Innovation

Simon Polrot, président de l’Association pour le développement des actifs numériques (ADAN)

«La crise sanitaire profite largement au bitcoin»

Option Finance - 11 décembre 2020 - Propos recueillis par Thomas Feat

Bitcoin, Crise sanitaire

Le cours du bitcoin s’est envolé de 170 % depuis la fin de l’année dernière, pour atteindre le niveau record de 19 500 dollars (16 000 euros) la semaine dernière. Comment expliquer cette forte hausse ?

Celle-ci est d’abord entretenue par des facteurs structurels, liés à la diffusion et à l’adoption croissante des cryptomonnaies. Depuis environ deux ans, de plus en plus de prestataires d’investissement, y compris des acteurs traditionnels comme Fidelity ou Standard Chartered, proposent des produits de placement et de conservation cryptomonétaire à leurs clients institutionnels et entreprises. Dans un environnement durable de taux bas, ceux-ci sont attirés par le potentiel de rendements importants que la devise numérique peut offrir en raison de ses caractéristiques intrinsèques. Récemment, l’éditeur de logiciels américain MicroStrategy, par exemple, a annoncé avoir réalisé un placement de trésorerie de 400 millions d’euros en bitcoins. La démarche des prestataires d’investissement est mise en lumière, par ailleurs, par des initiatives émanant d’autres acteurs de la finance traditionnelle. L’an prochain, S&P Dow Jones Indices, notamment, devrait créer des indices sur les principales cryptodevises. Dans le même temps, la devise numérique créée par Satoshi Nakamoto est de plus en plus utilisée comme moyen de paiement. Le lancement récent d’un service de règlement en bitcoins par PayPal, prestataire dont les services transactionnels sont adoptés par des millions de consommateurs et qui est connecté à quelque 26 millions d’e-commerçants, devrait accélérer cette tendance.

L’explosion du cours du bitcoin tient par ailleurs à des paramètres conjoncturels. La crise sanitaire profite largement à la cryptodevise. En effet, les injections monétaires massives réalisées par les banques centrales depuis le printemps dernier font planer le spectre d’une augmentation prochaine de l’inflation, et donc d’une dévaluation relative de certaines devises conventionnelles. Le bitcoin apparaît désormais comme une valeur refuge aux yeux de certains investisseurs, au même titre que l’or.

D’autres cryptodevises, à l’instar de l’ether, ont également vu leur cours progresser. Pour quelles raisons ?

La hausse du cours du bitcoin, qui compte pour près de 70 % de la capitalisation globale du marché cryptomonétaire, entraîne mécaniquement une augmentation du cours des autres devises numériques. Comme le bitcoin, celles-ci reposent toutes sur la blockchain, technologie qui leur confère des caractéristiques communes et promet de révolutionner de nombreuses industries. Les acheteurs de bitcoin et d’ether peuvent avoir des visions de long terme différentes, mais ils croient tous deux dans l’intérêt des cryptoactifs et des protocoles blockchain ouverts.

Les cryptomonnaies n’ont toujours pas bonne presse auprès des pouvoirs publics. En France, dans le cadre de sa stratégie de lutte contre le terrorisme, le gouvernement vient de durcir la réglementation régissant les processus de connaissance clients des acteurs du secteur. Est-ce une bonne chose ?

La priorité doit être donnée à la transparence et à la sécurisation des transactions cryptomonétaires. La France, premier pays au monde à avoir mis en place un cadre juridique pour les prestataires de services sur actifs numériques (PSAN) dans le cadre de la loi Pacte, fait figure de pionnière en la matière. L’Union européenne, qui élabore en ce moment même un projet de régulation communautaire des cryptodevises, s’inspire d’ailleurs de l’initiative française. Toutefois, un grand nombre d’études ont démontré que les cryptomonnaies ne jouaient qu’un rôle marginal dans le financement du terrorisme et de l’économie souterraine. Aussi, il est important que la réponse réglementaire soit proportionnée, afin de ne pas pénaliser l’innovation.