Financement des entreprises et Trésorerie

Michel Chabanel, président, Association française des investisseurs pour la croissance (Afic)

«Il faut permettre aux assureurs d’investir plus facilement dans le private equity.»

Option Finance - 17 mai 2016 - Propos recueillis par Arnaud Lefebvre

Capital investissement, LBO, Private Equity

Michel Chabanel, président, Association française des investisseurs pour la croissance (Afic)
Afic

L’Afic organise ce jeudi 19 mai sa conférence annuelle sur le marché du capital-investissement. Comment se porte ce dernier en France ?

La tendance est plutôt positive pour le marché français du capital-investissement, qui enregistre depuis 2012 une croissance quasi continue. A 10,7 milliards d’euros en 2015, les investissements réalisés, en hausse de 23 % sur un an, sont revenus à leur plus haut niveau depuis 2007. Pour leur part, les montants collectés par les véhicules spécialisés s’inscrivent certes en léger retrait par rapport à 2014 (9,7 milliards d’euros, contre 10,1 milliards), mais ils avoisinent toutefois la moyenne d’avant-crise, de 10,5 milliards sur la période 2005-2008. Sur le plan des performances, le rendement net sur 10 ans offert par le capital-investissement hexagonal atteint 11,3 % par an, soit le double environ de celui des autres classes d’actifs. En outre, ce taux est comparable à celui offert au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Enfin, le bilan du point de vue social et économique est très favorable. Les chiffres d’affaires des entreprises accompagnées ont crû en moyenne de 22,4 % entre 2009 et 2014, contre une hausse du PIB nominal français de 10 %. En termes d’emplois, plus de 314 000 postes nets ont été créés, pendant que le secteur marchand en détruisait plus de 123 000.
 

Si le tableau d’ensemble est positif, certains acteurs du secteur, en particulier ceux de petite taille, font état de difficultés à lever des fonds. Comment l’expliquez-vous ?

Les grands fonds arrivent, il est vrai, à lever des capitaux plus facilement car ils peuvent notamment solliciter des investisseurs étrangers. Ceux de plus petite taille sont contraints de se tourner exclusivement vers des investisseurs français, qui sont malheureusement moins nombreux à investir dans le non-coté que dans d’autres pays, notamment du fait de l’absence de fonds de pension. En effet, la part des actifs des institutionnels allouée au capital-investissement ne s’élève qu’à 0,75 % en France, quand elle s’établit à 3 % en moyenne en Europe. Pour autant, il y a actuellement d’abondantes liquidités qui cherchent à s’investir et de nombreuses sociétés de gestion de petite taille en profitent : 55 % des véhicules ayant levé des fonds l’année dernière ont ainsi collecté moins de 20 millions d’euros.
 

Cette abondance de liquidités se traduit notamment par une augmentation des leviers des cibles qui, d’après l’indice Argos Soditic, ont retrouvé fin 2015 leur pic historique de 2006. L’Afic est-elle préoccupée par ce phénomène ?


Il est incontestable que les leviers augmentent, ce qui s’explique à la fois par le fait que les fonds ont beaucoup d’argent à investir, que les acquéreurs industriels sont prêts à payer cher un actif et que les banques sont plus agressives. Mais cette dynamique haussière se justifie aussi par la conjoncture. Depuis cinq ans, l’économie s’est améliorée et de nombreux risques ont disparu, comme le «Grexit» et la défiance envers les dettes souveraines. Dans un contexte où il est devenu moins compliqué d’établir un business plan, il n’est pas anormal que les valorisations et les niveaux d’endettement remontent. Cela dit, la concurrence entre acheteurs a toujours contribué à renchérir, en période de reprise comme aujourd’hui comme en période de crise, le prix des actifs de qualité. Toutefois l’expérience montre que ce sont souvent ces derniers qui délivrent les meilleures performances. Enfin, à l’exception de quelques dossiers emblématiques, il y a eu très peu de défauts de sociétés ayant fait l’objet d’un montage LBO avant 2007, malgré des leviers parfois significatifs.


Votre mandat à la présidence de l’Afic, entamé en 2014, s’achève le mois prochain. Quel bilan dressez-vous de ces deux dernières années et sur quels chantiers devra œuvrer votre successeur ?

Outre nos efforts visant à maintenir un cadre réglementaire et fiscal le plus favorable possible pour les entreprises et les investisseurs, nous nous réjouissons de la création en août dernier de la Société de libre partenariat (SLP). Ce véhicule, qui s’inspire des fonds anglo-saxons, contribue à rassurer les investisseurs étrangers, pour lesquels le régime français des fonds communs de placement à risques (FCPR) pouvait sembler difficile à appréhender. La SLP devrait ainsi renforcer l’attractivité du marché français du capital-investissement. Sur le front des priorités, il est impératif, au regard des besoins croissants en fonds propres des entreprises françaises, de développer notre marché en permettant notamment aux assureurs d’investir plus facilement dans le private equity français. Sur un horizon de cinq ans, celui-ci doit pouvoir doubler de taille afin d’égaler le marché britannique.