Gestion financière

Affacturage

Factors et fintechs font valoir leurs arguments

Option Finance - 13 mars 2017 - Anne del Pozo

Affacturage, Fintech

Alors que l’affacturage séduit un nombre croissant d’entreprises, les affactureurs traditionnels et les fintechs se livrent une forte concurrence pour élargir leur clientèle. Tandis que les premiers cherchent à se démarquer sur le prix, les seconds misent davantage sur le service.

De plus en plus plébiscité par les entreprises, l’affacturage enregistre depuis plusieurs années une forte croissance de son activité. Une dynamique soutenue qui suscite de nombreuses convoitises. Face aux factors traditionnels, plusieurs fintechs spécialisées dans le rachat de créances cherchent en effet à se positionner. Par exemple, Finexkap a affiché une croissance de 20 % de son chiffre d’affaires l’année dernière et Smart Tréso, qui a démarré son activité en octobre dernier, a financé à ce jour 25 millions d’euros de créances sur la période.

Moins onéreux que le découvert

Pour rester compétitifs sur ce marché de plus en plus concurrentiel, les factors traditionnels jouent la carte du prix.
Un atout d’autant plus important pour ces acteurs que le coût de l’affacturage, plus intéressant par exemple que le découvert, est l’une des raisons pour lesquelles les entreprises se tournent actuellement de plus en plus vers cette solution de financement court terme. «La notion de coût était pour moi un point essentiel de ma réflexion, confirme Bruno Mortreux, directeur général de Mobiwire France, filiale du groupe Mobiwire spécialisée dans la définition et la commercialisation de téléphone mobile (16 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016). Or à ce jour, la commission d’affacturage d’HSBC Factor associée à une prestation d’assurance crédit coûte moins de 0,3 % du montant de la créance cédée. Un coût que nous estimons attractif pour financer notre besoin en fonds de roulement (BFR).»
C’est également en raison de son coût, mais aussi pour sa simplicité d’un point de vue opérationnel, que l’équipementier automobile Cooper Standard (230 millions d’euros de chiffre d’affaires en France) a recours à Eurofactor. «L’affacturage est un moyen de financer notre BFR à moindre coût», indique Ludovic Pennanech, directeur administratif et financier et directeur général adjoint de Cooper Standard France. L’attractivité des tarifs pratiqués par les factors traditionnels est d’ailleurs reconnue par les entreprises qui pratiquent la cession de créances, y compris auprès de fintech spécialisées en la matière. Ainsi, la société de cosmétiques Parlabo (4,8 millions d’euros de chiffre d’affaires) estime que le coût de la cession de ses créances à la Finexkap est 0,5 % plus élevé que celui d’un factor traditionnel.

Des contrats flexibles

Un différentiel que de nombreuses entreprises ne jugent toutefois pas rédhibitoire compte tenu du service fourni pour les fintechs.

Pierre Olsawski, directeur financier, Parlabo
Parlabo

«Ce surcoût est compensé par la réactivité de Finexkap, qui met généralement les fonds à notre disposition dans la journée, contre plusieurs jours lorsque nous travaillions avec un factor traditionnel, souligne Pierre Olsawski, directeur financier de Parlabo. Une réactivité qui nous permet de répondre très rapidement aux demandes de nos clients et de rester compétitifs. En outre, contrairement aux factors traditionnels, Finexkap ne nous fixe aucune contrainte d’engagement ni de plafonnement par client ou pays. Enfin, notre commission reste la même, quel que soit le montant des créances que nous cédons.»
Une conclusion à laquelle est également parvenu S4M, groupe technologique international spécialisé dans la publicité sur smartphones et tablettes. «Certes, la cession de créances à Smart Tréso nous est facturée plus cher, précise Amélie Redon, directrice financière. Néanmoins, nous savons à l’avance combien chaque créance cédée va nous coûter et nous bénéficions par ailleurs d’une très grande souplesse dans le choix des factures que nous leur remettons.» Un choix qui repose aussi bien sur les besoins en cash de la société à un moment donné que sur les délais de règlements à venir de ses créanciers. «Nous connaissons bien nos clients et ils respectent généralement les délais de paiements, ajoute Amélie Redon. Si un encaissement est prévu dans les prochains jours, nous préférons parfois puiser dans notre trésorerie pour financer notre BFR plutôt que céder nos créances.» Or selon plusieurs responsables financiers, cette liberté est difficile à obtenir auprès des acteurs traditionnels de ce marché. «Ces derniers demandent généralement à ce que nous leur cédions la totalité de notre portefeuille clients ou au moins, la totalité des créances d’un même client, poursuit Amélie Redon. Ce modèle est trop rigide pour une société telle que la nôtre et laisse peu de place à l’agilité dont nous avons besoin pour nous adapter à la réalité du marché ou aux attentes de nos clients.» Alors qu’affactureurs traditionnels et fintechs ne manquent pas d’arguments pour séduire les entreprises, la bataille entre ces deux catégories d’acteurs s’annonce acharnée.

Bien cibler ses besoins en amont

  • Quel que soit le profil du prestataire, il doit être en mesure d’apporter des liquidités à l’entreprise de manière fluide, tout en respectant les spécificités de son portefeuille clients. Une attente qui a conduit le fabricant de minicars et convoyeurs de fonds Vehixel (40 millions d’euros de chiffre d’affaires) à changer trois fois de factor depuis 2014. «Nos expériences passées nous ont permis de bâtir, avec notre nouveau partenaire BNP Paribas Factor, le contrat d’affacturage qui correspondait le mieux à nos spécificités métiers et à nos besoins en termes de trésorerie court terme», explique Marc Aumont, directeur général de Vehixel. Avec son premier factor, un même client ne pouvait dépasser 30 % de l’encours total des créances que Vehixel lui cédait. Or un client peut représenter jusqu’à 60 % de son encours. «Désormais, nous pouvons aller jusqu’à 50 % de notre encours avec un seul client», poursuit Marc Aumont.
  • Vehixel s’est également assuré que BNP Paribas Factor accepte de financer la facture d’un véhicule terminé mais non livré sur simple remise d’un document de conformité du véhicule. «Ce que ne nous permettait pas le second factor avec lequel nous avons collaboré, ajoute Marc Aumont. Nous devions attendre la livraison du véhicule pour obtenir un financement et ce, même si la facture était émise et le transfert de propriété effectif. Avec cette contrainte, le règlement de la facture pouvait intervenir avant que notre factor nous ait racheté la créance.»
  • Grâce à un travail amont de diagnostic de ses besoins, Vehixel a obtenu un contrat d’affacturage adapté à ses contraintes. Depuis sa collaboration avec BNP Paribas Factor, qui a débuté en janvier 2017, la société a obtenu 750 000 euros de liquidité en plus de ce qu’elle aurait eu en restant avec ses anciens factors. Un nouvel afflux de cash qui lui va permettre de produire 50 véhicules en plus par an tout en recrutant 30 nouveaux collaborateurs dans les trois ans à venir.