Financement des entreprises et Trésorerie

Soutien aux entreprises

Les régions se mobilisent

Option Finance - 5 juin 2020 - Alexandra Milleret

Coronavirus, Entreprises

Parallèlement à l’action gouvernementale, les présidents de région se sont rapidement engagés dans la lutte contre la crise économique. Dès le mois d’avril, chaque région a mis en place son propre plan d’aides d’urgence aux entreprises. Ce soutien, qui recouvre plusieurs types de mesures, atteint en moyenne 350 millions d’euros.

Aucun chef d’entreprise ne peut ignorer, aujourd’hui, l’effort fourni par Bercy pour éviter à tout prix des faillites que pourrait provoquer la crise économique du Covid-19. A grand renfort de communication, ce sont 110 milliards d’euros, déclinés en diverses mesures (report de charges sociales et fiscales, assouplissement du chômage partiel, création du fonds de solidarité et prêts garantis par l’Etat) qui ont été mis sur la table, depuis le mois de mars dernier, par l’Etat pour soutenir la trésorerie des entreprises.

Mais le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, n’est pas le seul pilote dans l’avion étatique à vouloir sauver l’économie française. Les régions, souvent mises en question sur leur utilité réelle comme toutes les collectivités territoriales, ont elles aussi, dans l’ombre du gouvernement, mis grandement la main à la poche pour aider les entreprises. Ce sont ainsi plus de 350 millions d’euros qui ont été consacrés par chacune des régions françaises à la lutte contre la crise économique. «Il est intéressant de constater une volonté commune de la part des régions à agir pour soutenir les entreprises, se félicite Lilla Merabet, vice-présidente déléguée à la thématique compétitivité, innovation et numérique, région Grand Est. Elles ont toutes considéré qu’il fallait participer à l’effort national.»

Un aide complémentaire au fonds de solidarité nationale

En effet, toutes les régions ont très tôt souhaité participer à une des initiatives majeures du gouvernement, le fonds de solidarité. Le second projet de loi de finances rectificatif pour 2020, voté le 24 avril dernier, leur a permis d’intervenir en complément. Jugeant le forfait de 1 500 euros octroyé aux TPE-PME dans le cadre de ce fonds trop faible, les régions ont donc proposé à Bercy d’instaurer une aide complémentaire pouvant aller jusqu’à 5 000 euros. La région Ile-de-France, par exemple, a engagé pour ce dispositif 156 millions d’euros, soit 30 % de l’apport total des régions dans ce fonds. La région Grand Est a quant à elle versé 35 millions d’euros alors que la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) a donné 38 millions d’euros.

Mais les régions ne se sont pas contentées d’ouvrir leur porte-monnaie, elles ont également fait remonter à Bercy les difficultés que pouvaient rencontrer les TPE-PME dans l’obtention de ce forfait. «Ce sont les régions qui se sont battues pour assouplir les conditions d’éligibilité des entreprises au fonds de solidarité, défend Alexandra Dublanche, vice-président chargé du développement économique et de l’attractivité, de l’agriculture et de la ruralité à la région Ile-de-France. Nous avons obtenu de Bercy de prendre en compte, pour l’octroi de l’aide, la baisse à 50 % du taux de perte de chiffre d’affaires en mars 2020 ou avril 2020 ou mai 2020 par rapport au même mois de l’année précédente, alors que ce taux avait été fixé à 70 % au début de la crise. Ce sont également les régions qui ont convaincu le gouvernement d’accorder ce forfait aux petits commerçants qui n’avaient pas de salarié.»

Toutefois, si les régions sont prêtes à jouer le jeu de la solidarité nationale, elles regrettent le manque de communication de la part du gouvernement autour de cette aide complémentaire. «Le fonds de solidarité est un enjeu important car, encore aujourd’hui, beaucoup d’entreprises n’ont pas compris qu’elles avaient droit à une aide complémentaire de la région, déplore Alexandra Dublanche. Sur les 510 000 bénéficiaires du volet 1 (1 500 euros), nous n’avons eu que 8 700 demandes sur le volet 2 en Ile-de-France pour le moment. Or, pour disposer de ce soutien régional, l’Etat impose que chaque entreprise dépose un nouveau dossier administratif, ce qui est un peu compliqué. Une meilleure communication de Bercy envers les entreprises est donc indispensable pour que nous puissions aider le plus grand nombre de TPE-PME.» Un manque de visibilité constaté également en région PACA où sur les 169 000 entreprises ayant obtenu le forfait de 1 500 euros, seules 1 832 d’entre elles ont fait une demande d’aide complémentaire. «Plutôt que de se tourner vers la région, beaucoup de chefs d’entreprise ont peut-être préféré demander un prêt garanti par l’Etat qui leur permettait d’obtenir une somme plus importante pour renflouer leur trésorerie, ce qui est dommage car les deux aides étaient cumulables», suppose Bernard Kleynhoff, conseiller régional et président de la commission économie, industrie, innovation, nouvelles technologies et numérique à la région Sud.

Des prêts «résistance» au Covid-19

Pour aider les entreprises qui se seraient, d’ailleurs, vu refuser un prêt garanti par l’Etat, les régions ont mis en place, à la fin du mois d’avril, leur fonds «résistance». «Un fonds de dernier recours pour celles qui ne peuvent pas emprunter faute de disposer de fonds propres mais qui leur permettra quand même d’assurer la continuité de leur activité et de payer leurs fournisseurs», précise Lilla Merabet. Ce prêt est une avance remboursable trimestriellement d’un montant pouvant aller de 3 000 à 10 000 euros. «Le principe est simple, et il est le même dans toutes les régions : la région et la banque du territoire donnent chacune deux euros par habitant et les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) contribuent également», détaille Bernard Kleynhoff. Ainsi, la région Grand Est a récolté plus de 44 millions d’euros pour aider ses TPE-PME alors que la région PACA a distribué, quant à elle, 37 millions d’euros. Et pour celles qui peinaient à obtenir un PGE auprès de leur banque, cette dernière a, par ailleurs, également décidé de prendre parfois à sa charge le reste de garantie que ne voulaient pas assumer les banques. «Nous avons complété certains PGE grâce à une enveloppe de 10 millions d’euros», poursuit Bernard Kleynhoff.

En plus de combler les trous dans la raquette de l’Etat, les régions ont également pris des initiatives propres pour aider les entreprises de leur territoire à surmonter la crise économique. Toutes ont, par exemple, adopté l’idée du «prêt rebond», imaginé par la région Grand Est. «La contraction du marché asiatique de novembre dernier nous avait fait un peu anticiper la crise automobile – la filière automobile est le premier employeur dans notre région –, confie Lilla Merabet. Nous avions donc décidé à l’époque de mettre en place un prêt rebond que nous avons conservé pour répondre à la crise du Covid-19.» Avec ce dispositif dont Bpifrance est partenaire, les PME de moins de 250 salariés et justifiant d’au moins douze mois d’activité, quel que soit leur secteur, peuvent prétendre à un prêt à taux zéro d’un montant pouvant aller de 10 000 euros à 300 000 euros selon les régions (Grand Est et Ile-de-France par exemple). Il est remboursable sur sept ans, après deux ans de différé d’amortissement en capital. De plus, aucune sûreté ni garantie n’est exigée pour l’obtenir. «Nous avons engagé aujourd’hui 92 % de l’enveloppe de 75 millions d’euros que contenait ce dispositif, ajoute Lilla Merabet. 550 demandes ont été traitées, une quinzaine seulement ont été refusées.» Pour la région Ile-de-France, c’est 150 millions d’euros qui ont été versés dans le cadre du prêt rebond. «Nous essayons d’être le plus réactifs possible, explique Alexandra Dublanche. Nous nous engageons à une réception des fonds sous trois à cinq jours pour les montants inférieurs à 50 000 euros et pour les montants supérieurs, le prêt est reçu dans un délai maximum de sept jours.»

Des plans de relance régionaux

Enfin, si Bruno Le Maire a d’ores et déjà annoncé un grand plan de relance de l’économie à la rentrée prochaine et la préparation d’un troisième projet de loi de finances rectificatif pour 2020, dans le courant du mois de juin, comprenant notamment des aides d’un montant de 18 milliards d’euros pour le secteur du tourisme, de l’événementiel, de la restauration et de l’hôtellerie, les régions estiment, quant à elles, que c’est dès aujourd’hui qu’il faut penser à la reprise économique du pays. «Les mesures de chômage partiel ne seront plus disponibles dans les mêmes conditions au mois de juin et les entreprises vont de nouveau devoir payer leurs charges, observe Lilla Merabet. Nous avons donc tout intérêt à agir dès maintenant pour éviter des faillites d’entreprises.» Pour cela, toutes réfléchissent aux différentes formes que pourrait prendre leur propre plan de relance.

Ainsi, pour certaines, ce soutien pourrait d’abord passer par l’investissement. «La commande publique va jouer un rôle majeur dans la sortie de crise, explique Bernard Kleynhoff. Nous travaillons, en collaboration notamment avec la Banque des territoires, les grandes métropoles et Bpifrance, à un plan spécifique d’investissement pour le tourisme, le transport et la culture, trois domaines chers à la région Sud. Par ailleurs, nous nous intéressons également avec Business France au secteur de l’export car beaucoup d’entreprises de notre région ont des activités à l’international.»

Convaincues de la nécessité de relocaliser une partie de l’industrie française, d’autres régions ont profité de la résurgence de cette thématique pour réfléchir dès maintenant à des nouvelles incitations vis-à-vis des entreprises locales. «Nous sommes en train de recenser tous les terrains et le foncier qui pourraient accueillir les filières que nous estimons les plus stratégiques comme l’aéronautique, la santé ou la mobilité par exemple, indique Alexandra Dublanche. Pour cela, nous préparons un pack relocalisation qui se traduira notamment par des aides financières.»

Enfin, la région Grand Est souhaite mettre en place un nouveau véhicule financier. «Nous avons demandé à Bercy l’autorisation de souscrire des obligations convertibles auprès de nos entreprises, ce qui nous permettrait de les aider dès le mois de juin sans rentrer directement au capital ni dans la gouvernance», plaide Lilla Merabet. Pour l’heure, Bercy n’a pas encore donné son feu vert. Pourtant le temps presse, les régions n’attendront pas septembre et le plan de relance du gouvernement pour mettre en place leurs propres initiatives.

Des groupes de travail pour la relance en région Grand Est

Lourdement frappée humainement comme économiquement par la pandémie du Covid-19, la région Grand Est pense toutefois déjà à l’après-crise. En effet, dès le début du mois de mai, elle a mis en place 22 groupes de travail à thématiques économiques et présidés chacun par un chef d’entreprise pour penser l’économie post-Covid-19. Pour les aider dans leur réflexion, quatre questions sont posées à chaque groupe : quels outils économiques régionaux doivent être adoptés avant l’été ? Quels sont ceux qui doivent l’être avant la fin de l’année ? Quelle serait une idée de relance originale ? Quelle serait une simplification urgente à demander à l’Etat ? Les conclusions de ces groupes de travail seront rendues le 5 juin prochain. Par ailleurs, une autre cellule composée de dirigeants d’entreprises doit également réfléchir à de meilleures formes d’investissement autour de trois enjeux : la révolution numérique, l’énergie et l’industrie.

Les entreprises peuvent dire merci aux régions pour les masques

Si l’Etat s’est montré défaillant quant à l’approvisionnement et à la distribution de masques aux personnels soignants et à la population, les entreprises, qui ont poursuivi leurs activités pendant le confinement, ont pu bénéficier de l’action des régions pour se fournir en matériel de protection. «Dès le début de la crise, nous avons commandé 30 millions de masques dont 3 millions ont été réservés aux TPE-PME et aux commerçants, se félicite Alexandra Dublanche, vice-présidente chargée du développement économique et de l’attractivité, de l’agriculture et de la ruralité à la région Ile-de-France. Depuis le mois d’avril, nous avons également consacré notre centrale d’achat régionale à la distribution de masques et de gel hydroalcoolique. Ainsi, 21 millions de masques ont été achetés par ce biais dont 60 % par des entreprises.» Une idée de vente locale de masques reprise aussi par la région Grand Est : «Pour aider les PME à s’équiper en matériel de protection, la région a accompagné la mise en place de la plateforme barriere-covid19.fr, explique Lilla Merabet, vice-présidente déléguée à la thématique compétitivité, innovation et numérique, région Grand Est. 6 millions de masques ont été vendus à 10 000 entreprises et 1 million ont été donnés gratuitement aux TPE de moins de trois salariés.» En région Provence-Alpes-Côte d’Azur, 5 millions de masques sont proposés à la vente pour les entreprises depuis mi-mai.