Macroéconomie

Entretien - Patrick Artus, chef économiste de Natixis

«Le monde n’est pas dans un processus de reprise cyclique»

Option Finance - 14 septembre 2015 - Propos recueillis par Valérie Nau

Chine, Macroéconomie, Pays émergents

Malgré le ralentissement du commerce mondial, pénalisé par les difficultés de la Chine et des pays émergents, la croissance de la zone euro va être sauvée cette année par la baisse des prix du pétrole et de l’euro. Alors que cette conjonction d’éléments favorables ne devrait pas perdurer en 2016, les moteurs susceptibles d’alimenter une croissance européenne endogène restent très incertains.

Patrick Artus, chef économiste de Natixis

La situation en Chine vous paraît-elle aussi inquiétante que le laisse supposer la réaction des marchés cet été ?

D’abord, il faut noter que la situation n’est pas seulement problématique en Chine, elle l’est globalement dans les pays émergents. Le Brésil, la Russie sont en récession, la croissance de la Turquie a fortement ralenti… En outre, tous les exportateurs de matières premières sont en difficulté, au Moyen-Orient, en Afrique, mais aussi la Russie, le Canada, l’Australie… L’environnement mondial est donc très dégradé.

Les marchés ont néanmoins réagi plus violemment à la Chine, car le pays souffre effectivement de la forte hausse de ses coûts de production. Le coût unitaire des salaires n’a pas cessé d’augmenter depuis 15 ans : corrigé de la productivité, il augmente en moyenne de 7 % par an. Or les salaires ont monté sans que le niveau de gamme de l’économie puisse valider une telle hausse : l’essentiel des produits chinois porte sur du textile, de l’électroménager, du ciment, de l’acier, du cuivre pour la construction, des infrastructures publiques, etc. Par conséquent, la compétitivité de la Chine s’est détériorée. Elle a perdu beaucoup de parts de marchés à l’exportation, ce qui a entraîné une situation de surcapacité considérable, tandis que les prix industriels ont baissé de 6 % en un an.

La Chine se trouve donc dans une situation déflationniste. L’effondrement de la rentabilité du capital a provoqué une chute de l’investissement, et d’énormes exportations de capitaux. En termes nets, environ 80 milliards de capitaux sortent chaque mois de Chine depuis l’été 2014, essentiellement des capitaux d’entreprises qui auraient dû s’investir localement et qui vont s’investir ailleurs.

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