Fiscalité, Comptabilité, Droit

Baromètre

Compétitivité des ETI : le chantier reste ouvert

Option Finance - 16 février 2015 - Alexandre Rajbhandari

Compétitivité, ETI

Le second volet du baromètre réalisé par Amundi, l’Asmep-ETI et Option Finance fait état d’une amélioration de la compétitivité des ETI françaises. Toutefois, l’étude présente également plusieurs sujets d’inquiétude. Ainsi, si les aspects fiscaux et réglementaires pèsent toujours sur le développement des ETI, ces dernières ont des difficultés à se projeter dans l’avenir, et leurs projets d’investissement se font de plus en plus rares.

Si les prévisions de croissance pour 2015 sont tout au plus modestes, l’état d’esprit des entreprises de taille intermédiaire françaises, en ce début d’année, demeure globalement optimiste. Tel est, de prime abord, le constat qui se dégage de la seconde vague du baromètre mené par Amundi, l’Asmep-ETI et Option Finance sur la compétitivité des ETI françaises. Quatre mois après avoir dressé un premier tableau de la compétitivité de ces entreprises, cette étude, réalisée courant janvier 2015, permet d’identifier le sentiment des entreprises, alors que le cours de l’euro s’est établi à un niveau historiquement faible, que le baril du pétrole a chuté pour retrouver son niveau de 2009, et que la loi Macron est sur le point d’être votée. Visiblement, ces événements ont renforcé le sentiment de compétitivité des ETI : 71 % des 303 ETI contactées pour ce baromètre estiment que leur compétitivité s’est améliorée au cours des 12 derniers mois. Désormais, 90 % des répondants se considèrent comme compétitifs, et 19 % se disent même très compétitifs.

Mais contre toute attente, les entreprises n’attribuent pas du tout cette amélioration aux évolutions macroéconomiques récentes qui jouent en leur faveur. En effet, seuls 9 % des répondants lient leur gain de compétitivité à la baisse de l’euro, et 27 % d’entre eux à la baisse des prix des matières premières. Pour les sociétés, ce sont principalement leurs propres efforts qui leur ont permis de croître en compétitivité : 67 % d’entre elles pensent être parvenues à ce résultat grâce à l’amélioration de leur productivité, et 58 % grâce à leurs programmes de réduction des coûts.

Toutefois, elles semblent conscientes que, sur le long terme, ces efforts ne suffiront pas pour gagner davantage en compétitivité. Si 85 % des répondants se disent confiants quant à leur activité en 2015 – soit 10 points de plus par rapport à la première vague – ce chiffre recouvre une tendance plus nuancée : la part des répondants qui sont tout à fait optimistes est quant à elle passée de 27 % à 19 % en quatre mois. Un optimisme plus mitigé, qui pourrait s’expliquer par des attentes non assouvies vis-à-vis de l’exécutif. «Le gouvernement considère qu’après le CICE, le choc de simplification, et les promesses du pacte de responsabilité, le chantier de la compétitivité des entreprises est terminé, estime Alexandre Montay, délégué général de l’Asmep-ETI. Or la compétitivité des entreprises, tout comme la balance commerciale du pays, peine à se redresser.»


Une relative méfiance vis-à-vis du gouvernement

Les entreprises ne se montrent d’ailleurs pas emballées par les mesures réglementaires annoncées par le gouvernement : 57 % d’entre elles considèrent que les réformes actuelles ne sont pas en mesure d’améliorer leur compétitivité, au lieu de 64 % lors de l’édition précédente du baromètre. Mais cette amélioration doit être relativisée. En effet, le chiffre actuel est tiré à la baisse par les plus grandes entreprises : les ETI de plus de 200 millions d’euros de chiffre d’affaires sont en effet majoritairement satisfaites des mesures en cours d’adoption (51 %). «Or ces dernières sont actives à l’international, et ne dépendent pas uniquement du marché français, souligne Alexandre Montay. Le déficit de compétitivité du site France a donc moins d’impact pour elles.» Parmi les plus petites sociétés, le mécontentement est en revanche plus marqué : 61 % des entreprises dont le chiffre d’affaires est compris entre 50 et 74 millions d’euros pensent que les mesures en cours d’adoption n’amélioreront pas leur compétitivité. Pour les entreprises entre 75 et 199 millions d’euros de chiffre d’affaires, cette proportion grimpe même à 65 %.

La cristallisation des tensions autour de la fiscalité

Mais la principale source de mécontentement de ces entreprises reste la fiscalité. Si à l’occasion de la première version du baromètre, les entreprises estimaient déjà que la fiscalité française était trop lourde, le constat s’est empiré depuis. Désormais, 71 % des entreprises interrogées considèrent que le poids global des impôts a augmenté sur les 12 derniers mois, un chiffre en hausse de 8 points par rapport au mois de septembre dernier. De la même manière, 77 % des répondants estiment que leurs impôts locaux et ceux propres à leurs secteurs se sont alourdis en un an, contre 68 % quatre mois plus tôt. D’ailleurs les entreprises placent la réduction de la fiscalité en tête des priorités pour améliorer leur compétitivité : plébiscité par 95 % des entreprises, cet aspect passe même avant la simplification des démarches administratives (93 %), qui était en tête lors de la première version du baromètre. Une évolution qui peut paraître étonnante, dans la mesure où le gouvernement n’a pas augmenté l’imposition des sociétés dans l’intervalle. «Ce phénomène s’explique principalement par un effet d’usure, explique Alexandre Montay. En effet, le projet de loi de finances pour 2015 n’a supprimé que quelques petites taxes, et les entreprises, qui ne trouvent pas leurs comptes dans le CICE, attendent des mesures plus puissantes de la part de l’exécutif.»


Un enthousiasme en panne

Estimant que leur marge de manœuvre financière ne s’est pas améliorée, les entreprises ont de moins en moins de projets d’investissement. Dans l’ensemble, tous les besoins en financement sont en net recul par rapport à la précédente vague du baromètre. Alors que 56 % des entreprises déclaraient avoir eu besoin d’investir dans leur appareil productif au cours de l’année précédente, elles ne sont plus que 40 % désormais. De même, la part des entreprises qui ont eu besoin de financer leur croissance organique est passée de 31 % à 19 %, l’innovation, de 28 % à 25 %, la croissance externe de 28 % à 19 %, et le développement à l’international de 27 % à 14 %. Une prudence étonnante en début d’année, mais qui s’explique peut-être par le fait que l’enquête, qui a commencé le 5 janvier, coïncidait avec les attentats terroristes du début janvier.

Pourtant les entreprises considèrent, en grande majorité, avoir une bonne capacité d’autofinancement (87 % des répondants) et d’endettement (81 %), et elles estiment avoir un accès facile au financement en général (77 %). Elles sont malgré tout de plus en plus rares à y recourir. Malgré des taux d’intérêt historiquement bas, seules 33 % ont contracté un financement bancaire au cours des 12 derniers mois, contre 51 % au mois de septembre. De même, elles ne sont plus que 16 % à avoir renforcé leurs fonds propres en un an, contre 23 % il y a quatre mois. «Certaines entreprises ont du mal à se projeter dans l’avenir, regrette Alexandre Montay. Le plus grand risque aujourd’hui est qu’en l’absence de mesures adaptées, elles entrent dans une phase de pause dans leur développement. Ce qui pourrait leur être fatal.» Une éventualité qui compromettrait fortement le scénario du timide retour de la croissance attendu cette année. La compétitivité des entreprises françaises ne doit donc pas être considérée par le gouvernement comme une affaire classée.



Questions à ... Pierre Schereck, directeur des solutions entreprises Amundi

Pierre Schereck, directeur des solutions entreprises Amundi
Pierre Schereck

Pourquoi avez-vous décidé de réaliser, en partenariat avec l’Asmep-ETI et Option Finance, le baromètre de la compétitivité des ETI ?

Pierre Schereck : Cette initiative correspond tout à fait à la stratégie de notre groupe. Il y a deux ans, nous sommes partis d’un constat simple : si les ETI françaises ne sont qu’au nombre de 5 000, elles représentent néanmoins un quart de la valeur ajoutée de notre pays. Or Amundi, qui est traditionnellement très présent auprès des grandes entreprises françaises, travaillait encore trop peu avec ces entreprises. Nous avons donc décidé d’amplifier l’intensité de nos relations avec ces dernières. Mais pour mieux les servir, nous devions mieux les connaître. Le suivi d’indicateurs mesurant leur compétitivité est donc un atout particulièrement important pour notre stratégie.


Quels sont vos objectifs vis-à-vis des ETI françaises ?

Pierre Schereck : Par exemple, dans le cadre de l’épargne salariale et retraite, nous sommes rentrés en relation avec une centaine de nouvelles belles ETI, ce qui représente une progression de 25 % en quinze mois. A moyen terme, nous avons des objectifs plus ambitieux. D’ici trois à cinq ans, nous comptons capter 1 000 entreprises de taille intermédiaire supplémentaires. En termes de valeur, nous espérons que ces entreprises nous permettront d’obtenir 5 milliards d’euros supplémentaires d’épargne salariale et retraite sous gestion, grâce à la dynamique insufflée par la loi Macron.

Nous souhaitons également proposer à nos clients, qui sont pour beaucoup des investisseurs de long terme, de participer, via nos fonds de capital-investissement et de dettes privées, au développement des ETI. A ce titre, nous souhaitons par exemple doubler nos investissements directs dans ces entreprises, en faisant passer leur montant de 1 à 2 milliards d’euros à horizon trois-cinq ans.


Que pensez-vous des résultats du baromètre ?

Pierre Schereck : Il est particulièrement intéressant de noter qu’un dirigeant sur trois a fait évoluer ses placements de trésorerie. Toutefois, la préservation du capital reste une priorité. Nous pensons que cette aversion au risque est naturelle, surtout en temps de crise. Néanmoins, c’est l’occasion pour nous de faire la différence. Nous sommes persuadés que notre gestion des risques peut, à terme, les convaincre de changer de stratégie, et de chercher plus de rendement. D’ailleurs, dans une logique de performance, plus d’un tiers des ETI ont déjà pour priorité d’allonger leurs durées de placement. La valeur ajoutée réside aujourd’hui dans le conseil et l’accompagnement en amont des solutions d’investissement et non pas dans la vente de produits.

La motivation des salariés, une priorité qui évolue

  • Les ETI plébiscitent les outils de motivation des salariés sur le long terme, hors chèques vacances, tickets restaurant et avantages en nature. En effet, 98 % des entreprises interrogées en ont au moins mis un en place.
  • Mais alors que les plans de formation ressortaient comme les outils les plus utilisés par les entreprises lors de la première édition du baromètre, la part des entreprises qui en ont mis en place au cours des 12 derniers mois a chuté de 16 points à 77 %. Désormais, c’est la prévoyance qui est en tête des outils de motivation salariale adoptés par les entreprises (83 %).
  • Les plans d’épargne retraite semblent pour leur part profiter de la potentielle baisse de fiscalité prévue par la loi Macron. En effet, s’ils n’étaient mis en place que par 30 % des entreprises en septembre, ils ont été adoptés par 47 % d’entre elles désormais.