Événements

15 novembre 2018

Retour sur les Rencontres ISR et Performance - 4ème édition

14 janvier 2019 - Anne del Pozo

Jean-Pierre Coste, président du conseil d’administration de l’Ircantec
Ircantec

«L’investissement socialement responsable correspond réellement à une tendance de fond qui a largement dépassé le cercle d’initiés des premières années, a déclaré Jean-Pierre Coste, président du conseil d’administration de l’Ircantec lors du discours d’ouverture de la quatrième édition des Rencontres ISR et Performances, organisée par Option Finance. L’ISR n’est pas pour autant encore devenu la norme, beaucoup de gérants maintiennent une gestion traditionnelle sur la plus grande partie de leur portefeuille. Tout l’enjeu aujourd’hui consiste à permettre l’extension de l’ISR dans la gestion d’actifs sans occulter la notion de performance, qu’elle soit ou non financière. Un sujet sur lequel les différents intervenants de ces rencontres sont revenus.

Les enjeux des différents acteurs de la place de Paris sur le marché de l’ISR

En 20 ans, l’ISR s’est profondément transformé, aussi bien en termes de méthodes utilisées que de communication ou de cible client. Une évolution concomitante avec l’apparition de nouveaux enjeux européens et français, qu’ils soient réglementaires, sociaux ou encore de gouvernance. Tous les acteurs du marché de la gestion d’actifs doivent s’adapter, tant les investisseurs institutionnels que les sociétés de gestion. D’autant que les particuliers, souhaitant donner du sens à leur épargne, s’y intéressent de plus en plus également.

La performance de l’ISR est un sujet qui fait toujours débat, même si un consensus semble maintenant se dessiner. «Si les résultats des études menées sur le sujet depuis 35 ans peuvent être contradictoires, les méta-études sont en revanche assez unanimes pour dire que l’intégration des critères ESG dans les choix d’investissements ne réduit pas la performance financière, précise Héléna Charrier, vice-présidente FIR et responsable investment project director de la Caisse des Dépôts. Ainsi, une première méta-étude de référence publiée en 2009 et portant sur plus de 250 études primaires conclut que l’effet de la performance sociale sur la performance financière des entreprises est faible mais positif. La performance RSE ne détruit donc pas la valeur actionnariale même si ses effets demeurent modérés.»

Des résultats assez stables dans le temps mais qui concernent les marchés actions à 85 %, les autres classes d’actifs (crédit, immobilier…) étant peu représentées dans ces études. D’ailleurs, les asset managers ne s’y trompent pas : les critères ESG sont de plus en plus intégrés à leur gestion. «Cette intégration systématique confirme qu’il ne doit pas y avoir de disparité entre performance financière et performance extra-financière», précise à ce sujet Michael Notat, directeur des marchés internationaux, du marketing et de la communication, Vigeo Eiris.



Quelle performance pour les fonds ISR ?

Le fonds 100 % ISR lancé par Generali il y a trois ans enregistre de très bons résultats.


Ainsi, selon Jean-Marc Pont, senior investment specialist multi-asset, SRI & Equity chez General Investments, «les indicateurs du fonds, depuis que nous le suivons, sont supérieurs à son benchmark ou à son univers de référence».
D’autre part, Amundi de son côté a créé un fonds Action Euro ISR en 1999 qui, trois années sur quatre en moyenne, surperforme son indice de référence.


«Il s’agit d’un fonds actions euro qui combine le signal financier et le signal ESG,
précise Thierry Bogaty, directeur expertise ISR chez Amundi. Nos fonds labellisés ISR doivent avoir une qualité financière optimale.» Robeco, pour sa part, explique la différence de prise en compte des critères ESG selon le mode de gestion.

«Il faut distinguer deux cas : ceux de la gestion quantitative et de la gestion fondamentale. Dans le cas de la gestion quantitative, nous avons construit un score baptisé Smart ESG, neutre factoriellement,  que nous avons intégré à l’ensemble de nos gestions quantitatives sans que cela ne vienne perturber les allocations factorielles existantes. En revanche, pour la gestion fondamentale, le score ESG a peu d’importance. On ne cherche plus la performance d’un score mais plutôt à mesurer l’impact de certains critères ESG sur la performance de l’entreprise» détaille Nicolas Beneton, directeur spécialiste investissement durable, Robeco France.

Les motivations d’utilisation des critères ESG

En dehors des performances, quelles sont les motivations des asset managers pour intégrer les critères ESG à leur gestion ? Une étude Amundi, réalisée auprès de ses clients, liste des éléments de réponse, parmi lesquels une meilleure gestion du risque, la pression des médias, ou bien encore les incitations réglementaires. «Nous avons mis en œuvre les moyens de répondre aux exigences de nos clients : nous avons ajusté nos produits d’investissements en utilisant le best in class, l’exclusion et l’engagement, afin d’offrir les solutions optimales de gestion par rapport à notre charte ISR», poursuit Thierry Bogaty. Chaque société de gestion adopte en effet un process ISR standardisé pour ses fonds maisons. «A partir de là, il convient de discuter avec l’investisseur quant aux valeurs et aux principes qui vont guider ses investissements et voir dans quelle mesure il sera possible de standardiser ou customiser certaines classes d’actifs», ajoute Jean-Marc Pont.

Quel équilibre entre l’engagement ISR et les attentes en termes de performance financière ?

EDF aborde la question de l’investissement responsable sur le long terme, par le risque.

«Nous pensons que cette vision long terme nous amène à regarder la question du climat de manière prioritaire à savoir, unique, explique Bernard Descreux, directeur de la division gestion d’actifs d’EDF. Nous attaquons ce sujet en suivant trois principes : nous nous intéressons au climat et à tout ce qui est irréversible dans ce qui se passe en ce moment (la biodiversité, les questions sur l’eau, etc.), nous adressons toutes les classes d’actifs et enfin, nous ne faisons pas d’exclusion car les technologies évoluent et il faut maintenir l’engagement. Notre approche se veut ambitieuse, collaborative et scientifique.» Une approche qui devrait permettre à EDF d’obtenir de meilleures performances sur le long terme. «Il est important d’être très clair sur les choix qui motivent nos politiques d’investissements et d’expliciter le fondement de chacune de ces décisions, précise pour sa part Héléna Charrier. Nos choix sont ainsi fondés sur des objectifs d’impacts (climatiques, sociétaux, etc.) qui se traduisent par des exclusions, des financements thématiques mais aussi par la sélection des titres en portefeuilles (comme sur par exemple le climat).»

Les enjeux de la communication et du reporting

Face à la généralisation de l’intégration des critères ESG dans la gestion, la comparaison des performances des fonds ISR avec celles des fonds classiques pourrait, à termes, disparaître. «Pour les investisseurs, le sujet de la performance des ESG ne fera d’ailleurs plus débat», souligne Michael Notat. Aujourd’hui, la démarche ISR s’inscrit davantage dans une stratégie de réduction des risques de long terme et d’impact sur la durabilité du business model des sociétés de gestion et de leur performance. Pour améliorer leur capacité à intégrer les impacts et opportunités des grands enjeux de la société civile, les sociétés de gestion devront notamment s’appuyer, par exemple, sur l’analyse des critères extra-financiers ou encore sur un meilleur reporting. «Certes, pour le moment, le régulateur n’impose pas de contraintes sur une méthodologie ESG, rappelle à ce sujet Jean-Marc Pont. En revanche, le reporting est de plus en plus contraignant, il doit être transparent, clair et, de plus en plus, lié à l’aspect climatique. Des modèles existent en la matière et devraient très certainement être standardisés au niveau de la place ne serait-ce que dans un souci de lisibilité et de comparabilité des résultats d’empreintes carbone entre les différents acteurs nationaux et européens. Sur le réglementaire, la quadrature du cercle s’articule autour du fiduciaire, du risque, du rendement et de l’aspect climat et/ou ESG. L’élément réglementaire va devoir être modulé par le régulateur afin de ne pas pénaliser des investissements qui vont dans le sens d’une amélioration climatique.»

Les enjeux du marché retail

Selon une enquête du FIR et Vigeo Eiris, 63 % des Français déclarent accorder une forte importance aux impacts sociaux et environnementaux de leurs investissements et en particulier sur les enjeux sociaux et sociétaux. «Malgré cet intérêt, seulement 5 % des Français déclarent avoir déjà investi dans des investissements ISR, 65 % des Français déclarent ne jamais avoir entendu parler de l’ISR et 5 % seulement se sont vu proposer de l’ISR par leurs conseillers, précise Héléna Charrier. Cela nous interroge sur la façon dont nous communiquons auprès du retail et souligne le rôle des conseillers financiers et des médias pour promouvoir le développement de l’ISR.» Ce débat existe partout, en Amérique du Nord, en Europe ou encore au Japon, mais n’est solutionné nulle part. Pour autant, le marché du retail sera un marché de l’offre. «Nous nous dirigeons vers une offre à plusieurs niveaux, avec des fonds thématiques, des fonds ISR, etc. souligne Thierry Bogaty. Le rôle des conseillers sera alors primordial pour éclairer ces différentes offres.» Une offre qui finira par trouver sa demande, «notamment grâce à l’éducation du réseau, à l’explication des modes de fonctionnement, au label ISR, etc.», poursuit Jean-Marc Pont. Par ailleurs, la réglementation et notamment la loi Pacte devraient également favoriser la structuration de ce marché et le développement de fonds ISR dans, par exemple, des assurances-vie.


Les différentes méthodologies ISR adoptées par les sociétés de gestion

Désormais, les critères ESG sont pris en compte dans la plupart des politiques de gestion. En la matière, la France est d’ailleurs en avance sur certains thèmes, notamment sur les aspects environnementaux avec l’accord de Paris. Ce n’est en revanche pas le cas sur d’autres comme la gouvernance ou certains aspects sociétaux. Pour faire évoluer les comportements, il convient d’adopter des méthodologies ISR, de faire évoluer les critères ESG, de concilier les exigences de transparence avec les demandes des investisseurs et de favoriser les échanges collaboratifs entre les asset managers et les autres acteurs et intermédiaires de l’ISR.

Quelle méthodologie ISR adopter ?

Engagement actionnarial, best in class, sélection thématique, screening de portefeuille, exclusion sectorielle… Les méthodologies ISR sont diverses.

«En termes de méthodologie, il serait notamment intéressant de challenger la notation ESG qui est une moyenne, propose Tegwen le Berthe, senior equity investment specialist and head of ESG development de CPR Asset Management. Devant l’exhaustivité des sujets ESG, il est en effet certainement plus intéressant de se focaliser non pas uniquement sur sa notation mais sur la performance des critères qui la composent. En poussant encore plus loin le concept, il est même intéressant de créer un portefeuille ISR sur la base de la performance d’un certain nombre de critères qui composent uniquement la notation ESG afin d’obtenir un univers investissable ESG qui ait des caractéristiques financières intéressantes.»
Edmond de Rotschild, pour sa part, invite les acteurs institutionnels, le retail et les banques privées à s’intéresser à la méthodologie «best in universe».

«Avec le best in universe, nous avons la capacité de réaliser une approche en absolu du point de vue du développement durable et non plus en relatif, a souligné Jean-Philippe Desmartin, directeur de l’investissement responsable d’Edmond de Rothschild Asset Management. Nous réorientons nos choix vers les secteurs à solution et réduisons les secteurs à problèmes. Sur des sujets majeurs comme le climat, il faut être capable d’assumer en absolu aujourd’hui.»

Une évolution également constatée par Robert de Guigné, directeur des solutions ESG de Lombard Odier Investment Managers. «Les fonds éthiques, historiquement les plus anciens, existent toujours. D’ailleurs certains investisseurs continuent d’exclure des fonds contraires à leurs valeurs. Néanmoins, les professionnels ont beaucoup évolué en passant au “best in class”. Aujourd’hui, il existe en effet des moyens de collecter de l’information, de mettre en place des méthodologies pour savoir ce que nous souhaitons évaluer dans l’entreprise et de regarder où en sont les entreprises par exemple, en matière de développement durable. Cela nous permet de diriger nos investissements vers les entreprises qui réduisent ou minimisent leurs impacts négatifs ou développent un impact positif.» Cette notion d’impact permet de pousser les frontières d’investissements durables et responsables.

«Désormais, nous ne cherchons plus à investir dans les secteurs les moins défavorables au climat mais plutôt dans ceux qui ont un impact positif et une approche thématique», insiste pour sa part Ophélie Mortier, responsable investment stratégist chez Degroof Petercam Asset Management Avec les nouveaux paradigmes que nous avons du côté environnemental, social et de gouvernance, il est important que nous adoptions également des méthodologies durables et responsables. Intégrer ces différents facteurs ESG fait partie de notre devoir fiduciaire.»
Les investisseurs institutionnels sont également amenés à émettre des recommandations en termes de méthodologie. L’Ircantec a ainsi une charte d’investissement socialement responsable qui représente son socle de référence et mentionne ses exclusions ainsi que les conventions auxquelles l’institution s’attache (comme le développement durable).

«Cette charte fait intégralement partie du processus de sélection des gérants», précise Laetitia Tankwe, conseillère du président de l’Ircantec, groupe Caisse des Dépôts. Elle donne le cadre. Ensuite, nous travaillons avec les acteurs de la place qui ont des expertises diverses et riches pour la mettre en œuvre. Cependant le régime n’est pas directif quant à la méthodologie à utiliser.» L’Ircantec a donc mis en place une politique volontaire, encadrée et partagée mais dans le respect des différentes offres et de la diversité du marché.


Michèle Lacroix, head of group investment office de Scor
, revient pour sa part sur la politique et la méthodologie mise en place notamment en matière d’environnement : «Chez Scor, notre pratique de l’ESG repose sur quatre piliers : la gestion des risques (de climat et de catastrophe naturelle), l’engagement (classe d’actifs actions), l’exclusion et l’investissement thématique : nous avons ainsi 6,5 % de nos portefeuilles investis en actifs “verts”.»


La vision sur l’impact

En matière de bonnes pratiques, la notion d’impact est par ailleurs en train de gagner du terrain et prend de plus en plus de sens pour beaucoup d’investisseurs. «Au XIXe siècle, les investisseurs ont appris à mesurer la performance de l’investissement, au XXe siècle à mesurer partiellement le risque associé à leur rendement et au XXIe siècle à mesurer l’impact social et environnemental (comment il est possible de réduire ces risques ou d’avoir un impact positif)», précise Jean-Philippe Desmartin. De nombreuses réflexions sont ainsi menées autour des “green bonds” ou des “social bonds”.» «Les investissements thématiques, notamment dans les green et social bonds, ont un rôle important à jouer dans le développement de l’ISR car ils parlent aux investisseurs, ils sont concrets», précise Laetitia Tankwe.

Diffuser les bonnes pratiques et favoriser le collaboratif

Par ailleurs, le besoin de méthodes, d’approches scientifiques et enfin d’échanges autour de ces différentes méthodes est au fil du temps devenu primordial. La collaborativité contribue en effet à la diffusion des meilleures pratiques. «Au sein de la Fédération française de l’assurance, nous avons mis en place un groupe de travail sur l’analyse des risques physiques et de transition des portefeuilles à la FFA, explique Michèle Lacroix. L’occasion pour nous de recenser 27 méthodologies pour analyser le risque climat dans un portefeuille. Cependant, malgré la richesse des idées, nous avons encore du mal à trouver une convergence et à avoir des couvertures de portefeuilles qui soient satisfaisantes. Nous sentons que le marché reste embryonnaire sur la façon de traiter ces sujets-là.»
Les différents acteurs du marché et en particulier les pionniers, s’investissent ainsi dans des «places», essaient de fédérer des initiatives, de créer le dialogue. «Le dialogue avec les clients institutionnels est primordial, insiste Ophélie Mortier. Il est important d’éduquer sur ce qu’est un investissement durable et responsable. D’autre part, il faut intégrer les différentes problématiques et priorités de l’investisseur institutionnel dans la construction de son portefeuille, avec cette problématique de la performance, du risque et des impacts. Il est également important que l’asset manager dialogue avec les grands acteurs de la sphère “recherche ESG”, dont les agences de notation.» Le dialogue avec les entreprises tend également à évoluer. «Certaines solutions ont été proposées il y a quelques années par les plateformes des Nations unies sur, par exemple, l’engagement collaboratif qui nous a permis de nous rapprocher d’autres acteurs, précise Robert de Guigné. Depuis, les échanges se sont améliorés entre les équipes de gestion et nos analystes. Au départ, nous avons remarqué une réticence pour ouvrir un dialogue extra-financier, mais aujourd’hui la machine est enclenchée. Une approche qui nous permet d’améliorer la qualité de nos données.»


Les apports de la RSE dans la stratégie de performance globale des entreprises

Nombreux sont désormais ceux qui sont convaincus que l’investissement peut se conjuguer autrement et contribuer à un monde durable. Dans ce contexte, quelle doit être l’implication du Comex sur la mise en place d’une politique RSE ? Sous quelle forme ? Quels indicateurs ESG apparaissent dans les priorités des entreprises ? Comment la politique RSE contribue-t-elle à la performance de l’entreprise et à l’intérêt des actionnaires ?

Dans les entreprises à mission qui participent à la transition énergétique et écologique, à l’emploi durable sur les territoires et qui par ailleurs développent des objectifs sociaux et environnementaux, la RSE est généralement un sujet discuté au sein du Comex et/ou du comité stratégique. «Le sujet des impacts doit être pris en compte à tous les niveaux de la structuration juridique et de la définition de la stratégie d’entreprise, précise Jean-Michel Lécuyer, directeur général délégué d’INCO. Quand nous signons un pacte d’actionnaires avec une entreprise, nous demandons à ce que son business plan soit annexé à ce pacte mais également à définir une feuille de route d’impacts sur laquelle le dirigeant est “incentivé” et s’engage.»
Dans les entreprises, les comités de directions et les comités exécutifs sont ainsi de plus en plus au fait des sujets de la RSE. C’est notamment le cas au sein de la Foncière Gecina.

«Nous avons un représentant RSE au sein de notre Comex, souligne Sabine Desnault, directrice exécutive R&D, innovation et RSE de Gecina. D’autre part, chaque membre du Comex suit un chantier RSE et a des objectifs individuels en lien avec la RSE. Enfin, la stratégie RSE et le suivi des KPI sont présentés et validés par le board. Il s’agit d’ailleurs d’un sujet de stratégie car la RSE nous réinterroge sur la façon dont nous devons produire et consommer mais également sur notre business model. C’est la raison pour laquelle la foncière Gecina a fait le choix de lier la RSE aux sujets d’innovation et de la R&D.»
Les investisseurs demandent d’ailleurs de plus en plus à échanger certes avec les responsables RSE des entreprises mais également avec les représentants du Comex.



«L’évolution de notre métier nous conduit à challenger de plus en plus les CEO et les CFO sur ce sujet RSE»
, rappelle d’ailleurs à ce sujet, Sophie Rahm, analyste ESG d’Aviva Investors.

Chloé Laurent, responsable RSE, finance durable et responsable, CM-CIC AM, ajoute pour sa part : «La politique ESG de CM-CIC Asset Management est également portée au plus haut niveau et fait l’objet de points réguliers avec le Comex afin d’accélérer cette démarche et l’évolution de nos processus et de créer des synergies avec l’ensemble de nos collaborateurs. Le sujet est également porté au conseil d’administration de CM-CIC AM.»




Intégration des critères ESG dans l’offre des entreprises

Chaque entreprise a ensuite ses propres critères en termes de politique et de performance RSE qui orienteront alors ses choix d’investissements. Si les banques financent des projets et apportent de l’oxygène à l’économie, il leur incombe également de choisir les projets dans lesquels elles acceptent d’investir. La politique d’action de la banque est alors soumise à des facteurs exogènes formels, informels et sectoriels ou s’inscrit dans le cadre de la volonté de la puissance publique.

«Des choix qui échappent parfois à leur propre volonté car ils sont guidés par différentes sources d’influences comme la pression du régulateur ou la pression des parties prenantes telles que celles des ONG par rapport aux entreprises du nucléaire, par exemple, explique Eric Campos, directeur de la RSE de Crédit Agricole SA et directeur général de Grameen Crédit Agricole. Il y a également ce que la banque elle-même estime équitable de faire et qu’elle définira au travers de politiques sectorielles, qui introduisent au cœur du financement d’un certain nombre de secteurs d’activité (armement, énergies fossiles, etc.) des critères de responsabilité environnementale. Enfin, elle peut prendre des engagements qui vont s’inscrire par exemple, dans le cadre des accords de Paris.»
Pour l’asset manager, outre le fait de prendre une décision stratégique concernant son taux d’implication dans une politique RSE, le choix va également dépendre de facteurs exogènes tels que le réglementaire et la mesure d’impact.

«La seule chose qui selon nous est un effet marqueur après le “best in class” et le “best in universe”, c’est l’impact réel, souligne Arnaud Monnet, directeur général en charge du développement de l’ISR chez Horizon AM. Nous devons être en capacité de fournir à nos investisseurs des mesures d’impacts.» Certaines stratégies vont également prendre en considération tous les critères ESG et les labels.
Un choix fait par Gecina. «Nous cherchons de plus en plus à savoir quel est notre impact positif, et à être de plus en plus performant sur un certain nombre de sujets (énergétique, sanitaire, biodiversité carbonée, etc.), ajoute Sabine Desnault. Cela nous a amenés à systématiser une politique de labels sur l’ensemble de nos immeubles (HQE, biodiversity, etc.).

Les leviers pour faire bouger les lignes dans les entreprises et chez les gestionnaires d’actifs

Alors que la lame de fond est clairement engagée et que tous les acteurs vont dans ce sens, il reste désormais à trouver des indicateurs de performance communs. «Il s’agit notamment d’un travail de R&D sur, par exemple, de l’analyse d’impact ou de l’analyse ESG sur une entreprise qui pour le moment reste déclarative, conclut Arnaud Monnet. Il faut également passer de cette première étape d’obligation de déclaration (article 173 sur la transition énergétique) à une obligation de mise en place réelle en gardant toujours un objectif de rendement équivalent à un investissement traditionnel. Il y a donc un travail à faire sur le coût et l’investissement initial à réaliser, et que ce dernier puisse se lisser dans le temps pour que demain l’ensemble des stratégies ESG, ISR ou RSE ne soit pas fait au détriment de la performance.»
L’axe de développement porte également sur les risques et opportunités en ESG et leurs impacts sur la valorisation. «Nous devons faire comprendre aux entreprises et aux gérants que la création de valeur n’est pas uniquement financière, conclut Sophie Rahm. Le capital financier est certes important mais il faut également prendre en considération le capital humain, social, etc.» La RSE ne doit cependant pas être l’outil qui cache les défis climatiques et le reflet de l’iniquité que produit le modèle capitaliste. «L’enjeu de la RSE aujourd’hui consiste à ce que les entreprises trouvent de la création de valeur sous contrainte, conclut Eric Campos. La place du politique est en ce sens fondamentale pour que les entreprises s’inscrivent dans un système de contrainte pour créer une valeur décarbonée et faire en sorte que cette économie puisse être mieux partagée qu’elle ne l’est aujourd’hui.»


La mise en place des politiques RSE en entreprise

Les politiques ESG sont-elles des facteurs de rentabilité pour l’entreprise ?


«Considérée comme créatrice de valeur décarbonée et partagée, la RSE est aujourd’hui souvent incluse dans les stratégies d’entreprise par intérêt et non par obligation. Pour autant, l’actualité de cette fin d’année 2018 est marquée par la mise en œuvre de la loi sur le devoir de vigilance ainsi que par le vote de la loi Pacte qui pousseront les entreprises à aller plus loin que des déclarations d’intention ou les démarches déjà initiées»
, déclare Jérôme Courcier, administrateur, ORSE.



Mise en œuvre du devoir de vigilance

La mise en pratique de la loi sur le devoir de vigilance va donner lieu à la publication de plans de vigilance dans toutes les entreprises de plus de 5 000 salariés.


«Le plan de vigilance est avant tout une démarche préventive qui doit être partagée en interne avec l’ensemble de l’entreprise (dont les syndicats) et élaborée avec l’ensemble des parties prenantes externes (organisations gouvernementales, organisations syndicales, ONG, etc.)»
, souligne Bettina Laville, conseiller d’Etat.





Le dialogue social au cœur des débats

«Le dialogue avec les parties prenantes, ONG ou autres organisations syndicales, est un facteur clé de rentabilité des projets ESG», déclare Maylis Souque, secrétaire générale du PCN français de l’OCDE, chargée de mission Conduite Responsable des Entreprises. Cette approche sociale est le quotidien du PCN français (Point de contact national, structure tripartite rassemblant les syndicats, les entreprises et l’administration), qui, en mai 2017, a accepté le dépôt d’une «circonstance spécifique» par les salariés d’un hôtel de luxe américain contre une société de gestion d’actifs française pour non-respect des droits syndicaux. «La saisine questionnait la diligence raisonnable (gestion du risque) de la maison mère vis-à-vis de l’activité de sa filiale qui était en conseil de cet actif, explique Maylis Souque. Le groupe français et le plaignant américain ont joué le jeu dans le respect et la confidentialité, ce qui a permis de nouer un dialogue et de régler la situation.»

L’environnement, facteur de rentabilité

L’environnement est également un facteur de rentabilité pour les entreprises. Dans le cadre de cette démarche, les entreprises se penchent par exemple sur la mobilité durable.

«A cet effet, elles peuvent opter pour des modes de transport moins polluants, la mobilité partagée ou encore la mobilité évitée avec la mise en place, par exemple, du télétravail, indique pour sa part Denis Guibard, directeur de Télécom école de management. Le télétravail a de nombreux impacts positifs sur l’environnement, la rentabilité et la productivité des entreprises et le bien-être au travail des salariés.» Malgré ces bénéfices tangibles, le télétravail reste peu développé en France. «Il existe actuellement, malgré tout, une progression de la prise de conscience des enjeux liés aux objectifs du développement durable (ODD), toutes générations confondues, mais également au sein des entreprises et des territoires», poursuit Bettina Laville.

Loi Pacte : l’entreprise devient un «objet d’intérêt collectif»

Une prise de conscience que la loi Pacte et son article 1833 pourraient renforcer. Elle stipule notamment que l’entreprise doit prendre sa part de responsabilité dans le développement collectif. «Un enjeu dont les jeunes doivent prendre la pleine mesure au plus tôt, d’autant qu’ils sont les acteurs de notre économie de demain, précise Denis Guibard. Il est donc de notre responsabilité collective, en qualité d’acteur de l’enseignement supérieur, de faire en sorte que le développement durable et la responsabilité sociétale soient enseignés dans l’ensemble de nos écoles. Il est également de notre responsabilité que le sujet irrigue nos travaux de recherche.»

Qu’est-ce que le Comité 21 ?

Le Comité 21 est le plus grand réseau multi-acteur dédié au développement durable (près de 400 adhérents : entreprises, collectivités, associations, institutionnels, établissements d’enseignement, médias, personnalités et membres de droit – PNUD, PNUE). Il contribue à la transformation économique, écologique et sociétale des organisations et des territoires en s’appuyant notamment sur l’agenda 2030 et sur son savoir-faire dans l’animation de dialogues avec les parties prenantes. Son programme illustre cette dynamique autour de cinq expertises principales (prospective, changements climatiques et énergétiques, responsabilité et engagement des organisations, intelligence territoriale, citoyenneté écologique). Retrouvez tous les travaux du Comité 21 sur www.comite21.org.


Merci à nos intervenants et partenaires