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Jacquet Metal Service privilégie le Schuldschein

Option Finance - 4 janvier 2016 - Arnaud Lefebvre

Placement privé, Schuldschein

Afin de refinancer l’acquisition d’une société allemande, Jacquet Metal Service a réalisé son premier financement désintermédié. Cette opération, effectuée outre-Rhin, permet notamment au groupe de bénéficier de conditions contractuelles assouplies.

Au cours des derniers mois, l’Allemagne s’est retrouvée au cœur des problématiques des équipes financières de Jacquet Metal Service (JMS). Après avoir finalisé en juillet 2015 l’acquisition des activités de distribution d’aciers spéciaux de la société Schmolz+Bickenbach, présente notamment outre-Rhin, le groupe français (1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2014) a bouclé quelques semaines plus tard un placement privé sur le marché allemand (Schuldschein). Un premier appel au marché de la dette non bancaire, destiné à remplacer le prêt mis en place pour financer cette opération de croissance externe.

Un ancien crédit sécurisé

Certes, JMS ne faisait face à aucune urgence pour refinancer ce prêt. Concomitamment au rachat des activités de distribution de Schmolz+Bickenbach, il avait en effet souscrit un crédit syndiqué de 175 millions d’euros, composé d’une ligne revolving de 125 millions et d’un crédit d’acquisition de 50 millions d’euros.

Thierry Philippe, directeur général finance, JMS
JMS

«Affichant une maturité de trois ans, ce dernier était assorti de conditions intéressantes, signale Thierry Philippe, directeur général finance de JMS. Pour autant, nous envisagions de le refinancer à moyen terme afin d’obtenir des dispositions plus favorables encore, comme par exemple une levée des sûretés consenties sur les titres des nouvelles filiales. Un de nos partenaires bancaires, BayernLB, nous a approchés fin août pour nous proposer de réaliser un Schuldschein.»


Après avoir examiné brièvement l’opportunité d’émettre un Euro-PP, JMS a rapidement arrêté son choix sur un placement de droit allemand. D’abord, les coupons réclamés outre-Rhin étaient, à ce moment, légèrement inférieurs. «De plus, avec cette acquisition, l’Allemagne va représenter environ 45 % de notre chiffre d’affaires, contre 25 % auparavant – la part de la France s’établit quant à elle à 9 % –, précise Thierry Philippe. Dans ce contexte, il était pertinent de nous positionner sur le marché de la dette allemand.»

Un tiers des fonds levés en provenance d’Asie

Début septembre, les équipes financières de JMS ont alors initié le processus de l’opération. Le groupe étant coté, celles-ci se sont largement appuyées sur les documentations existantes. Des entretiens téléphoniques ainsi que des rencontres avec une vingtaine d’investisseurs ont ensuite été organisés. «Un important travail de pédagogie a été nécessaire car la société, qui venait de s’endetter pour financer son acquisition, voyait son levier d’endettement atteindre un niveau élevé pour le marché du Schuldschein, à environ quatre fois l’Ebitda, indique Christophe Huet, deputy general manager de BayernLB Paris. La capacité historique de JMS d’intégrer avec succès des acquisitions et les “fondamentaux” de cette acquisition ont dû être détaillés afin de rassurer les investisseurs sur sa capacité à ramener le ratio de levier à son niveau pré-acquisition. Il a fallu en outre réaliser une recherche crédit très approfondie de l’émetteur afin de démontrer au marché que la chute actuelle des prix des matières premières n’affectait pas son business model, JMS étant un distributeur et positionné sur un segment de niche (aciers spéciaux) à forte valeur ajoutée.»

Face aux retours positifs, le placement a été lancé fin septembre. Souhaitant initialement lever 50 millions d’euros, le groupe français a finalement emprunté 88 millions. D’une maturité de cinq ans, le Schuldschein est rémunéré à hauteur de 1,75 % au-dessus du taux Euribor 3 mois. «Grâce au coupon obtenu, nous allons économiser plusieurs centaines de milliers d’euros par an, alors même que ce financement n’intègre aucune sûreté, se réjouit Thierry Philippe. Géographiquement, les fonds proviennent d’Europe pour 70 % et d’Asie pour 30 %, ce qui nous permet d’atteindre l’objectif initial de rééquilibrage de notre base de créanciers.» Le groupe espère même profiter des contacts noués lors des préparatifs du Schuldschein pour entamer, à l’avenir, une collaboration avec d’autres prêteurs étrangers.

La flexibilité du coupon variable

Le placement privé de Jacquet Metal Service est assorti d’un coupon variable (taux Euribor 3 mois + 1,75 %). Si cette caractéristique est courante sur le marché allemand des placements privés, elle faisait également partie des critères recherchés par le groupe en raison de la souplesse qu’elle offre. «Si un émetteur souhaite rembourser son Schuldschein par anticipation, il se verra appliquer des pénalités dans le cas d’un coupon fixe, précise Christophe Huet. En revanche, dans le cas d’un placement à taux variable, le droit allemand prévoit qu’il puisse le faire sans coût supplémentaire, à la seule condition que le financement soit soldé lors d’une date de paiement des intérêts et en respectant un préavis.»