Gestion financière

Entretien avec Eric Lenoir, président du comité exécutif d’Euler Hermes France.

« Nous accompagnerons les entreprises dans cette phase de reprise »

Option Finance - 26 mars 2021 - Parole d'expert

Défaillances, Assurance Crédit

Face aux ondes de choc de la crise Covid-19 qui vont perdurer en 2021, les assureurs-crédit jouent un véritable rôle de pare-feu contre l’effet domino des défaillances d’entreprises. Entretien avec Eric Lenoir, président du comité exécutif d’Euler Hermes France.

Quels sont les impacts directs de la crise actuelle pour les entreprises ?

La crise Covid-19 a généré un choc d’offre et de demande majeur, qui a mis sous pression la trésorerie des entreprises. Les premiers impacts ont été visibles très rapidement : en France, au premier semestre 2020, les marges des entreprises ont reculé de – 7 points et l’endettement a progressé de + 11 points. Au troisième trimestre 2020, le taux d’endettement s’est à nouveau accru de + 1,5 point. Les mesures de soutien étatique ont certes permis à de nombreuses entreprises de perdurer, mais elles ne seront pas éternelles. A terme, les PGE consentis devront être remboursés et les charges décalées devront être régularisées. Que se passera-t-il quand l’Etat débranchera la perfusion des entreprises, dans un environnement qui reste incertain ? Où se situe la limite entre soutien à des entreprises fragilisées mais viables, et acharnement thérapeutique ? La pression actuelle sur la chaîne d’approvisionnement, le coût des matières premières et du fret vont de plus peser sur les marges. Nous estimons qu’en 2021, en France et en zone euro, dans les secteurs les plus exposés à la crise Covid-19, 1 entreprise sur 4 se retrouvera en situation de crise de trésorerie, c’est-à-dire en manque de liquidités pour garantir le bon fonctionnement de l’activité. 

De quoi engendrer une recrudescence importante du risque d’impayés. L’effet trompe-l’œil que nous connaissons actuellement va inexorablement s’estomper : nous attendons 45 000 défaillances d’entreprises en France en 2021 et 62 000 en 2022, soit un niveau supérieur à celui de 2019.

Quel est le rôle des assureurs-crédit dans ce contexte ?

Face au risque d’impayés diffus, notre rôle est d’accompagner le développement de nos assurés tout en préservant leur trésorerie et leur activité. Notre système de prévention des risques repose sur une analyse régulière, dynamique et individualisée : nos experts évaluent chaque jour, au cas par cas, la solvabilité de 4 millions d’entreprises en France. Et c’est cette information qui permet à nos assurés d’adapter leurs conditions de paiement et de livraison à la situation réelle de leurs partenaires, et ainsi d’éviter que les difficultés rencontrées par leurs partenaires ne les affectent. Cela peut nous amener à ajuster nos garanties. Adapter ses couvertures à la situation réelle des entreprises et à la conjoncture, c’est un exercice quotidien pour un assureur-crédit. C’est ce que nous avons fait au premier semestre 2020, mais dans des proportions deux fois moindres que l’ampleur constatée de la crise lors de la première moitié de l’année, et toujours dans le respect du dispositif CAP Relais. 

De plus, nos positions risques ne sont pas figées, bien au contraire, comme en témoignent les 11 milliards d’euros de nouvelles garanties délivrées par Euler Hermes au second semestre 2020 pour soutenir les échanges commerciaux de nos clients. Si la situation d’une entreprise s’améliore ou que des perspectives positives existent, nous analyserons favorablement les engagements que nous sommes prêts à porter sur celle-ci. Toute entreprise qui souhaite nous apporter
des informations actualisées susceptibles de faire évoluer notre position risque peut le faire via notre site TradeScore (https://tradescore.eulerhermes.com/fr).

Selon vous, que faut-il attendre de 2021 ?

En 2021, la croissance économique devrait repartir de l’avant en France (+ 5,4 %) et dans le monde (+ 4,8 %). L’horizon se dégage grâce aux campagnes de vaccinations contre la Covid-19, qui pourraient insuffler à l’économie la confiance nécessaire pour enclencher un cycle de reprise. Chez Euler Hermes, nous sommes bien décidés à accompagner les entreprises dans cette phase de rebond. Nous l’avons déjà prouvé, par notre engagement aux côtés de l’Etat à réaménager les dispositifs CAP et CAP+ afin qu’ils répondent mieux aux besoins des entreprises. C’est désormais chose faite, avec un prix de ces garanties publiques complémentaires fortement revu à la baisse, des montants de couverture et des plafonds d’indemnisation rehaussés et des critères d’éligibilité élargis. 

Dans le même temps, nous continuons d’adapter notre analyse des risques. Nous savons que les bilans 2020 seront inévitablement affectés par la crise, aussi nous nous attachons à mettre en perspective les performances futures dans l’octroi de nos garanties. C’est ce que nous avons commencé à faire, à la lumière des prévisionnels de trésorerie ou des carnets de commandes. Un choix dont les effets sont déjà visibles, puisque notre taux de réponses positives aux demandes de garanties est quasiment revenu à son niveau d’avant-crise.