dans de nombreux litiges liés au paiement des loyers, un sujet pour lequel nous n’étions jamais sollicités auparavant.

Au-delà de votre activité de médiation, de nouvelles missions vous ont été attribuées en 2020. En quoi consistent-elles ?

Dès le 23 mars dernier, nous avons participé à la création d’un comité de crise sur les délais de paiement. Celui-ci a permis d’éviter de nombreux litiges sur ce sujet, et d’intervenir auprès des entreprises sans aller jusqu’à la saisine de médiation. Aujourd’hui, ce comité est toujours actif, mais nous ne recevons plus de demandes.

Depuis l’automne, nous intervenons auprès des grandes filières stratégiques (aéronautique et automobile d’abord, puis industrie agroalimentaire), afin de favoriser le dialogue entre les clients et les fournisseurs. Nous avons notamment mis en place des sondages pour mesurer la qualité de la relation fournisseur et identifier les points bloquants.

Depuis fin décembre, nous sommes missionnés par Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance pour intervenir auprès des secteurs les plus affectés par la crise, comme les restaurants, les salles de sport, les discothèques et l’événementiel. En général, ces derniers n’ont pas de difficultés à bénéficier des dispositifs d’aide, comme le fonds de solidarité ou le chômage partiel. Mais il arrive que cela coince. Nous intervenons donc auprès des ministères dédiés. En deux mois, nous avons déjà reçu 285 sollicitations.

Vous êtes particulièrement confronté aux difficultés des entreprises. Comment leur situation économique pourrait-elle évoluer dans les prochains mois ? Quels sont par ailleurs les projets de la médiation pour les mois à venir ?

Entre les deux confinements, nous avons assisté à un rebond d’activité économique phénoménal. Si les entreprises sont solidaires entre elles, et que chacune s’accroche, elles devraient s’en sortir par le haut.

Du côté de la médiation, en janvier, les demandes ont repris par rapport au mois de décembre. Nous anticipons donc un début d’année toujours soutenu, en ligne avec le deuxième semestre 2020. Les sujets plus traditionnels sur lesquels nous intervenions avant la crise commencent à revenir, comme les problèmes contractuels entre clients et fournisseurs. En outre, nous travaillons actuellement sur le Label Relations fournisseurs et achats responsables, que nous avons créé avec le Conseil national des achats en 2012. Une cinquantaine d’entreprises, comme Thales, EDF ou Safran, sont actuellement labellisées. Mais nous souhaitons désormais le déployer à plus grande échelle. Olivia Grégoire, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Economie et des Finances, nous a missionné pour trouver des pistes dans ce sens. 

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