Gestion financière

Parole d'expert

«L’enjeu du crédit interentreprises pour accompagner une reprise pérenne»

Option Finance - 11 septembre 2020 - Proposé par Euler Hermes

Assurance Crédit

Entretien avec Eric Lenoir, président du comité exécutif d’Euler Hermes France, leader de l’assurance crédit.

Quelles sont les perspectives économiques pour 2020 et 2021 ?

2020 et 2021 seront deux années difficiles pour l’économie internationale. Afin d’endiguer la propagation du virus Covid-19 à l’échelle mondiale, des mesures sanitaires fortes ont été appliquées. Celles-ci étaient, et restent, nécessaires, mais elles ont soudainement perturbé la production et freiné la demande : depuis avril 2020, l’économie mondiale ne fonctionne qu’à 70-80 % de sa capacité et cette situation devrait persister jusqu’au T4 2020 au moins. Ainsi, nous estimons que la croissance mondiale reculera cette année de - 4,7 %. Un rebond de + 4,8 % est attendu en 2021, mais il ne sera pas suffisant pour permettre à l’économie mondiale de retrouver son niveau de 2019. Côté français, la donne est similaire, avec une forte récession attendue cette année (– 10,8 %) et un rebond insuffisant l’année prochaine (+ 7,4 %).

Qu’est-ce que cela implique pour les entreprises ?

Cette situation induit une forte résurgence du risque d’impayés. De nombreuses entreprises étaient financièrement fragiles avant la crise, et l’épidémie Covid-19 n’a pas arrangé leur situation de trésorerie. Chez Euler Hermes, nous estimons qu’entre 2019 et 2021, les défaillances d’entreprises croîtront de + 35 % à l’échelle mondiale, et de + 25 % en France. Concrètement, cela signifie que fin 2021, plus de 64 000 entreprises pourraient être en situation de défaut de paiement en France. Cela pose un souci majeur pour les fournisseurs : que devient leur créance si leur client met la clé sous la porte ? Dans le contexte actuel, nombreuses sont les entreprises qui ne peuvent pas se permettre de subir un incident de paiement, au risque de faire elles-mêmes faillite.

De plus, une forte tension pèse sur le crédit interentreprises. Le crédit interentreprises, ce sont les délais de paiement que les fournisseurs accordent à leurs acheteurs. Il représente en France 700 milliards d’euros, soit trois fois plus que le crédit bancaire : il s’agit de la principale source de financement des entreprises françaises. Implicitement, les entreprises jouent entre elles un rôle de banque invisible. Pour que cela fonctionne, il faut de la confiance entre les acteurs et surtout de la visibilité. Malheureusement, c’est loin d’être le cas dans le contexte actuel, et les entreprises sont plus hésitantes à s’accorder des délais de paiement. Or, si tous les fournisseurs demandent à être payés cash, la situation devient intenable. On risque alors une rupture de la chaîne d’approvisionnement et un potentiel scénario de défaillances en cascade.

Comment réagissent les assureurs crédit face à cette situation ?

Chez Euler Hermes, en tant qu’assureur crédit, nous donnons à nos assurés une vision la plus précise et actualisée possible de la santé financière de leurs clients pour leur apporter les éclairages nécessaires au management de leurs risques. Nous suivons et analysons en permanence la solvabilité des entreprises, en France et dans le monde, grâce à nos analystes crédit qui sont chaque jour en contact avec les dirigeants. Mener ce travail de monitoring des risques et donner cette visibilité, c’est notre mission et notre valeur ajoutée. Nous devons protéger nos assurés contre le risque d’impayés et contre toute réaction en chaîne, et faire en sorte que leur trésorerie ne pâtisse pas des difficultés de leurs partenaires commerciaux.

Parallèlement, aux côtés des fédérations professionnelles, nous avons coconstruit avec l’Etat un dispositif public destiné à soutenir la reprise des échanges commerciaux en préservant le crédit interentreprises. Ce dispositif se décompose aujourd’hui en deux volets. Le premier est CAP Relais, un accord global de partage des risques entre les assureurs crédit et l’Etat. C’est un soutien de poids pour la trésorerie des entreprises françaises, qui permet aux acheteurs de continuer à obtenir du crédit fournisseur, et aux fournisseurs d’être protégés du risque d’impayés. Le second volet concerne la réactivation des solutions CAP et CAP+. Il s’agit de deux garanties publiques qui permettront aux entreprises françaises assurées crédit de bénéficier de couvertures supplémentaires, accordées par les assureurs crédit et contre-garanties par l’Etat. Un dispositif en deux temps qui permet aux entreprises françaises de pouvoir franchir la crise, et d’amorcer leur trajectoire de reprise en protégeant leur trésorerie. Un socle essentiel pour créer les conditions d’une reprise pérenne !