Ingénierie et stratégie

Placement

Les Sofica, une niche fiscale pour amoureux du cinéma

Funds Magazine - Mars 2016 - Pierre Gélis

Sofica

Placement totalement décorrélé des actifs financiers cotés, les Sofica s’adressent en fait à des investisseurs avertis. Les CGP veillent d’ailleurs à ce que ce produit représente moins de 5 % d’un portefeuille des valeurs mobilières de leurs clients.

Créées en 1985, les Sofica (Sociétés pour le financement de l’industrie cinématographique et audiovisuelle) continuent à se développer presque en catimini compte tenu de leur particularité. Dans le principe, le dispositif est simple et a le mérite de bénéficier d’une bonne stabilité. Chaque année, une dizaine de promoteurs de Sofica se répartissent une enveloppe proposée par le CNC (Centre national du cinéma), chaque Sofica devant investir dans la production indépendante et notamment dans les films aux budgets moyens, premiers et deuxièmes films. Il s’agit de soutenir l’exception culturelle française.

Les promoteurs peuvent placer les actions de Sofica directement auprès d’investisseurs ou passer par l’intermédiaire de réseaux de distribution. «De par son modèle de distribution externalisé, A Plus Finance distribue très peu les actions de ses Sofica en direct. En général, les investisseurs font part de leur souhait d’investir dans une Sofica à leur conseiller qui les alerte ensuite lorsque la période de souscription s’ouvre. Nous ne sommes donc pas en prise directe avec la demande, mais nos registres d’actionnaires montrent une certaine fidélité à la souscription de Sofica», explique Fabrice Imbault, directeur général d’A Plus Finance.

Les Sofica, une réduction d'impôt alléchante

La réduction d’impôt de 36 % de la somme investie est alléchante, d’autant plus qu’à la différence d’autres dispositifs fiscaux elle n’entre pas dans l’enveloppe des niches de réductions fiscales. Le montant maximum d’investissement dans une Sofica est cependant limité à 18 000 euros, soit une réduction d’impôt de 6 480 euros.

En fait, peu de contribuables y recourent. «L’investissement en Sofica intéresse les personnes qui paient un niveau d’impôt élevé et qui cherchent une solution de défiscalisation. Mais, surtout, cette niche fiscale s’adresse aux contribuables qui aiment bien l’idée de soutenir la création cinématographique et audiovisuelle française. C’est un peu la même démarche que lorsqu’ils investissent dans les FIP pour soutenir l’économie locale, car ce placement a du sens», estime Olivier Dumarché, conseil en gestion de patrimoine à l’Institut du patrimoine. «Il y a deux ou trois ans, l’enveloppe confiée par Bercy était sursouscrite en raison d’une très forte demande. Sur les deux dernières années, environ 60 millions disponibles n’ont pas été totalement souscrits. On se rend compte que le placement d’actions de Sofica a évolué car le taux de réduction d’impôt a baissé, ce qui a créé de fait un arbitrage des épargnants entre les différents dispositifs fiscaux», reprend Fabrice Imbault. En effet, initialement, la déduction fiscale s’élevait à 50 % de l’investissement, ce qui était sensiblement plus avantageux. Le financement du cinéma a dû verser sa dîme à l’écrémage des niches fiscales.

En amont du financement des projets

Fabrice Imbault, directeur général, A Plus Finance

La marge de manœuvre des Sofica est étroitement encadrée par une charte érigée par le CNC car il s’agit d’un mécanisme de soutien à la diversité de la production cinématographique. En outre, les Sofica doivent intervenir dans la phase initiale du financement des films et séries. «Notre comité d’investissement se réunit tous les mois environ pour lire les dossiers qui nous sont envoyés. Ce comité se compose de sept à huit professionnels issus de la distribution et de la production cinématographique, précise Fabrice Imbault. C’est un facteur important de réussite, car les Sofica investissent l’essentiel de leur actif dans des projets de production, alors que d’autres acteurs du financement audiovisuel arrivent plus tard, parfois même en cours de production. Dans la pratique, la décision d’investissement est prise sur un scénario, un casting et un budget du producteur. Le comité d’investissement dispose en fait essentiellement d’informations préliminaires.»

Difficile, dans ces conditions, d’anticiper le succès fabuleux d’un documentaire comme «Etre et avoir» qui a connu non seulement la consécration en étant présenté à la sélection officielle de Cannes 2002, mais en réalisant aussi un véritable tabac dans les salles de cinéma. De même, «en 2010, par exemple, “L’Arnacœur” avec Vanessa Paradis a très bien marché, ce qui a été favorable à la Sofica qui a financé le film. En revanche, vous avez aussi des petites productions qui rencontrent une audience très faible. Pour lisser le risque financier il est préférable d’investir un peu chaque année», recommande Olivier Dumarché.

En fait, plus que le succès financier du bouquet de films financés par la Sofica, l’espoir de gain pour l’investisseur résulte dans la plus ou moins grande rapidité du délai de remboursement. Quand les films peuvent être réalisés selon le planning prévisionnel et ne nécessitent pas de financements complémentaires en cascade, leur projection ne subit pas de retard. Une fois ses films commercialisés, la Sofica peut alors se dissoudre et rembourser ses actionnaires, soit en moyenne au bout de six ans. Mais dix ans peuvent être nécessaires. La rentabilité dépend alors du montant du remboursement par rapport aux 64 % du montant net après déduction fiscale et du nombre d’années d’investissement.

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