Financement des entreprises et Trésorerie

Emmanuel Hasbanian, coresponsable de la banque d’affaires en France chez Deutsche Bank

« 2021 devrait être un bon cru pour le marché actions français »

Option Finance - 12 avril 2021 - Propos recueillis par Thomas Feat

SPAC, Bourse

« A l’instar de 2MX Organic en décembre dernier, d’autres SPAC devraient s’introduire à la Bourse de Paris cette année. »

Comment le marché actions français s’est-il comporté durant le premier trimestre ?

Tous segments confondus – augmentations de capital, introductions en Bourse, cessions de blocs et émissions d’obligations convertibles –, l’activité du marché actions français s’est contractée, au premier trimestre, d’environ 50 % sur un an et de 60 % sur trois mois pour s’établir à près de 2 milliards d’euros. Cette performance reste encourageante compte tenu de l’incertitude économique qui a prévalu depuis le début de l’année. La progression continue des principaux indices boursiers français à des niveaux records, entretenue par des perspectives de reprise plus favorables à mesure que les campagnes de vaccination accélèrent, tout comme la faiblesse de la volatilité – l’indice VIX du Chicago Board Options Exchange (CBOE) est repassé la semaine dernière sous le seuil des 20 points – sont autant de fondamentaux susceptibles de soutenir les opérations dans les prochains mois. On peut raisonnablement penser que 2021 sera un bon cru pour le marché actions français.

Air France-KLM vient d’annoncer la réalisation d’une augmentation de capital prochaine d’un milliard d’euros. L’énergéticien Neoen a bouclé, pour sa part, une émission d’actions nouvelles de 600 millions d’euros. Comment le segment des émissions se porte-t-il ?

Les augmentations de capital secondaires ont compté, en valeur, pour près d’un tiers des opérations du marché actions français ces trois derniers mois. A l’instar d’Air France, un certain nombre d’entreprises sont aujourd’hui dans l’obligation de renforcer leurs fonds propres, notamment celles dont l’endettement bancaire ou de marché a crû significativement depuis un an. Les niveaux de valorisation globalement élevés incitent par ailleurs les sociétés à se positionner. Elles le font d’autant plus que les investisseurs actions disposent de liquidités très importantes.

Pour d’autres entreprises, cette logique de sécurisation se traduit par une consolidation de la trésorerie. Cela explique que le segment des cessions de blocs ait été animé sur la période. En mars, Renault a vendu la participation qu’il détenait dans Daimler pour 1,2 milliard d’euros, quand Bouygues s’est désengagé d’Alstom à hauteur de 500 millions d’euros.

Aucune introduction n’a eu lieu sur le marché réglementé parisien depuis janvier, alors même que Francfort ou Londres ont connu un premier trimestre très animé. Comment expliquer un tel décalage ?

Les places britannique et allemande ont en effet été très actives. Nous avons notamment dirigé les introductions de Vantage Towers et Auto1 outre-Rhin, des opérations assorties d’augmentations de capital comprises entre 1 milliard et 2 milliards d’euros. Les grandes cotations européennes du début d’année ont toutefois connu des fortunes diverses : si Auto1 a vu son cours progresser, celui de Deliveroo a subi une chute importante.

A mon sens, la faible activité du marché primaire parisien en ce début d’année est, quant à elle, beaucoup plus conjoncturelle que structurelle. Plusieurs sociétés, dont certaines de taille importante, réfléchissent à de possibles introductions. Le secteur de la tech est susceptible d’alimenter le marché réglementé, tout comme des spin-off de grandes sociétés. En outre, après l’introduction de 2MX Organic en décembre dernier, dirigée par Deutsche Bank, d’autres SPAC devraient se coter à Paris au cours des prochains mois.

En 2020, les émissions d’obligations convertibles avaient atteint un niveau record. Qu’en est-il en ce début d’année 2021 ?

Les trois derniers mois ont été relativement calmes. Sur la période, le segment s’est replié de 70 % par rapport au quatrième trimestre 2020. L’activité pourrait toutefois repartir en raison de la progression des cours de Bourse. Celle-ci rend en effet la dilution potentielle induite par les convertibles beaucoup plus acceptable pour les actionnaires historiques. 

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