Financement des entreprises et Trésorerie

Guillaume Masseron, associé chez June Partners,

Une vague de défaillances d’entreprises est-elle à craindre dans les prochains mois ?

Option Finance - 10 juin 2021 - Parole d'expert

Crise sanitaire, Défaillances

Un an après la première vague de la Covid-19 et trois confinements successifs, quel est le bilan de la situation économique des entreprises françaises ? Pouvons-nous espérer un redémarrage serein ? Comment les entreprises s’organisent-elles ? Eclairage de Guillaume Masseron, associé chez June Partners, cabinet de conseil opérationnel qui accompagne les entreprises dans leur transformation.

Guillaume Masseron, associé chez June Partners

Pouvez-vous revenir sur la situation des entreprises depuis le début de la crise sanitaire ?

La crise de la Covid-19 a été un véritable choc pour l’économie française. Selon l’Insee, le PIB de la France a chuté de 8,2 % sur l’année 2020. Pourtant, le nombre de défaillances d’entreprises n’a jamais été aussi bas. Cela s’explique par l’intervention massive de l’Etat qui, à travers de très nombreuses aides apportées aux entreprises telles que la mise en place du PGE (prêt garanti par l’Etat), le recours à l’activité partielle ou les reports de charges sociales et fiscales, a permis de limiter les faillites et de mettre certaines entreprises « sous perfusion ». Si l’Etat n’avait pas proposé de tels dispositifs, le nombre de défaillances d’entreprises aurait été sans doute deux fois plus important !

Mais il est clair que la situation reste toujours aussi délicate plus d’un an après. La crise sanitaire perdure et continue de fragiliser l’activité des entreprises, avec une rentabilité réduite du fait de la baisse de productivité en raison des différents confinements et de la chute de la consommation des ménages, ainsi qu’une dette financière très élevée.

La deuxième partie de l’année sera probablement plus favorable avec une reprise attendue mais qui sera tout de même limitée. De plus, l’incertitude économique et la possible poursuite de la crise sanitaire auront un impact sur le moral des ménages et donc sur la reprise de la consommation.

Malgré le redémarrage de l’activité, quelles sont les difficultés que les entreprises pourraient rencontrer en cette deuxième partie de l’année ?

La deuxième partie de l’année s’annonce pleine de défis pour les entreprises. En raison de l’arrêt progressif du soutien de l’Etat, et de la mise sous perfusion des entreprises dites « zombies », les spécialistes du risque s’attendent à près de 45 000 défaillances d’entreprises en 2021 et 62 000 en 2022 (source Euler Hermes).

Des sujets tels que le remboursement du PGE, le manque de fonds propres et l’endettement très élevé impactent obligatoirement la reprise des entreprises. Il faut tout de même noter que la situation dépend beaucoup des secteurs d’activité, car certains ont été plus touchés que d’autres par la crise.

Comment les entreprises doivent-elles se positionner et s’adapter pour affronter cette crise ?

Toute crise, qu’elle soit financière, sociale, sanitaire, etc. reste un accélérateur de transformation pour les entreprises, avec une nécessité absolue pour celles-ci de se restructurer à la fois au niveau opérationnel, mais aussi financier.

Au niveau opérationnel, cela passe par une revue du business model : des canaux de distribution, de la stratégie de production, des gammes de produits, de l’organisation interne… Cette restructuration opérationnelle oblige l’entreprise à se réinventer. Par exemple, cela est le cas du retail où les consommateurs ont de plus en plus l’habitude de consommer sur Internet, et particulièrement depuis le début de la crise. Ainsi, même si le réseau de distribution physique restera essentiel, il passera d’un rôle de lieu de vente à un rôle de showroom. On retrouve une situation similaire pour la restauration qui a privilégié la vente à emporter et qui continuera sûrement dans cette lignée pour les prochains mois.

De plus, au niveau de la restructuration financière, un réaménagement de la dette est indispensable : renégociation bancaire, recherche de nouveaux financements (equity/dettes), etc. surtout si l’on considère qu’il faudra déjà dégager 5 % de résultat pour rembourser le PGE sur cinq ans.

Une fois les restructurations effectuées, ces entreprises pourront affronter cette période et même se lancer dans des stratégies de croissance externe afin de profiter de la faiblesse de certains de leurs concurrents.

L’agilité et l’anticipation sont des mots-clés dans toute période de crise. Les entreprises qui anticipent le mieux la situation seront les mieux armées pour ressortir gagnantes et compétitives ! 

À lire aussi

Romain Grau, député, président de la mission d’information sur les entreprises en difficulté du fait de la crise sanitaire

« Nous devons nous préparer à une potentielle vague de défaillances »

Restructuration financière

Les entreprises prennent les devants