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Prévision et gestion de trésorerie : quelles solutions financières et opérationnelles pour sortir de la crise ?

Option Finance - 16 juillet 2021 - Séverine Leboucher

Gouvernement et organismes de financement ont mis en place différents dispositifs pour accompagner les entreprises face à la crise et les aider dans la gestion de leur trésorerie. Une démarche dans laquelle la qualité de la donnée et la digitalisation des processus financiers se sont également avérées essentielles.

Avec : Cédric Fradin (modérateur), enseignant transformation digitale fonctions finance et performance management, Philippe Berneur, vice-président de la commission financement, Afte ; Solenne Lepage, directrice générale adjointe, Fbf (Fédération bancaire française) ; Jean Revault, directeur de la relation clients, Factofrance ; Guillaume Roy, senior manager, Board


Le gouvernement a mis en place un certain nombre de dispositifs pour accompagner les entreprises dans le contexte de la crise sanitaire. Certains dispositifs ont été co-construits avec les banques. « Depuis mars 2020, les banques se sont mobilisées aux côtés de leurs clients entreprises, précise Solenne Lepage, directrice générale adjointe de la FBF (Fédération bancaire française). Dans un premier temps il s’agissait de répondre aux besoins de trésorerie des entreprises. Au-delà des outils de financement publics (chômage partiel, le fonds de solidarité, etc.), l’Etat et les banques ont co-construit le prêt garanti par l’Etat. En un an, 680 000 entreprises en bénéficient pour 138 milliards d’euros. Dans un second temps, il a fallu accompagner la relance et l’investissement, grâce au prêt participatif relance. Ce dernier vient en complément des crédits bancaires, qui sont restés dynamiques depuis un an, avec une croissance de 13 %, auxquels s’ajoutent les crédits mobilisables, non utilisés, en croissance de 10 % sur l’année. »

Ces dispositifs ont notamment permis de faire face à l’urgence de la situation. « Le PGE a surtout servi d’outil pour améliorer la liquidité car dans un cas sur deux les fonds n’ont pas été utilisés, indique pour sa part Philippe Berneur, vice-président de la commission financement de l’AFTE et trésorier d’un groupe français. Au-delà de ces mécanismes de crise, nous assistons à une normalisation du marché des financements. Le marché obligataire se porte trés bien, de même celui des prêts à effets de levier est très dynamique… Les banques sont également de retour et accompagnent le mouvement avec une baisse du coût du risque. »

L’affacturage, source de financement du BFR

L’affacturage a également été bénéfique pour les entreprises pendant cette période. « Durant la première phase de la crise sanitaire, nous avons dû faire face à des fluctuations importantes des chiffres d’affaires de nos clients, explique Jean Revault, directeur de la relation clients chez Factofrance. Il y a également eu une hausse des encours clients car les délais de paiement se sont rallongés. Nous avons donc accompagné les entreprises en augmentant les financements accordés. Les effets du PGE se sont fait sentir rapidement à partir du troisième trimestre avec une baisse du recours à nos financements, même si les entreprises ont continué de nous céder leurs factures. En septembre, nous avons également lancé, avec l’Etat, le financement de bons de commande, pour donner un volant supplémentaire de trésorerie et financer le BFR pour les cycles de financement assez longs. » Aujourd’hui, l’agenda de la reprise reste incertain. Les entreprises vont devoir arbitrer entre rembourser ou amortir leur PGE. « Face à cette nouvelle situation, les entreprises vont devoir protéger leur trésorerie, ajoute Jean Revault. L’affacturage apparaît alors comme une solution complémentaire aux concours bancaires en place. »

Piloter son cash au plus près

Dans ce contexte, les directions financières ont dû et doivent continuer d’affiner leurs prévisionnels de cash et de trésorerie, notamment afin d’arbitrer leurs choix de financements. « Les entreprises qui ont pris un PGE doivent par exemple s’interroger sur son remboursement immédiat ou son amortissement, indique Guillaume Roy, senior manager de Board. Les solutions EPM peuvent les accompagner dans ces prises de décisions. Elles permettent de comprendre le passé avec des KPI et de préparer le futur avec des prévisions, planifications et simulations. En matière de pilotage de la trésorerie, ces solutions permettent d’anticiper les positions de cash : quel sera mon besoin de financement à court terme ? Quel est l’impact des solutions de financements que je sollicite ? Quel est l’horizon de remboursement des solutions de financement retenues ? »

La démarche est d’autant plus importante aujourd’hui que les entreprises vont devoir envisager l’avenir au regard des échéances qui les attendent. En effet, les deux tiers des PGE ont été signés entre mars et juin 2020 et c’est le moment pour le chef d’entreprise de prendre sa décision sur ses modalités de remboursement. Aujourd’hui, les banques sont plus souples car elles acceptent de décaler d’un an supplémentaire le remboursement du capital. « Environ 14 % des entreprises font le choix de rembourser immédiatement leur PGE, les deux tiers de l’amortir sur la durée la plus longue, et 55 % font le choix de l’option de décalage d’un an de remboursement du capital, précise Solenne Lepage. Des choix qui interviennent alors même que la moitié des entreprises ont aujourd’hui sur leur compte bancaire l’intégralité du PGE : elles font le choix de se donner le temps d’apprécier le rythme de leur reprise d’activité. »

Le digital au cœur des processus de pilotage

Au-delà des solutions de financement et des outils de pilotage, la digitalisation du processus d’affacturage contribue aussi à améliorer la performance dans la gestion du cash des entreprises. « La qualité de la donnée et la donnée digitalisée sont, pour un factor, essentielles, indique Jean Revault. Elles permettent de bien identifier les risques, d’être efficaces en termes de recouvrement et de respect des échéances, de faciliter et de fiabiliser l’imputation… Une donnée de qualité qui est digitalisée a des effets de leviers à la fois en charge de travail pour le factor et l’entreprise mais aussi sur la quotité et la vitesse de financement. Cela contribue à l’optimisation du cash. Certes, nous disposons de nombreuses données, mais si elles ne sont pas fiables et pas contrôlées, nous n’en tirerons rien de bon et d’efficace, ajoute de son côté Guillaume Roy. Il est à cet effet nécessaire d’alimenter et de collecter automatiquement en données internes et externes les systèmes de pilotage. De même, les outils doivent également permettre de restituer automatiquement les reportings et prévisionnels aux décideurs. » La gestion du cash est critique, mais il existe différents outils pour gagner en agilité dans la collecte des données et la collaboration, et pour évaluer la pertinence des solutions de financement et de pilotage.  

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