Financement des entreprises et Trésorerie

Plan de soutien d'urgence

«L’aide de l’Etat de 1500 euros sera l’équivalent d’une goutte d’eau dans un océan de pertes.»

Option Finance - 27 mars 2020 - Propos recueillis par Alexandra Milleret

Coronavirus, PME

Questions à Jean-Eudes du Mesnil, secrétaire général de la CPME

Le projet de loi d’urgence instaurant des mesures de soutien aux entreprises pour faire face à la crise économique engendrée par la pandémie de coronavirus a été adopté le 20 mars dernier. Comment jugez-vous la réaction économique de l’Etat face à cette crise ?

Le gouvernement a effectivement été assez réactif pour mettre en place des mesures d’aide aux entreprises. Il a rapidement accepté de reporter les charges et l’acompte d’impôt sur les sociétés et a indiqué que les entreprises qui s’étaient déjà acquittées de ces paiements auraient la possibilité de se faire rembourser. Surtout, alors qu’il appartient d’habitude aux entreprises de faire les démarches auprès de la direction générale des finances publiques (DGFiP) ou des Urssaf pour obtenir un étalement de charges, cette fois-ci ce sont les services de l’Etat qui ont envoyé un mail aux entreprises pour leur demander ce qu’elles souhaitaient : étaler, payer ou être remboursées. C’est la première fois que l’administration est aussi proactive. Cette démarche est très positive, notamment pour les très petites entreprises qui se perdent souvent dans les formalités administratives.

Toutefois, malgré cet effort, nous avons constaté que certaines entreprises, qui avaient justement demandé à ne pas être prélevées, l’ont finalement été à cause de problèmes informatiques.

Par ailleurs, la TVA ne fait pas partie des impôts qui peuvent être reportés, aussi avons-nous demandé au gouvernement un remboursement accéléré de la TVA ou la possibilité de la déclarer sur la base d’un forfait pouvant aller jusqu’à 50 % du chiffre d’affaires. Ce sujet est, pour le moment, toujours en discussion dans les réunions que nous avons régulièrement avec les ministres.

Etes-vous satisfait de la possibilité de report de paiement des loyers et des factures énergétiques ?

Les bailleurs institutionnels se sont d’ores et déjà engagés à suspendre le paiement des loyers. Toutefois, concernant les bailleurs privés, le sujet est plus délicat. Le cabinet de Bruno Le Maire nous a indiqué que les bailleurs n’auraient pas la possibilité de faire jouer les garanties de loyers impayés auprès des assureurs ou les cautions pendant cette période de crise. Mais la situation va se traiter au cas par cas. Nous pouvons difficilement demander de façon autoritaire à un particulier qui loue les murs d’une entreprise de suspendre les loyers. A part demander de la solidarité en cette période particulière, nous ne pouvons pas aller plus loin et l’Etat non plus.

Par ailleurs, s’agissant des factures énergétiques, là encore Bercy nous a certifié que les entreprises ne subiraient aucune pénalité et qu’aucune coupure d’électricité ou de gaz ne serait décidée si les entreprises n’étaient pas en capacité de payer leurs échéances. Mais il appartient là aussi à chaque dirigeant de se tourner vers son fournisseur en région. Le report de paiement n’est donc pas véritablement garanti, contrairement à ce qui a été laissé entendre.

L’Etat a lancé la semaine dernière un fonds de garantie de 300 milliards d’euros afin d’assurer un octroi de prêt aux entreprises en difficulté. Est-ce un soulagement pour les entreprises ?

 Ce plan est très important. Par cette garantie, qui peut atteindre 90 % de la part de Bpi, les entreprises peuvent demander un emprunt que la banque n’aura aucune raison de refuser puisqu’elle ne prend aucun risque. Nous serons donc très vigilants pour nous assurer que les banques jouent bien leur rôle de soutien et qu’aucune entreprise ne se retrouve en difficulté à cause de leur refus. C’est aujourd’hui notamment le cas des entreprises sous LBO dont les banques ne veulent pas refinancer des prêts. De plus, il ne serait pas non plus acceptable que les entreprises subissent des frais de dossier sur ces emprunts. 

Jugez-vous l’aide de 1 500 euros accordée aux PME grâce au fonds de solidarité trop restrictif ?

Nous avons effectivement constaté plusieurs problèmes sur ce sujet. D’une part, la somme de 1 500 euros n’est pas suffisante. Cela sera l’équivalent d’une goutte d’eau dans un océan de pertes. De plus, les conditions d’octroi de ce forfait sont également problématiques. Si les secteurs qui ont fermé sur décision administrative, comme les salles de spectacles, les restaurants, se verront attribuer les 1 500 euros sur simple demande, les autres secteurs doivent être en capacité de prouver qu’ils ont subi une baisse de chiffre d’affaires de 70 % entre mars 2019 et mars 2020 ou être une entreprise de moins d’un million d’euros de chiffre d’affaires avec des salariés. Le champ d’éligibilité est donc très limité. Je rappelle que l’essentiel des pertes des entreprises est constaté depuis le 16 mars. Or, si vous lissez cette baisse d’activité sur une année, très peu d’entreprises auront donc finalement droit à ce forfait. C’est pourquoi nous poursuivons là aussi nos échanges avec le gouvernement afin que toutes les entreprises puissent y avoir droit.