Gestion financière

Parole d'expert - L. de La Raudière, membre du Conseil national du numérique, et A. Samb, FRS Consulting,

"La transition numérique dans l’innovation est une vraie opportunité"

Option Finance - 18 janvier 2016 - Communiqué

Pour Laure de La Raudière, députée d’Eure-et-Loir, membre du Conseil national du numérique, et Abdou Samb, président de FRS Consulting, la transition numérique constitue un défi exigeant mais aussi une opportunité.

Que représente la transition numérique dans l’innovation ?

Laure de La Raudière, députée d’Eure-et-Loir, membre du Conseil national du numérique, : Aujourd’hui c’est difficile d’innover sans intervention du numérique car il change les usages des Français. A titre d’exemple, mon fromager, vendant exclusivement sur les marchés en Eure-et-Loir, a décidé d’innover en créant un service de vente de fromages en ligne. Cela lui permet d’augmenter sa clientèle sans avoir besoin d’ouvrir une boutique en centre-ville.

Abdou Samb, président de FRS Consulting : Effectivement, la transition numérique dans l’innovation est une vraie opportunité parce qu’elle change tout. Elle change notre conception, notre appréhension du monde et elle change nos usages de manière générale. S’il fallait un seul mot pour définir la transition numérique dans l’innovation ce serait : opportunité.

Dans quelle mesure l’innovation numérique permettrait-elle d’améliorer la productivité ?

L. de La Raudière : Le numérique transforme l’ensemble des secteurs d’activité, donc nécessairement, il s’invite à chaque étape de la chaîne de création de valeur. Les entreprises françaises qui ont numérisé leur processus de production, leur processus comptable, le processus de relation avec les clients, ont pu réaliser une croissance de chiffre d’affaires plus importante. Donc nécessairement, cela améliore leur productivité.

A. Samb : De toute l’histoire de l’humanité on n’a jamais arrêté le progrès. Etant donné que la transformation numérique change complètement les usages et les propositions de valeur, l’intégrer génère de la productivité. Si je prends l’exemple du groupe Accor, ses créateurs n’auraient jamais imaginé être menacés par Airbnb, un concurrent n’ayant pas de parc immobilier. Cela peut être inquiétant pour les managements car il ne s’agit pas seulement d’améliorer un process mais aussi de reconsidérer l’ensemble de la chaîne de valeur de l’entreprise.

Les financements publics jouent-ils un rôle déterminant dans la transition numérique ?

L. de La Raudière : Ce qui joue un rôle déterminant, c’est d’abord la volonté du chef d’entreprise de moderniser le fonctionnement de son entreprise et de conquérir de nouveaux marchés, en assurant la transition numérique. Mais ils sont là pour que les investissements nécessaires soient supportables pour l’entreprise, d’un point de vue économique. Donc, oui, les financements publics sont déterminants, mais ils ne font pas tout, loin de là.

A. Samb : Les pouvoirs publics prennent de plus en plus conscience du défi de la transformation numérique. Un certain nombre de dispositifs sont dédiés à cet enjeu mais ils demandent des investissements assez lourds. L’innovation coûte cher parce que les acteurs de la transformation numérique ont besoin de personnels très bien formés dont les salaires sont relativement élevés. L’existence de dispositifs de financement public est quelque chose d’extrêmement important pour prendre ce virage. Cependant, on dénombre de l’ordre de 6 000 aides en France, donc effectivement, la vraie difficulté est le manque de lisibilité.

Que faire pour inciter les entreprises à se projeter dans la transition numérique ?

L. de La Raudière : Nous devons faire confiance aux entreprises et arrêter d’avoir des normes franco-françaises qui entravent leur développement ou l’innovation. Nous avons en France un dispositif de soutien à l’innovation qui est reconnu dans le monde entier comme étant très intéressant. C’est un point d’attractivité de notre territoire. Afin de renforcer les modèles innovants, il serait aussi judicieux de consacrer une partie des marchés publics aux entreprises innovantes pour leur permettre de tester leurs idées, améliorer leurs produits et avoir des références.

A. Samb : Laure, je partage votre avis. Une dynamique a été amorcée avec le choc de simplification, on a vu apparaître BPI qui regroupe un certain nombre de guichets. Les pouvoirs publics devraient maintenant améliorer l’information sur ce qui existe, comment ça marche et à qui s’adresser. C’est un travail important. Ensuite, il revient aux entreprises de faire preuve d’un peu plus d’audace, oser le risque, bouleverser les codes, les méthodes de travail et finalement la façon d’appréhender le monde parce que les jeunes de la génération X ont une culture différente de celle des autres générations.