Événements

7 février 2019

Les Rencontres Climat et Finance durable, 3e édition

Option Finance - 18 mars 2019

Brigitte Collet, ambassadrice pour les négociations sur le changement climatique et Pascal Canfin, directeur général, WWF
WWF

Année après année, les acteurs de la sphère financière se préoccupent de plus en plus des enjeux sociétaux et environnementaux. L’un des engagements pris par les Etats lors de la COP 24 témoigne de cette prise de conscience. «A Katowice (Pologne), les signataires ont adopté les règles d’application de l’accord de Paris et ont accompli des progrès en matière de financement : les pays du Nord ont ainsi promis de transférer 100 milliards de dollars par an aux pays du Sud d’ici à 2020, afin de leur permettre de s’adapter au réchauffement et de réduire leurs émissions polluantes», détaille Brigitte Collet, ambassadrice pour les négociations sur le changement climatique, lors de l’ouverture de la 3e édition des Rencontres Climat et Finance durable organisée par Option Finance le 7 février dernier. «La mobilisation doit concerner le secteur public mais aussi et surtout le secteur privé. Les ménages et les entreprises doivent comprendre que leur participation est nécessaire», explique à son tour Pascal Canfin, directeur général chez WWF.
Pour se faire, les reportings deviennent de plus en plus importants et leurs analyses montrent, telle une boussole, la marche à suivre. Au rythme actuel d’émissions de gaz à effet de serre, le réchauffement climatique augmenterait de 3 à 5 degrés d’ici la fin du siècle (chiffres OMM). Dans cette perspective, la trajectoire des 2 degrés à horizon 2050 est, plus qu’une préoccupation, une urgence car «avec un réchauffement de 4 degrès, le monde ne serait plus assurable», conclut Pascal Canfin.

Thomas Verheye, principal advisor green finance & investment, Commission européenne
Commission européenne

«Plusieurs travaux ont été lancés en matière de transition énergétique. Cela constitue déjà une grande avancée !», se réjouit Thomas Verheye, principal advisor green finance & investment au sein de la Commission européenne. En adoptant l’accord de Paris (COP 21) sur le changement climatique et le programme de développement durable à horizon 2030 des Nations unies, l’Union européenne et les gouvernements du monde entier se sont, en effet, engagés à rendre l’économie et la société plus durables. «Cependant, plusieurs obstacles persistent – explique Thomas Verheye – notamment lorsqu’il est question de déterminer ce qui est vert ou pas.» Le principe de la taxonomie trouve alors tout son sens.

Une finance verte, européenne et crédible

Au même titre que le chômage et le pouvoir d’achat, la question de l’environnement constitue un sujet de préoccupation majeur pour la société. La finance pourtant tarde à apporter sa réponse : les obligations vertes peinent en effet à trouver une définition, ce qui dissuade certains émetteurs qui craignent un green washing.

Démêler le vert du faux : voici la prochaine étape à suivre en matière de finance verte. Pour cela, il s’agit de construire une référence européenne d’activités dites «vertes». Un objectif plus connu sous le vocable de taxonomie. Le but est d’attirer et de fidéliser de plus en plus d’acteurs freinés par une vague importante d’éco-blanchiment. «En tant que membre du High level Expert Group (Hleg), nous sommes très investis dans le développement durable et l’une de nos principales attentes est celle de la taxonomie. Certes, plusieurs labels garantissent aux investisseurs des placements contribuant au financement de la transition énergétique et écologique, mais nous sommes tout de même en attente d’une grille de lecture», explique Sophie Rahm, analyste ESG au sein de la branche de gestion d’actifs d’Aviva, Aviva Investors France. Fortement impliqué, l’assureur a obtenu le label Finansol pour Aviva Impact Investing France, fonds d’investissement dédié à l’innovation sociale et environnementale. Ce fonds, créé en 2014, investit afin de soutenir l’amorçage et le changement d’échelle d’entreprises à forte utilité sociale et environnementale, avec un horizon de placement de cinq à sept ans.
Autre acteur phare à être engagé dans le développement durable : Scor. En 2015, durant la COP 21, le groupe a signé le «Manifeste des entreprises françaises pour le climat», et cédé les titres des entreprises dont plus de 50 % du chiffre d’affaires provenait du charbon. Scor a réduit ce seuil à 30 % en 2017 et s’est engagé à ne pas réaliser de nouveaux investissements dans ces entreprises à l’avenir. Le réassureur prend son rôle à cœur.

Michèle Lacroix, head of group investment office, SCOR
SCOR

«Au sein de la société, nous avons mis en place des groupes de travail qui ont pour mission de traiter des principes importants en matière de transition écologique, commente Michèle Lacroix, head of group investment office chez Scor. La taxonomie reste la charge la plus titanesque.»
Dans l’attente d’une taxonomie claire, les sociétés de gestion utilisent différentes stratégies pour sélectionner des placements responsables.

Cesare Vitali, responsable ISR, Ecofi Investissements
Ecofi Investissements

«Chez Ecofi Investissements, 100 % des encours sont gérés de façon ISR car la finance durable est indissociable de la création de valeur et de la gestion des risques», argumente Cesare Vitali, responsable de l’ISR chez Ecofi Investissements. La société de gestion a choisi d’exclure certains secteurs comme celui des jeux du hasard, du tabac, de l’armement etc. Les paradis fiscaux sont également mis de côté. «Nous sélectionnons les titres des sociétés qui ont démontré leur capacité à faire face aux risques financiers mais aussi écologiques.» De son côté, l’Etablissement de retraite additionnelle de la fonction publique (ERAFP) a prévu, depuis sa création, d’effectuer ses investissements dans une approche 100 % ISR sur toutes les classes d’actifs. L’investisseur institutionnel ne pratique cependant pas un processus d’exclusion. L’ERAFP a choisi de retenir les entreprises les mieux notées d’un point de vue extra-financier dans leur secteur d’activité.

Catherine Vialonga, directrice gestion
technique et financière, ERAFP
ERAFP

Toutefois, précise Catherine Vialonga, directrice de la gestion technique et financière à l’ERAFP, «nous avons créé également un fonds actions qui représente 1,5 milliard d’euros dans lequel nous appliquons un filtre carbone spécifique». Par ailleurs, «à l’ERAFP, nous mesurons l’impact carbone depuis cinq ans, soit bien avant la mise en vigueur de l’article 173 de la loi sur la transition écologique et énergétique», ajoute l’experte. Selon elle, la transparence, à travers la mesure carbone, reste ainsi un enjeu important au service de la durabilité.

Réorienter l’épargne des Français vers des projets verts n’est pas systématique

Alors que le développement durable devient un sujet de préoccupation majeur, flécher l’épargne des Français vers des investissements verts devrait devenir un processus naturel. Or, ce travail reste à faire.

Bertrand Badré, fondateur et P-DG, Blue like an Orange Sustainable Capital
Blue like an Orange Sustainable Capital

«Pour l’instant, nous n’avons pas encore créé d’écosystème qui nous permette d’allouer systématiquement une partie de l’épargne des Français vers les besoins de la planète», explique Bertrand Badré, fondateur et PDG de Blue Like an Orange Sustainable Capital. «Cependant, des travaux ont déjà été entrepris, en particulier lors de la COP 21 en 2015, mais le monde financier pourrait faire face à une nouvelle crise qui balaierait tous les efforts fournis, les investisseurs risquant d’oublier l’écologie au profit exclusif de la protection des capitaux», prévient l’ancien directeur général de la Banque mondiale.

Notation extra-financière : à la conquête du marché obligataire

Si en matière d’equity, 100 % des analyses de S&P Global Ratings intègrent un filtre ESG, cela n’est pas encore le cas dans le crédit. L’agence de notation repense actuellement sa méthodologie pour intégrer les risques ESG au marché de la dette privée.

Pierre Georges, senior director, S&P Global Ratings
S&P Global Ratings

«Nous allons intégrer des paragraphes spécifiques ESG dans nos analyses crédit. L’intérêt est de flécher ces risques, de mieux les identifier dans notre méthodologie, puis d’éduquer le marché pour avancer dans cette démarche», détaille Pierre Georges, senior director au sein de l’agence de notation.
Selon ce dernier, la prochaine étape repose sur la «green evaluation», c’est-à-dire l’outil d’évaluation des instruments de dette. «La labellisation de la dette n’est pas la plus importante. Ce qui nous intéresse concerne surtout l’impact environnemental qu’aura un financement.» Enfin, l’agence promet de mettre en place en 2019 une «ESG Evaluation» qui complétera l’analyse crédit.

Sophie Rahm, analyste ESG, Aviva Investors France 
Aviva Investors France

Sophie Rahm, analyste ESG, Aviva Investors France  «Le reporting est devenu un enjeu stratégique»

«Face aux évolutions réglementaires, culturelles et aux questions des investisseurs sur l’intégration des données ESG dans les gestions, le reporting est devenu un enjeu stratégique. Les outils d’évaluation sont nombreux mais une harmonisation et une normalisation nous semblent indispensables pour permettre à nos clients de comparer les options proposées à partir de données fiables. Aviva Investors France est d’ailleurs très actif sur le sujet au sein de différentes initiatives de place.
Par ailleurs, la nature de nos mandats assurantiels et nos investissements dans le crédit nous poussent à avoir de fortes attentes sur l’analyse ESG de ces titres. Les agences de notations devraient, elles aussi, prendre en compte ces critères et montrer leur impact sur les notations de crédit. En termes d’offre, nous collaborons avec nos clients, dont Aviva France, pour répondre à leurs besoins. Nous développons une gamme de fonds labellisés ISR et de thématiques durables répondant aux défis du changement climatique et aux objectifs du développement durable.»

Bénédicte Mougeot, gérante actions ISR et du fonds TEEC, HSBC Europe Equity Green Transition et Philippe Taffin, directeur systèmes d’information, Aviva France

ÉTUDE DE CAS - Transition énergétique et écologique, les enjeux d’un fonds actions

• Il a suffi d’un voyage à Hong Kong en 2008 pour convaincre Bénédicte Mougeot, gérante actions ISR et du fonds TEEC chez HSBC Europe Equity Green Transition, de l’importance de l’ISR (investissement socialement responsable) dans la finance. «La pollution m’a tellement choquée que j’ai compris qu’il était important de considérer les dommages causés à l’environnement et de prendre en compte, en tant qu’investisseur, l’aspect ISR.» Pour elle, le principe est simple : les fonds qui respectent une politique de développement durable tireront de plus en plus leur épingle du jeu à l’avenir.
• Toutefois, rappelle l’experte, «construire un fonds vert et viable n’est pas chose facile, les standards n’étant pas alignés. Le label TEEC nous a apporté une solution en proposant une classification qui englobe huit secteurs dont les énergies renouvelables ou encore les bâtiments verts, etc.», continue Bénédicte Mougeot.
• Une fois la prise de conscience actée, «comment fait-on la promotion de la démarche éco-responsable ?» s’interroge Philippe Taffin directeur des systèmes d’information chez Aviva France. «En premier lieu, la promotion repose sur l’engagement pour éviter tout risque de green washing. La démarche doit donc être sincère de la part des investisseurs et reposer sur tout un ensemble de méthodologies, poursuit le CIO.
• Par ailleurs, le label valide un processus de gestion et le respect d’un certain nombre de règles. Le fait qu’il soit audité par des experts indépendants et externes renforce même sa crédibilité. Une chose est sûre : la pédagogie est l’élément fondamental qui permet d’embarquer de plus en plus d’acteurs dans la route du développement durable».


Comment aligner l’économie et une stratégie low carbon ?

La situation alarmante du réchauffement climatique pousse la sphère financière à redoubler d’efforts pour adopter des automatismes écologiques. Les acteurs sont alors confrontés au casse-tête de l’alignement de l’économie à des stratégies bas carbone.

Ghislain Périssé, responsable de la stratégie assurance EMEA chez Schroders
Schroders

La recherche d’une meilleure performance dans un cadre écologique maîtrisé constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour la sphère financière. «Chez Schroders, nous pensons que les investisseurs ont pour mission d’aider les entreprises à “transitionner”, explique Ghislain Périssé, responsable de la stratégie assurance EMEA chez Schroders. C’est pour cette raison que nous analysons le business plan de toutes les entreprises afin de s’intéresser aux effets futurs des stratégies qu’elles déploient. Nous dressons donc un scénario en prenant compte les sous-jacents.» L’augmentation des températures aura inéluctablement un impact sur l’économie et de facto sur les marchés financiers.

Manuel Coeslier, gérant et membre du groupe technique d’experts sur la finance durable de la Comission européenne, Mirova
Mirova

Face à ce risque, les investisseurs doivent s’organiser. «Nous agrégeons les impacts individuels des entreprises à travers une méthodologie harmonisée, sur chacune des entreprises qui constitue notre univers d’investissement», estime Manuel Coeslier, gérant et membre du groupe technique d’experts sur la finance durable de la Comission européenne, chez Mirova. Pour répondre aux engagements de développement durable, Mirova a mis en place une méthodologie permettant de mesurer l’empreinte climatique de ses investissements, mais aussi des principaux indices de marché. Cette méthodologie adopte une vision «cycle de vie» de l’empreinte carbone, qui permet de prendre en compte les émissions liées aux produits et services des entreprises. Cette méthode permet de calculer, au niveau des projets, des entreprises, ou des portefeuilles, un indicateur final donnant le niveau d’adéquation avec un scénario climatique fixé par le gérant. CPR AM suit lui aussi un chemin «green». En témoigne son partenariat avec l’ONG CDP (ex-climate disclosure project) pour le lancement de son nouveau fonds thématique actions internationales, Climate Action, dédié à la lutte contre le réchauffement climatique. La société de gestion soutient par ailleurs l’initiative science based targets (SBT) lancée par WWF, le World Resources Institute (WRI) et CDP, et qui connaît un fort engouement depuis sa création en 2015. Le SBT guide, à travers différentes approches, les sociétés dans la fixation d’objectifs significatifs de réduction de gaz à effet de serre mais surtout cohérents avec leur secteur d’activité.

Arnaud Faller, directeur des investissements, CPR AM
CPR AM

«Le but n’est pas seulement d’assister les meilleurs élèves mais également d’accompagner une entreprise quand bien même elle n’aurait pas reçu la meilleure notation extra-financière. L’important c’est qu’elle s’engage à mieux faire», modère Arnaud Faller, directeur des investissements, CPR AM.

Les sociétés émettrices ne sont pas forcément à exclure

Jean-Yves Wilmotte, manager, Carbone 4
Carbone 4

«Il est parfois justifié de conserver une entreprise en portefeuille qui continue à émettre si elle permet d’économiser davantage de carbone chez les autres», explique Jean-Yves Wilmotte, manager chez Carbone 4. Des industriels «pollueurs» produisant des équipements qui vont permettre de «décarbonner» d’autres secteurs participent à la transition énergétique. Par ailleurs, ajoute le professionnel, «pour un gérant, ce qui est important pour la suite c’est de regarder dans le passé pour savoir si telle ou telle entreprise intégrée au portefeuille a déjà commencé à amorcer une transition, ou le cas échéant, si elle compte le faire», commente le manager. L’idée est donc de compléter l’empreinte carbone par le calcul d’émissions économisées», continue-t-il. Celles-ci promeuvent les actifs au service du développement, permettant ainsi l’optimisation de la performance climat des portefeuilles.

Le manque de mécanismes d’incitation nuit au financement des projets verts

Afin de démocratiser les sujets de transition écologique, «l’empreinte carbone» a été un moyen de communication utile et un vecteur porteur de sujets verts auprès d’acteurs qui en étaient éloignés.

Joël Prohin, directeur du pôle gestion des portefeuilles, Caisse des Dépôts
Caisse des Dépôts

«Les débats concernant ce sujet se focalisent bien souvent sur les investissements en actions. Or, dans un portefeuille d’investisseurs institutionnels, existent les taux, les actions et l’immobilier. Il faut prendre toutes les classes d’actifs en compte», précise Joël Prohin, responsable gestion actifs compte propre à la Caisse des dépôts. Après avoir attiré l’attention des acteurs et notamment celle des entreprises, se pose la question de l’incitation.

Guillaume Hintzy, directeur financements et trésorerie, SNCF Réseau
SNCF Réseau

«Quels sont les mécanismes qui permettront d’inciter les entreprises à venir sur le marché de financements verts et à effectuer une transition de projets conventionnels vers des projets respectueux de l’environnement ?» s’interroge Guillaume Hintzy, directeur financements et trésorerie chez SNCF Réseau. «Du côté des investisseurs, nous saluons une belle initiative mondiale, notamment en France, aux Pays-Bas, et aux pays nordiques où émerge un fort développement des investisseurs ou des fonds dédiés au “green”».
De leur côté, les entreprises semblent intéressées par cette nouvelle forme de dette. Pour autant, «le cadre, lui, ne suit pas», déplore le professionnel. Dans un environnement marqué par des taux bas, les entreprises qui veulent lever des fonds pour des projets verts ne sont pas incitées à développer des mécanismes de financements alternatifs pour financer leurs projets. Autre écueil, l’environnement actuel n’est pas favorable aux green bonds, dont les rendements sont moins attractifs que ceux offerts par la dette traditionnelle. «Des mécanismes d’incitation apparaissent donc nécessaires pour diriger les capitaux vers les green bonds», conclut Guillaume Hintzy.

Karien Van Gennip, CEO, ING France et ancienne ministre du Commerce extérieur aux Pays-Bas
ING France

KEYNOTE Speakers - Karien Van Gennip, CEO, ING France et ancienne ministre du Commerce extérieur aux Pays-Bas

«Le développement durable passe par la préoccupation de nos générations futures. Il n’y a pas de planète B et il relève de notre responsabilité d’agir», martèle Karien Van Gennip, CEO chez ING France et ancienne ministre du Commerce extérieur aux Pays-Bas. Alors qu’au sein d’ING les green bonds sont devenus des produits «business as usual», la banque européenne va plus loin en mettant en place des prêts bancaires durables plus connus sous le nom de «sustainable loans» pour les Anglophones. «La question du développement durable n’est pas une mince affaire : elle repose sur l’engagement et la collaboration de tous», conclut Karien Van gennip.


Les investissements infrastructures : une tendance d’avenir ?

Dans un contexte de recul de l’investissement public, les besoins de financement en infrastructure n’ont jamais été aussi grands, qu’il s’agisse du renouvellement des infrastructures existantes dans les pays de l’OCDE ou des besoins liés au développement des pays émergents. La prise en compte des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) est cruciale afin de s’assurer que les infrastructures développées aujourd’hui sont compatibles avec l’avenir souhaité pour demain. Si les gérants systématisent les analyses ESG lors des due diligences, il reste encore beaucoup à faire pour que leurs pratiques soient au service de la transition vers une économie verte.

Marie Luchet, Continental Europe Director, UN-PRI
UN-PRI

Les infrastructures ont un rôle majeur à jouer dans la lutte contre les changements climatiques ou la mise en œuvre des objectifs de développement durable. «Le Cnuced a estimé que la mise en œuvre des objectifs de développement durable nécessitait 5 000 à 7 000 milliards de dollars par an, alors que seuls 1 000 milliards seraient financés par les pouvoirs publics, rappelait ainsi Marie Luchet, Continental Europe Director de l’UN-PRI. La majorité de nos investisseurs signataires en infrastructures sont situés dans les pays européens ou de l’OCDE. Nous souhaiterions les encourager à effectuer une transition vers une économie bas carbone et qu’ils réorientent leurs investissements, actuellement plutôt réalisés en Europe, vers les pays qui en ont le plus besoin.» Une démarche compliquée d’autant que les risques ne sont généralement pas bien maîtrisés. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’UN-PRI encourage les projets de financements mixtes de partenariats publics/privés permettant notamment que les risques initiaux soient pris en charge par les institutions de développement et une analyse en amont des enjeux ESG.

Michela Bariletti, responsable analytique infrastructures Europe, S&P Global Ratings
S&P Global Ratings

«Les banques de développement auront également un rôle à jouer dans les prochaines années pour mobiliser le privé en essayant de proposer des instruments allant au-delà de la classique PRI (Principales for Responsible Investment)», ajoute pour sa part Michela Bariletti, responsable analytique infrastructures pour l’Europe S&P Global Ratings.

Des investissements très long terme

Les investissements dans l’infrastructure se font généralement sur du long terme, jusqu’à 40 à 50 ans parfois. Il est à ce titre important d’avoir une perception du développement à venir de l’économie ainsi que des risques financiers et opérationnels long terme. S’il y a encore cinq ans, les facteurs sociaux, environnementaux et de gouvernance (ESG) avaient peu d’impacts sur les notations, ce n’est plus le cas aujourd’hui. «Les facteurs ESG peuvent désormais impacter jusqu’à 15 % de cette notation, ajoute Michela Bariletti. Il est d’ailleurs important de ne pas négliger les critères sociaux qui peuvent présenter un risque financier important.» Les investissements en infrastructures, qui se font sur le long terme, viennent également en représentation de passifs longs.

Frederic Sadaca, direction des investissements, PRO BTP
PRO BTP

«Nous avons donc une responsabilité fiduciaire importante sur la cohérence entre le passif et l’actif, indiquait pour sa part Frederic Sadaca, direction des investissements Pro BTP. Investir à long terme sans regarder les critères ESG qui peuvent apporter une vision importante sur les risques serait un non-sens.»
C’est notamment le cas pour les sociétés de gestion spécialisées dans le développement durable.

Nicolas Rochon, président, Rgreen Invest
Rgreen Invest

«Ce n’est pas parce que nous faisons du solaire ou de l’éolien que nous rentrons dans les critères ESG, explique ainsi pour sa part Nicolas Rochon, président de Rgreen. Un projet éolien n’est par exemple pas forcément adapté au territoire, d’autant plus qu’il y a autant de politiques environnementales que de territoires. Une bonne charte au sein d’une société de gestion doit permettre de penser à ces questions en amont pour éviter ces erreurs au moment des investissements.» De même, il faut trouver le juste équilibre entre ESG et rentabilité des investissements.

Les sociétés de gestion ont un rôle d’influenceur

Depuis 2004, 2 900 milliards de dollars ont ainsi été investis dans l’infrastructure renouvelable. Néanmoins, pour atteindre les objectifs de 2050 en transition énergétique, il va falloir investir 44 000 milliards. «Nous avons donc à peine investi 6 %, poursuit Nicolas Rochon. Ce sont cependant les 6 % les plus importants, car ils ont nécessité des soutiens politiques forts et des investissements qui n’étaient pas rentables. Aujourd’hui, les investissements dans ce secteur se feront dans des énergies propres et compétitives économiquement.» Les investisseurs ont également un rôle d’influenceurs sur l’évolution de certains secteurs tels que le BTP. «En France, il existe une réglementation thermique qui date de 2012 et devrait évoluer en 2020, explique Frédéric Sardaca. Pour aider les entreprises du bâtiment à anticiper la réglementation et à être prêtes à y répondre, nous ne finançons que les projets répondant à un cahier des charges technique anticipant cette réglementation. Il s’agit d’un moyen poussant nos adhérents à se préparer à cette nouvelle réglementation.» L’ESG est ainsi un des stimulants de l’innovation.

Yves Cohen-Hadria, responsable du plaidoyer au sein de l’équipe du Pacte Finance Climat
Pacte Finance Climat

KEYNOTE Speakers - Yves Cohen-Hadria, responsable du plaidoyer au sein de l’équipe du Pacte Finance Climat «Nous proposons de créer un impôt européen sur les bénéfices des entreprises de 5 %»

Alors que les conséquences du réchauffement climatique deviennent, pour certaines, alarmantes, des actions sont menées, pays par pays. En France, les chantiers sont connus et portent notamment sur le transport, l’industrie, l’agriculture ou encore l’habitat. Si les objectifs en matière de lutte contre le réchauffement climatique sont ambitieux, en revanche, il convient encore, pour les atteindre, de créer des réponses adaptées, pérennes et efficaces, respectueuses de la justice sociale, mais également d’y allouer les fonds nécessaires. «A cette fin, le Pacte Finance Climat porte différentes solutions qui débouchent sur un projet de traité présenté en février dernier. Il s’articule autour de différents axes qui consistent notamment à apporter un financement massif de 2 % du PIB pérennisé par une banque européenne du climat et qui permettrait de garantir des financements massifs ; à mettre en place un budget européen climat pour financer la transition climatique dans les pays du Sud ; à financer un programme massif de recherche et d’innovation au niveau de l’Union européenne et, enfin, à co-financer les différents chantiers qui se mettent en place, explique Yves Cohen-Hadria. A cet effet, nous proposons de créer un impôt européen sur les bénéfices des entreprises de 5 %.» 


Capitaux privés et épargne en marche vers le financement durable

Selon la dernière enquête AF2I sur les allocations d’actifs, la base des investisseurs institutionnels français intéressée par les sujets ISR et ESG a plus que doublé ces trois dernières années. Les investisseurs ont ainsi compris que la dimension climat, social, gouvernance et politique est à prendre en compte sur le long terme. Le risque climatique est abordé selon une multitude d’approches, notamment en raison de la multiplicité des labels. Autant de sujets qui mériteraient d’être traités de manière plus concertée à l’échelle internationale.

René Karsenti, président, International Capital Market Association (ICMA)
International Capital Market Association (ICMA)

Le climat s’impose dans les ESG

Le marché des green bonds a connu un véritable essor ces dernières années. «La première émission a été réalisée en 2007 par la Banque européenne d’investissement. Depuis cinq à sept ans, ce marché connaît une croissance exponentielle qui, en cumulé, dépasse les 500 milliards de dollars, des émissions annuelles d’environ 160 à 170 milliards de dollars et des prévisions pour 2019 établies à 200 milliards, constate René Karsenti, président International Capital Market Association (ICMA). Certes, il s’agit de montants élevés, mais ils restent insuffisants pour répondre aux besoins évoqués.»
Parallèlement, la demande des investisseurs institutionnels en matière de critères environnementaux et ESG ne cesse de croître. Face à ce développement, notamment des obligations vertes, il a fallu mettre en place un cadre des meilleures pratiques et des règles de marché. «Nous avons ainsi défini des règles volontaires nommées les Green Bond Principles, qui régissent les principes de mise en place, de mesure et de contrôle des obligations vertes», poursuit René Karsenti. Pour autant, l’exclusion (tabac, alcool, centrales thermiques à charbon) n’est pas toujours une solution.

Jean-Pierre Grimaud, directeur général, OFI AM
OFI AM

«Il convient de déterminer les critères qui vont former l’exclusion et ne pas toujours être trop virulents en la matière, indique Jean-Pierre Grimaud, DG Groupe OFI Asset Management. Le travail du gérant consiste donc à dialoguer avec les entreprises en portefeuille pour savoir comment elles-mêmes vont évoluer face à l’urgence climatique.»
Le travail de conviction mais également de soutien auprès des entreprises est donc important.

Tanguy Claquin, head of sustainable banking, Crédit Agricole-CIB
Crédit Agricole-CIB

«L’effet domino vertueux du marché des obligations vertes se fait sentir notamment dans les banques et dans la manière dont, par exemple, elles traitent la question du climat dans leurs politiques de financement, précise Tanguy Claquin, Head of Sustainable Banking Crédit Agricole-CIB. Ainsi, une politique de tarification de la liquidité d’une banque pourra être différente selon que le projet est vert ou pas. Par ailleurs, nous voyons émerger aujourd’hui des prêts à indexation de performance : nous pouvons prêter à des entreprises en indexant la marge sur la performance environnementale.» Le marché du prêt bancaire commence ainsi à intégrer des notions d’engagements, ce qui est très innovant.

Le climat, une opportunité de performance ?

Pour orienter l’épargne privée vers des investissements plus verts, il faut faire néanmoins et impérativement un bilan de destruction ou de création de valeurs.

Laurent Jacquier Laforge, CIO Equity, La Française AM
La Française AM

«Un facteur carbone peut être générateur de performance, explique Laurent Jacquier Laforge, CIO Equity La Française AM. Traiter ces sujets n’a rien d’incompatible avec une performance financière et la préservation de l’épargne qui nous est confiée.» Aux Pays-Bas, le danger climatique est clairement matérialisé, en particulier par la montée des eaux.

Eric Tajchman, business development France, Belgium & Luxembourg, ACTIAM
ACTIAM

«C’est notamment en raison de cette urgence climatique que 95 % des fonds hollandais ont déjà intégré des ESG, souligne Eric Tajchman, Business Development France, Belgium & Luxembourg Actiam. C’est d’ailleurs également une source d’emploi très importante dans ce pays et donc un vecteur de croissance.»

Vers une standardisation des labels ?

Les investisseurs institutionnels alignent de plus en plus leur mesure de performance et leurs objectifs de développement durable. «Ces objectifs de développement durable deviennent de plus en plus une norme de mesure de performance, ajoute René Karsenti. Il est important de ne pas figer la réglementation car le marché est en pleine évolution. Il est également important de mettre en place une harmonisation des labels et des contraintes au niveau mondial.» En effet, en Europe, plusieurs labels coexistent actuellement : français, luxembourgeois, allemand... «Il serait utile de créer un label européen qui regroupe un certain nombre de critères des labels nationaux», insiste Jean-Pierre Grimaud.
La réglementation permet de savoir à quoi sert la gestion des fonds. «L’objectif de ces labels consiste notamment à connaître la performance mais aussi et surtout à l’expliquer», ajoute Eric Tajchman.

Mark Lewis, responsable recherche changement climatique, BNPP AM
BNPP AM

ÉTUDE DE CAS - Les perspectives du marché CO2 en Europe

Si les citoyens doivent relever le défi des accords de Paris, les investisseurs pour leur part doivent faire face aux impacts du changement climatique, et des nouveautés technologiques, sur les portefeuilles. «La question est d’autant plus importante pour les secteurs énergétiques car nous vivons actuellement un changement climatique majeur, explique Mark Lewis, responsable de la recherche sur le changement climatique, BNPP AM. En Allemagne, la consommation totale en électricité a chuté depuis 2008 et la production à base de sources conventionnelles (nucléaire et fossile) a pour sa part piqué en 2006. A l’inverse, la production par les sources d’énergies renouvelables a quintuplé entre 2005 et 2018. Non seulement les producteurs d’électricité ont vu la demande diminuer mais, en plus, le prix de l’énergie traditionnelle a chuté au profit du renouvelable. D’ici dix ans au plus tard, les renouvelables devraient absorber 100 % de la croissance de la demande énergétique mondiale. Les valeurs du secteur de l’énergie fossile et nucléaire devraient donc être impactées en Bourse.» Une évolution à ne pas négliger.


L’essor des green bonds en 2018

L’Europe reste encore la principale zone d’émission de green bonds, même si l’Amérique du Nord, portée par les Etats-Unis malgré leur retrait de la COP 21, tend à rattraper son retard. Les pays émergents ne sont pas en reste et totalisent 20 % des émissions. Les institutions locales et entreprises du privé ont fini par investir ce marché jusqu’à présent principalement dominé par les Etats et les banques de développement. Alors que le marché des green bonds est en plein développement, quels sont les contrôles à mettre en place a posteriori afin de garantir qu’une obligation est verte et qu’elle répond à son objectif initial ? Quelles sont les possibilités de contraintes légales de non-respect de l’objectif ? Quelles sont les réponses apportées par les ONG ?

Etienne Oberthur, responsable financement et trésorerie, Société du Grand Paris
Société du Grand Paris

Le marché des green bonds est une petite goutte d’eau dans le marché obligataire : 170 milliards de dollars et 3 % de croissance en 2018 par rapport à 2017, environ 1 600 émetteurs dans le monde dont 320 juste sur la dernière année. «Si, aujourd’hui, il ne s’agit pas du flux le plus important, il risque de le devenir demain, indique Etienne Oberthur, responsable du financement et de la trésorerie, Société du Grand Paris. Comme nous parlons en direct avec les investisseurs des caractéristiques ESG de l’entité que nous finançons, il permet en effet d’avoir une communication plus fine et détaillée qu’auparavant avec eux.» Les investisseurs et émetteurs tendent ainsi à investir le marché des green bonds. La Caisse des dépôts a par exemple fait une émission de green bonds en février 2017 qui s’est inscrite dans la politique et la stratégie du groupe en matière de contribution à la transition écologique et énergétique.

Anne Faivre, gérante d’actifs, Caisse des dépôts
Caisse des dépôts

«Nous y avons également trouvé l’opportunité d’élargir notre base d’investisseurs, explique Anne Faivre, gérante d’actifs Caisse des dépôts. Une large majorité des investisseurs étaient d’ailleurs labellisés ISR et Développement durable, ce qui pour nous était également important». La Société du Grand Paris pour sa part commence juste à rencontrer ses premiers investisseurs. «Du côté des actifs, lorsqu’on est en charge de financer un unique actif de transport dans une ville à très haute densité un tel actif est clairement éligible aux meilleures certifications du marché», ajoute à ce sujet Etienne Oberthur.

Les modalités d’évaluation des green bonds

Pour aider les investisseurs à prendre leur décision, il est important de leur donner une information la plus complète possible, au travers d’opinions, d’autant que certains facteurs ESG comme l’érosion de valeur, l’actualisation des cash-flows sont des risques potentiels qui peuvent éroder l’investissement.

Muriel Caton, directrice stratégie finance durable, Vigeo Eiris
Vigeo Eiris

«Il ne s’agit pas, au travers des opinions, de sanctionner, mais de porter une opinion sur l’émetteur, son actif, mais aussi sur son niveau d’engagement ESG et sa performance, explique Muriel Caton, directrice stratégie finance durable, Vigeo Eiris. Il convient également de veiller au respect des quatre piliers des Green Bond Principles : l’utilisation des fonds, la sélection des projets, la gestion des projets et le reporting.» Aujourd’hui, 65 % des émissions de green bonds se font ainsi avec opinions. Face à un marché des green bonds qui se développe à grande vitesse, avec différents acteurs et différents standards locaux, ces opinions accompagnent les investisseurs dans leurs choix d’investissements.

Des attentes en termes de reporting

C’est notamment le cas pour AG2R La Mondiale qui investit dans les green bonds sustainable émis par La Société du Grand Paris et la Caisse des dépôts en s’appuyant sur les évaluations fournies par Vigeo.

Maud Colin Livet, head of ESG analysis, AG2R La Mondiale
AG2R La Mondiale

«Nous avons 1,5 milliard de green, social bonds qui représentaient 1 % de notre encours sous gestion fin 2017, soit deux fois plus que fin 2016, indique Maud Colin Livet, Head of ESG analysis, AG2R La Mondiale. Il est beaucoup plus facile de mesurer l’impact de nos investissements sur des titres green bonds. Nous arrivons ainsi à bien identifier la portion de notre actif investi sur les green bonds, où vont nos financements et à quelle hauteur ils vont nous permettre de contribuer positivement par exemple à la lutte contre le réchauffement climatique. A cet effet, nous nous appuyons sur l’évaluation ESG de l’émetteur, la destination des fonds ou encore la qualité du reporting.» Etienne Oberthur ajoute à ce sujet «qu’un émetteur de green bond a des engagements à respecter notamment en termes de reporting d’allocations et d’impacts.»

ETF de green bonds

En matière de green bonds, il ne faut pas ignorer le levier de l’industrie de la gestion passive qui représente de loin le segment de l’industrie qui croît le plus vite et à l’intérieur duquel se trouvent les fonds négociés en Bourse (ETF). Depuis dix ans, ils représentent 20 % de croissance annuelle moyenne pondérée.

Francois Millet, responsable produits ETF et indiciels, Lyxor
Lyxor

«Aujourd’hui nous pouvons délivrer de l’investissement socialement responsable à travers de la gestion passive et à travers des ETF, explique François Millet, responsable produits ETF et indiciels, Lyxor. Alors que les ETF sont plébiscités, notamment par les Millenials, il serait dommage de ne pas mobiliser le segment de la gestion d’actifs en plus forte croissance». A cet effet, il faut des véhicules de distribution adaptés au marché du moment. Tout l’enjeu pour Lyxor a donc été d’encapsuler dans un indice un portefeuille de green bonds. «Nous nous sommes donc alliés à un calculateur d’indices (Solactive à Francfort) et nous avons travaillé directement avec le Climate Bond Initiative», conclut François Millet.


La finance face aux transitions globales Regards prospectifs et convictions

Emilie Bobin et Sylvain Lambert, associés du département Développement durable de PwC
PwC

En 1994, PwC lançait son activité sur le développement durable. Une vision et une conviction sur le sujet confortées par la place centrale que commence a occuper le développement durable dans notre économie actuelle. L’actualité sur la finance verte est en effet extrêmement riche, à hauteur de la prise de conscience sur les enjeux climatiques. Les besoins de financement de la transition écologique et énergétique sont d’ailleurs tellement importants que l’univers de la finance y voit aussi bien une opportunité d’innovation qu’une justification de son existence. 

Par Emilie Bobin et Sylvain Lambert, associés du département Développement durable de PwC

«La finance responsable et durable ne se limite pas à la finance verte, loin s’en faut, explique Emilie Bobin. Depuis quelques années et suite aux différentes crises financière (2008), sociétale (2018) mais aussi environnementale, force est en effet de constater une accélération de la prise en compte des questions de développement durable comme réponse possible aux soubressauts d’un modèle économique à bout de souffle.» Cette analyse de PwC est fondée sur l’évolution forte de trois «traceurs potentiels du changement» : politique avec l’accélération au plan mondial, européen et national de l’action politique traduite par la montée en puissance de réglementations couvrant de nombreux champs du développement durable (transparence extra-financière, loi Pacte, Bribery Act, loi Sapin, devoir de vigilance, Slavery Act…) ; générationnel avec l’arrivée des jeunes générations pour qui le développement durable est une évidence (manifeste des étudiants pour un réveil écologique par exemple) ; et enfin, financier…

Le traceur financier en forte évolution

Jamais le secteur de la finance n’a autant évolué qu’actuellement, sous l’impulsion d’une multitude  de motifs : réglementations, pressions diverses, réputation, efficacité, performance, innovation… Les illustrations de ces mouvements de la finance sont multiples : réglementaires, tout d’abord, avec l’article 173 en France, la TCFD, les recommandations et bientôt directives de la Commission européenne pour une finance responsable ; ensuite, les initiatives issues de la sphère privée ou sociétale, comme Finance for Tomorrow à Paris, l’étude des places financières vertes initiée par Finance for Tomorrow et PwC sous l’égide de l’UNEP FI, l’Initiative Climat 2020 de France Invest, la mobilisation d’ONG comme le WWF ou d’associations comme l’ORSE, extrêmement en pointe. «Nous pourrions en citer de nombreuses autres mais deux événements sont particulièrement significatifs : la prise de parole répétée et forte de Larry Fink, président de BlackRock (le plus gros asset manager du monde), réitérée en janvier 2019 (après janvier 2018) liant fortement performance et mission de l’entreprise et la place de plus en plus importante prise par le capital-investissement dans la finance responsable», explique Emilie Bobin. Un dynamisme autour du sujet conforté par les résultats de la 4e étude mondiale PwC «Investisseurs et RSE» publiée en février 2019 : 81 % des participants placent le sujet ESG à l’agenda des boards au moins une fois par an ; plus de 80 % intègrent le risque climat dans l’analyse des risques de leur portefeuille et 67 % ont identifié et privilégié les Objectifs de Développement Durable dans leurs investissements contre à peine 30 % en 2016.

Le rôle de la finance dans le monde de demain

«Au-delà de ces évolutions positives, la vraie question consiste néanmoins à savoir quel sera le rôle de la finance dans le monde de demain, poursuit Emilie Bobin. La finance responsable ou durable ne peut en effet se limiter à la finance verte. Certes, le financement de la transition écologique est un sujet majeur, et l’apparition d’outils comme les green bonds par exemple sont les premiers pas dans ce domaine. Cependant, l’étude récemment publiée par l’ORSE et PwC («Osons les Social Bonds !») met également en évidence le développement des social bonds.»
Face à ces évolutions, le législateur européen souhaite encadrer le secteur financier en lui demandant plus de transparence, voire en fléchant de façon plus ou moins forte ses investissements. Néanmoins, ce mouvement doit prendre en considération l’évolution conjoncturelle de ces dernières années (politique, environnementale…). «En toile de fond, il est un paramètre qu’il sera également dur de faire évoluer : la démographie, rappelle Emilie Bobin. Nous nous dirigeons en effet vers une population mondiale d’environ 10 milliards d’individus vers 2050 contre 2,5 milliards seulement au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Les conséquences dans tous les domaines sont colossales. Il n’est pas possible d’envisager une économie à 10 milliards comme à 2,5 milliards. En effet, de cette évolution démographique découle un sujet majeur, celui de la répartition de la richesse. La justice économique sera probablement un des paramètres clés qui contribuera à définir ce que peut être une finance responsable ou durable. C’est tout le pari du développement durable dont on devrait se rappeler qu’il n’a jamais été, dans sa définition première, une théorie environnementale, mais bien une théorie, ou une vision, politique, économique et sociétale.»

La finance au cœur d’une transition globale

Il ne s’agit donc plus seulement de transition écologique ou énergétique, mais bien d’une transition globale d’un modèle vers un autre dont les contours restent à ce jour encore assez flous. Si cette transition peut paraître inquiétante, elle l’est toujours moins que l’évocation de certaines de ses alternatives probables : nationalisme et repli sur soi, décroissance, ou bien encore retour d’une lutte des classes potentiellement violente compte tenu des disparités de richesses actuelles et à venir. «Aucune de ces hypothèses n’est évidemment acceptable, déclare Sylvain Lambert. Nous en revenons alors à la notion de finance durable ou responsable, où la question de la répartition des richesses devient centrale. Selon nous, si le secteur financier veut rester un acteur de premier plan, il doit assumer pleinement son rôle dans cette répartition.»

Quelle définition de la finance responsable ?

Tout l’enjeu aujourd’hui consiste donc à définir ce qu’est la finance durable et responsable. «La finance responsable pourrait être une finance qui accepte et accompagne un nécessaire changement de modèle, œuvre à un meilleur partage de la richesse, accepte d’entrer dans un débat complexe et mondial sur la fiscalité et qui vise à l’exemplarité dans ses pratiques (éthiques, mode de financement…)», ajoute Sylvain Lambert. Le sujet est d’autant plus sensible que la recherche de sens devient un enjeu majeur des jeunes générations et des entreprises. C’est d’ailleurs bien le fondement des Objectifs de Développement Durable des Nations Unies : l’entreprise de demain est celle qui saura adapter son modèle économique pour intégrer des enjeux plus larges que ceux de son propre périmètre d’affaires et qui toucheront à sa «licence to operate». «Pour la finance, c’est la même chose, conclut Sylvain Lambert. En 2008, on nous a expliqué qu’il fallait absolument sauver la finance qui sombrait, faute de quoi l’homme serait perdu… On voit bien aujourd’hui que c’est l’homme qui pourrait sauver la finance en la transformant et en faisant de l’homme l’objectif et la mesure de sa performance. Il s’agit pour la finance d’une opportunité majeure et unique de se créer une “licence to operate” durable et de s’inscrire dans une réelle logique de création valeur à long terme.»

L’ORSE, une méthode éprouvée depuis 18 ans : observer pour agir

L’ORSE (pour Observatoire de la RSE) est une association multi-parties prenantes qui accompagne depuis 18 ans les stratégies RSE des entreprises et qui est identifiée à l’international comme l’expert de référence de la RSE en France. Autour de cette vision, s’articulent trois missions : anticiper et animer les dynamiques émergentes de la RSE ; fédérer autour de la RSE toutes les fonctions ; mettre à disposition des acteurs de la RSE des clés de compréhension.
L’ORSE est constitué d’une équipe d’experts qui investigue, décrypte, analyse, éclaire les membres à travers des réunions, des conférences, des groupes de travail, la production de notes et de guides.

Pour en savoir plus, les dernières publications de l’ORSE sont disponibles sur son site internet : Osons les social bonds ; les critères ESG : intégration dans les financements, les investissements, les services aux TPE-PME ; RSE & gouvernance : panorama des acteurs de la transformation ; les hommes en entreprise : regards croisés hommes-femmes. www.orse.org et @ObsRSE


Merci à tous les participants