Communauté financière

Interview – Gaétan Rougevin-Baville, chief operating officer, Meero

«Une entreprise de la French Tech peut aujourd’hui rayonner internationalement depuis Paris.»

Option Finance - 8 juillet 2019 - Propos recueillis par Thomas Feat

Gaétan Rougevin-Baville, chief operating officer, Meero
Meero

Meero vient de lever 205 millions d’euros, réalisant par là même l’un des tours de table les plus importants de l’histoire de la French Tech. Quel est votre objectif ?
Meero met en relation des clients corporate souhaitant passer commande de photoreportages et des photographes. L’entreprise réalise, grâce à des algorithmes, de la retouche instantanée permettant de calibrer les clichés en fonction des attentes du client. Elle fournit par ailleurs un certain nombre de services administratifs, informatiques et pédagogiques aux photographes référencés pour simplifier la gestion de leur activité.
Les fonds levés lors de notre dernier tour de table seront alloués pour moitié à l’optimisation de nos solutions technologiques ainsi qu’au développement de nouveaux services à l’usage de notre communauté de photographes. Forts de ces ressources, nous prendrons pied prochainement dans de nouveaux secteurs, après ceux de l’immobilier, de l’hôtellerie et du fooding, et ouvrirons nos prestations aux particuliers. Nous prévoyons de faire passer de 600 à 1 200 collaborateurs la taille de nos équipes d’ici à la fin de l’année, et de conforter notre présence internationale grâce à l’aggrandissement de nos bureaux aux Etats-Unis, en Inde et au Japon. Enfin, certains de nos outils de retouche photographique seront bientôt disponibles sous forme de licences.

Cette levée de fonds particulièrement ambitieuse a-t-elle été difficile à mettre en œuvre ?
Depuis sa création, en 2016, Meero a adopté un rythme de croissance très soutenu et maintient  aujourd’hui encore cette cadence. Celle-ci requiert des niveaux d’investissement en ressources humaines et technologiques très élevés. Les investisseurs l’ont compris et, pour cette raison, n’hésitent pas à nous accompagner en dépit de cette charge d’investissement très importante.
Il ne faut pas oublier, en outre, que Meero a réalisé pas moins de trois tours de table en amont de sa dernière levée : un tour initial auprès de business angels à son lancement, et deux tours de 15 et 45 millions d’euros, respectivement en 2017 et 2018. Cinq des huit investisseurs ayant participé à notre dernière levée, Alven Capital, Global Founders Capital (GFC), White Star Capital, Aglaé Ventures et Idinvest, étaient déjà parties prenantes de l’entreprise, ce qui nous a facilité la tâche.

En plus d’Eurazeo, l’américain Avenir Growth et le néerlandais Prime Ventures sont entrés à
votre capital en juin. Pourquoi vous être tourné vers des investisseurs étrangers ?
Cette implication de sociétés de gestion étrangères découle non seulement d’une démarche proactive de Meero, mais aussi du fait que les investisseurs étrangers se portent naturellement et de plus en plus vers la French Tech, vivier d’entreprises en ébullition qui leur offre des perspectives de rendement très intéressantes. Pour nous, il s’agit d’une bonne opération, car ces investisseurs vont nous donner une visibilité mondiale.

Plus généralement, quel regard portez-vous sur l’écosystème de la French Tech ?
Ses entreprises ont considérablement musclé leurs business models, certaines d’entre elles parvenant même, désormais, à devenir des licornes et des leaders pérennes de leur industrie, à l’image de Doctolib ou de Blablacar. Les financeurs, eux, se sont énormément diversifiés dans le capital-risque comme dans le capital-investissement, chaque fonds étant aujourd’hui clairement positionné. L’enjeu de demain, pour les fonds de capital-développement, est d’accroître leur surface financière afin de pouvoir financer plus d’opérations d’ampleur. En définitive, une entreprise de la French Tech peut aujourd’hui rayonner internationalement depuis Paris, ce qui était beaucoup plus difficile il y a encore quelques années. 

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