Patrimoine

Assurance-vie

A la recherche de solutions alternatives

Family Finance - 26 septembre 2016 - Eric Leroux

Assurance vie

Avec 1 615 milliards d’épargne qui y fructifient, l’assurance-vie ne cesse de confirmer son rôle de placement leader, malgré la baisse des rendements des fonds en euros garantis. Les assureurs sont toutefois à la recherche de solutions alternatives pour orienter les épargnants vers d’autres supports, sans garantie ceux-là, pour éloigner les risques d’orage qui planent au-dessus de leur tête.

De record en record, l’assurance-vie reste, et de loin, le placement préféré des Français. Ils y ont investi la bagatelle de 1 615 milliards d’euros et sur les sept premiers mois de 2016, quelque 82,9 milliards y ont été placés. Si l’on soustrait les 67,7 milliards de prestations distribuées (suite à des retraits ou décès), la collecte nette s’est encore élevée à 15,2 milliards sur sept mois.

Qu’est-ce qui fait ainsi courir les Français vers l’assurance-vie ? Sa fiscalité tout d’abord, puisqu’elle cumule des avantages importants en matière d’impôt sur le revenu et sur les successions (lire encadré). Son cadre civil ensuite, car elle permet de transmettre un capital à la personne de son choix en s’affranchissant des rigidités du Code civil, ce qui en fait un outil parfait pour préserver un concubin ou pour avantager un héritier ou un tiers.

A cela s’ajoute une offre financière miraculeuse : le fonds en euros, un compartiment que les assureurs tricolores disent unique au monde – ce qui n’est pas totalement exact, car il en existe également en Allemagne, en Belgique ou aux Pays-Bas sous des formes approchantes –, qui offre une garantie totale et permanente sur le capital investi, ainsi que sur les intérêts acquis au fil du temps. De quoi séduire des épargnants hexagonaux réputés pour leur faible goût du risque, et qui ont trouvé depuis 20 ans la pierre philosophale : des rendements plus élevés que tous les autres produits sans risque, avec une disponibilité immédiate – l’assureur a deux mois maximum pour payer - de l’argent investi. Pas étonnant, dans ces conditions, que les fonds en euros renferment 82 % des sommes investies dans l’assurance-vie.

Aujourd’hui, toutefois, le ciel s’assombrit au-dessus de ces fonds en euros. Leurs rendements ne cessent de se réduire au fil du temps, en raison de la baisse régulière des taux obligataires (ils sont investis à 80 % en moyenne en obligations). Pire : le maintien d’un niveau de collecte élevé accélère la baisse des performances, car la nouvelle collecte doit être investie dans des titres qui rapportent aujourd’hui moins de 1 %, alors que les actifs composés d’obligations anciennes rapportent encore plus de 3 %. De plus, les assureurs doivent chaque année affronter l’arrivée à échéance de titres anciens, à gros coupons, qui appauvrissent un peu plus les actifs servant d’appui à ces compartiments. L’atonie de la bourse ne permet pas de compenser cette érosion obligataire, d’autant qu’avec les nouvelles règles de solvabilité européenne, la prise de risque des compagnies est pénalisée : plus ils investissent dans des titres dits risqués, plus ils doivent immobiliser de fonds propres pour être en mesure de faire face à leurs engagements.

Malgré cela, les taux de rendement sont restés relativement élevés au regard de la concurrence : l’an dernier, les fonds en euros ont encore rapporté 2,25 % en moyenne, selon l’Autorité de contrôle prudentiel (le gendarme des assureurs). Ils sont toutefois appelés à poursuivre mécaniquement leur érosion : le cabinet spécialisé Facts & Figures anticipe un taux de 1,95 % en 2016 et une poursuite de l’érosion pendant les années suivantes. A terme, ils pourraient donc ne rapporter que 1 % ou moins…

Succés modéré des fonds euro-croissance

Cette issue pourrait être d’autant plus rapide que les assureurs sont sous la pression des pouvoirs publics et des agences de notation. Les premiers les appellent sans cesse à baisser plus drastiquement les taux servis pour préserver leur solidité, alors que les secondes s’inquiètent de la faiblesse de la rentabilité des opérateurs à cause de ces fonds en euros gourmands en fonds propres et de la faiblesse de leur rémunération, puisqu’elle est proportionnelle au rendement des actifs. Les assureurs se rémunèrent en prélevant 0,5 % à 1 % chaque année de l’épargne investie dans le fonds en euros ; ce qui est évidemment moins avantageux lorsque les capitaux progressent faiblement.

Dans ces conditions, quel est l’avenir des fonds en euros ? Plutôt sombre… Certains d’entre eux ont d’ores et déjà commencé à en limiter l’accès en limitant à 75 % la part des versements qui peut leur être consacrée. Pour l’instant, cette initiative n’est pas suivie sur le marché, mais elle pourrait néanmoins faire tache d’huile si elle n’est pas sanctionnée au plan commercial.

Les assureurs sont plutôt, aujourd’hui, dans la logique d’offrir des solutions de substitution. C’est ainsi que sont apparus depuis quelques mois des fonds «euro-croissance» destinés à proposer une alternative aux épargnants. En échange d’une garantie inférieure à celle d’un fonds en euros classique – le capital n’est garanti qu’à l’issue d’une période d’au moins huit ans – ils permettent théoriquement d’offrir à terme un rendement supérieur. Cependant, les conditions de marché ne leur sont pas favorables, car ils ne peuvent réellement diversifier leurs actifs en raison de la faiblesse des taux obligataires, et ils connaissent des débuts très timides. En 2015, selon l’Autorité de contrôle prudentiel, ils n’ont collecté que 779 millions d’euros et leur encours atteint 1,8 milliard. Rares sont d’ailleurs les opérateurs à s’y être lancés, puisque seuls une poignée de fonds sont actuellement distribués.

Autre piste pour certains d’entre eux, notamment sur Internet et dans la gestion de patrimoine : les fonds alternatifs, investis majoritairement en immobilier, sur des placements atypiques (fonds structurés notamment) ou reposant sur les méthodes de la gestion coussin pour proposer une participation aux hausses de la bourse sans risque de perdre. Gourmands en fonds propres pour les assureurs, ces fonds restent rares, et ne sont pas librement accessibles : ils ne sont ouverts que sous condition d’investir dans d’autres supports du contrat à hauteur de 25 % au moins, leurs portes peuvent être fermées à tout moment, et ils ne promettent pas un rendement régulier. C’est tout de même dans cette catégorie que se rencontrent les fonds en euros les plus performants du marché, avec des performances souvent supérieures à 3 % l’an dernier, et qui devraient encore rester au-dessus du lot.

Des fonds en euros nouvelle version

Un nouveau concept de fonds en euros est également apparu, sur le modèle d’un fonds en euros dynamique jouant la carte des options. Une enveloppe correspondant au rendement attendu de l’année est investie en début d’exercice au travers d’options et d’instruments à terme ; si les marchés progressent, les épargnants encaissent un gain pouvant aisément dépasser 4 % (4,95 % en 2015). Et en cas de baisse des marchés, le contrat peut ne rapporter que 0 %, mais sans jamais pouvoir baisser. Pour l’instant, ce concept n’a pas encore été copié, mais il semble promis à un bel avenir.

Une diversification nécessaire

Pour la majorité des assureurs, l’avenir ne passe toutefois pas par là, mais par la diversification de l’épargne au travers de supports en unités de compte. Pour inciter leurs assurés à franchir le pas, de plus en plus de contrats prévoient maintenant que les rendements des fonds en euros soient d’autant plus élevés que la part de diversification de l’épargne est importante. Ces bonus conquièrent de nouveaux assureurs chaque année, mais restent minoritaires.

La quête du Graal des assureurs passe donc par une offre de supports susceptibles de prendre le relais des fonds en euros, et par le développement d’outils d’accompagnement pour faciliter cette diversification. Côté support, s’il n’existe aucun fonds capable d’offrir la même sécurité que les fonds en euros, les professionnels estiment que des solutions convaincantes existent. On trouve donc, de plus en plus souvent, des fonds flexibles (dont l’allocation d’actifs peut fortement varier pour s’adapter aux marchés) et patrimoniaux (flexibles avec une exposition limitée aux actions), qui permettent de déléguer la gestion à un professionnel tout en visant à éviter des pertes sur des durées de deux à trois ans. Les performances de ces fonds, confrontés aux crises à répétition des marchés, ne sont toutefois pas toujours très convaincantes, ce qui est susceptible d’entraîner des désillusions.

L’immobilier occupe aussi une bonne place dans le renouvellement de l’offre : que ce soit sous forme de SCPI (sociétés civiles de placement immobilier), d’OPCI (organismes de placement collectif en immobilier) ou de SCI (sociétés civiles immobilières), de plus en plus de contrats intègrent des supports qui jouent la carte de l’immobilier d’entreprise. Ils permettent jusqu’ici d’engranger des rendements supérieurs aux fonds en euros (4,85 % pour les SCPI en 2015 ; 0,5 % à 1 % de moins dans l’assurance-vie en raison des frais de gestion). Ces supports ne sont pas garantis, mais l’attachement des Français à la pierre est tel que nombre d’entre eux sont prêts à y aller les yeux fermés. Les OPCI, encore rares et distribués par peu d’intervenants – mais des gros ! – connaissent quant à eux un large succès, même s’il est trop tôt pour juger de leur comportement à long terme, puisque la plupart d’entre eux sont récents.

Emergence du conseil automatisé

A défaut de solutions miracles, les assureurs cherchent donc à faire venir les épargnants vers une allocation d’actifs diversifiée sur des classes d’actifs traditionnelles, en les aidant à piloter au mieux cette gestion. On voit ainsi se développer des offres de gestion déléguée ou pilotée dans les contrats milieu et haut de gamme (et sur Internet), alors que les fonds profilés sont toujours privilégiés dans les contrats grand public.

Pour nombre de professionnels, l’avenir semble devoir passer par le conseil automatisé en ligne, ou chez le conseiller, grâce à des «robo-advisors». Une solution qui permet, pour un coût modique, d’honorer les obligations d’information et de conseil qui pèsent sur les distributeurs, d’indiquer une allocation d’actifs adaptée et de la faire évoluer dans le temps. Une révolution qui ne fait que commencer…

Des avantages fiscaux introuvables ailleurs

  • Sur les revenus

Dès qu’un contrat a huit ans au moins d’ancienneté, les assurés bénéficient d’un abattement annuel de 4 600 euros sur les gains retirés du contrat (9 200 euros pour un couple marié), et l’excédent éventuel est taxé à 7,5 %. Si des retraits sont opérés chaque année, cet abattement profite à plusieurs reprises.

Avant huit ans, le traitement est moins favorable : tout retrait durant les quatre premières années du contrat se traduit par un prélèvement forfaitaire libératoire de 35 % (il est possible d’ajouter ces gains à l’ensemble des revenus). A partir de la quatrième année, la fiscalité s’adoucit, avec un PFL de 15 %.

  • Sur les successions

Les sommes versées avant 70 ans permettent à chaque bénéficiaire de profiter d’une exonération totale de droits à hauteur de 152 500 euros. Ainsi, plus les bénéficiaires sont nombreux, plus il est possible de transmettre des montants élevés. Lorsque ce montant est dépassé, l’excédent est taxé à 20 % jusqu’à 700 000 euros, puis à 31,25 % au-delà.

 

Pour les versements effectués après 70 ans, le cadre est moins favorable, mais des avantages demeurent, qui se cumulent avec les premiers. Un abattement de 30 500 euros est ainsi accordé sur les primes versées (seul l’excédent est taxé, au taux ordinaire des droits de succession selon le lien de parenté) et les gains réalisés grâce à l’épargne sont totalement exonérés, ce qui peut représenter une masse substantielle sur une longue durée.

Les différents fonds euros "alternatifs"

  • Les fonds euros immobiliers 

Ils consacrent une part significative ou majoritaire de leurs investissements à l’immobilier, principalement de l’immobilier professionnel de bureaux, centres commerciaux ou entrepôts. Ils captent donc des rendements plus élevés qui se retrouvent dans les performances (3,2 à 4 % en 2015). Seulement trois fonds de ce type existent : deux vendus dans l’univers de la gestion de patrimoine, le troisième sur Internet dans des contrats en ligne.

  • Les fonds opportunistes

Produits structurés, immobilier, obligations haut de rendement : ils investissent sans contrainte et se laissent toute liberté pour changer de cap à tout moment. Plus risqués qu’un fonds classique, leur rendement peut être égal à zéro certaines années. Ils ont rapporté de 3,15 % à 3,60 % en 2015. Ils sont aussi très rares : seuls trois sont proposés (un en gestion de patrimoine, les deux autres sur Internet dans des contrats en ligne).

  • Les fonds euro-dynamiques

Ils sont investis à 75 % (plus ou moins selon les assureurs) sur un fonds en euros classiques et le solde est dirigé vers des fonds en actions ou diversifiés, qui sont gérés selon la méthode du «coussin», ou assurance de portefeuille. Le gérant pilote cette poche avec une marge de perte identifiée dès l’origine : si celle-ci est atteinte, la position est soldée. En cas de progression, il peut en revanche l’augmenter. Pour l’épargnant, ces fonds permettent de profiter de la bonne santé de la bourse, sans jamais remettre en cause la sécurité du capital investi et des intérêts accumulés. Les performances de ces fonds sont assez hétérogènes : ils ont rapporté de 1 % à 3,7 % en 2014 et de 2,3 à 3,6 % en 2015. L’année 2016, qui a commencé par une baisse des marchés d’actions, ne devrait pas leur être favorable, et certains d’entre eux ont d’ailleurs fermé leurs portes aux souscripteurs jusqu’au début de l’année prochaine.