Financement des entreprises et Trésorerie

Nicolas Darbo, associé chez Accuracy

« En France,les modèles bancaires ultra-dominants et ultra-diversifiés ont bien résisté en 2020 »

Option Finance - 29 mars 2021 - Propos recueillis par Valérie Nau

« Pour l’instant, les masses de liquidités injectées par les banques centrales et les Etats limitent a priori une explosion des risques. »

Même si les banques françaises ont publié récemment des résultats 2020 en baisse, elles ont, jusqu’à présent du moins, assez bien surmonté la crise sanitaire. Quels enseignements en tirez-vous ?

Ces résultats sont avant tout corrélés au positionnement des banques en termes de métiers, car ces derniers ont été impactés de façon très différente par la crise. Certains ont très bien résisté comme les activités de taux au sein de la banque de financement et d’investissement (BFI), portées notamment par une forte activité sur le marché obligataire, ou la banque privée, les hauts revenus ayant été moins touchés.

D’autres métiers ont en revanche davantage souffert. La banque de détail a doublement pâti de la hausse massive de l’épargne, et notamment des dépôts à vue, qui a, d’une part, entraîné une baisse des découverts, l’un des produits les plus rentables en France, et, d’autre part, affecté la marge nette d’intérêts de par le replacement à taux négatif à la BCE. Dans les activités de marchés, le métier actions a beaucoup souffert. Des produits dérivés comme les options sont en effet construits en tenant compte des versements de dividendes, et comme ces derniers n’ont pas eu lieu l’année dernière, ces produits ont entraîné de lourdes pertes chez tous les acteurs. De son côté, l’asset management a également souffert de la baisse des marchés boursiers qui, en pesant sur les encours, a eu un impact négatif sur les revenus.

Dans ce contexte, un modèle bancaire se distingue-t-il particulièrement ?

En fait, si l’on se focalise sur les revenus, deux modèles ont bien résisté en France l’année dernière, bien qu’ils soient très différents : d’une part, celui de BNP Paribas, qui a choisi, depuis longtemps, d’être une banque très diversifiée, en termes d’implantations géographiques comme de métiers (bien répartis entre la banque de détail, la BFI et les services financiers) ; d’autre part, celui du Crédit Agricole, moins diversifié, mais bien positionné sur le crédit à la consommation, l’asset management (avec Amundi), et surtout dans la banque de détail, avec une part de marché de 25 % en France. Il y a donc eu une prime aux modèles ultra-dominants et ultra-diversifiés.

La position très dominante (plus de deux tiers du marché) des trois mutualistes sur la banque de détail leur a d’ailleurs permis de ne pas être trop affectés par la crise. Chez BPCE, les réseaux ont réalisé une très bonne performance, mais deux autres métiers du groupe ont rencontré des difficultés, l’asset management avec H2O et le métier actions dans la BFI.

Enfin, Société Générale, moins diversifiée que BNP Paribas, de par notamment les cessions réalisées depuis une décennie, et moins dominante que les mutualistes sur la banque de détail, a fini en pertes, à -258 millions, touchée par la crise sur l’un de ses métiers phares, les actions.

Le montant des provisions a augmenté dans les comptes bancaires pour 2020. Le risque a-t-il été bien évalué ?

Au sein des banques françaises, le coût du risque a augmenté en moyenne de 20-25 points de base (pb), sauf à la Société Générale, où il est passé de 25 à 65 pb. Cependant, la hausse des provisions en 2020 porte essentiellement sur des risques non avérés. Les vrais défauts ont peu augmenté, voire ont baissé. Pour l’instant, les masses de liquidités injectées par les banques centrales et les Etats limitent a priori une explosion des risques. D’autant que la hausse des taux, si elle reste limitée et progressive, va améliorer la rentabilité des banques.

En dehors de la sortie de crise, quels sont les défis auxquels les banques vont être confrontées dans les mois qui viennent ?

Dans la BFI, les banques européennes sont très concurrencées par les banques américaines. Pour résister, des rapprochements ou des rachats partiels d’activités pourraient être envisagés. En France, BNP Paribas serait la mieux placée pour mener une telle stratégie.

Dans la banque de détail, la digitalisation progresse lentement. Le nombre d’agences en France a très peu régressé en dix ans, de moins de 10 % contre 30 à 40 % dans le reste de l’Europe. A l’exception de Société Générale, qui a annoncé le rapprochement de ses réseaux avec ceux du Crédit du Nord, les réductions d’agences devraient rester limitées. Les banques vont donc devoir accélérer dans le digital pour améliorer l’efficacité de leur modèle opérationnel.

Par ailleurs, la diversification vers les activités de services financiers pourrait s’accentuer : c’est déjà l’une des forces de BNP Paribas, où elles assurent une part importante des 44 milliards d’euros de revenus et des résultats.

Enfin, il faudra rester vigilant face aux néobanques et aux banques en ligne et surveiller notamment les innovations des grandes banques américaines sur le marché britannique : Goldman Sachs, avec Marcus, qui a collecté près de 100 milliards de dollars en trois ans, et JP Morgan, qui a lancé sa banque en ligne Chase. Si les résultats sont concluants, ces banques, disposant d’une marque très établie, pourraient décider de transformer l’essai dans d’autres pays.