Événements

26 mars 2019

6e édition des Rencontres du financement de l’économie

Option Finance - 27 mai 2019

Opportunités et risques d’un financement de l’économie en mutation

«Le financement de l’économie constitue naturellement une matrice de la fonction publique», explique Vincent Eblé, président de la commission des finances du Sénat en ouverture à la 6e édition des Rencontres du financement de l’économie organisée par Option Finance le 26 mars dernier. Selon le sénateur, l’objectif du financement de l’économie est régulièrement mis en avant pour justifier certaines réformes, notamment en matière fiscale. «La fiscalité constitue en effet un outil pour favoriser le financement de l’économie, encore faut-il que les effets des réformes fiscales soient mesurés avec précision.»

«La diversification engagée des sources de financement est la promesse d’un renforcement de la capacité du système financier à accompagner l’innovation et une croissance économique durable, déclare Denis Beau, sous-gouverneur à la Banque de France. La lenteur des évolutions observées, les progrès – pour l’instant modestes – vers une union des marchés de capitaux, la complexité des enjeux de la digitalisation et de la finance verte doivent nous inciter à continuer d’agir avec détermination, patience et persévérance.»

«Nous parlons beaucoup de démocratie participative mais pourquoi ne pas parler de fiscalité participative pour les Français ?», s’interroge Eric Woerth, président de la commission des finances de l’Assemblée nationale. «Depuis le mois de novembre, nous faisons face à une crise sociale des “gilets jaunes” causée notamment par les réformes fiscales. Il s’agit aujourd’hui de redistribuer les cartes que l’on a mal distribuées», développe l’homme politique.


Politique monétaire et financement de marché à l’horizon 2020 : quelles sont les conséquences du Brexit et de l’arrêt des QE ?


A la suite de la publication de chiffres économiques européens prometteurs, la Banque centrale européenne a annoncé, en décembre dernier, l’arrêt des achats nets – les sommes correspondant au remboursement du principal des titres arrivés à maturité continuent d’être réinvesties – après avoir progressivement réduit leur taille.


«L’annonce de la fin du quantitative easing a entraîné une augmentation sensible des spreads sur la deuxième partie de 2018», analyse Patrick Soulard, directeur général d’Unicredit France. «Malgré cette augmentation, les conditions de financement sur les marchés obligataires restent favorables», poursuit le professionnel. Les taux d’intérêt continuent, en effet, d’être faibles. «Selon nous, ils le resteront jusqu’à fin 2020 et leur hausse n’impactera ni les coûts de financement ni la liquidité», commente Ana Boata, économiste senior chez Euler Hermes. L’économie internationale va connaître un triple changement : la Chine devrait devenir le premier moteur de la croissance mondiale, au détriment des Etats-Unis ; la politique monétaire devrait, elle, changer d’orientation à l’échelle mondiale en devenant expansionniste ; enfin, les échanges internationaux pourraient connaître une évolution favorable, avec une réduction de l’incertitude relative aux tractations sino-américaines, qui a coûté 0,45 point à la croissance des échanges en 2018.

Brexit : le tunnel est encore long

«Face à la complication des négociations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, les marchés financiers se sont préparés à un scénario de sortie sèche c’est-à-dire sans accord de retrait», déclare Sébastien Raspiller, sous-directeur en charge du financement des entreprises et des marchés financiers, à la direction générale du Trésor. Ce climat d’incertitude inquiète les trésoriers, qui cherchent des issues de secours. «Faute de visibilité, la mise en place de mesures de contingence est impérative en cas de no-deal», explique Benoît Rousseau, Group Treasury & Insurances Director, groupe Bel.


Nouvelle vague réglementaire pour l’industrie financière : quel impact sur les entreprises ?


Depuis l’éclatement de la grande crise financière de 2008, un tsunami réglementaire s’est abattu sur les acteurs du monde financier.


Parmi les sujets imminents qui attendent les acteurs du monde bancaire, le premier concerne les indices de référence. Depuis la création de l’euro, «les opérateurs de marché ont été habitués à manipuler le niveau des taux interbancaires Eonia et Euribor», commente Jean-Louis Schirmann, Managing Director, European Money Markets Institute. «Ces indices de référence sont voués à disparaître ou à être remplacés. Un changement non négligeable pour les entreprises, les corporates et les sociétés financières.»
Par ailleurs, afin d’éviter un choc systémique en cas de faillite bancaire, les régulateurs internationaux se sont penchés sur la question de la résolution et ont élaboré deux nouveaux ratios. Leur objectif est que les établissements défaillants disposent des ressources nécessaires pour financer leur restructuration ou leur défaut : il s’agit des TLAC (total loss absorbing capacities) et MREL (minimum requirement for own funds and eligible liabilities). «Il faut appréhender ces ratios comme des niveaux de protection, commente Arnaud Santoire, Head of Recovery and Resolution chez BPCE. Avec le TLAC et le MREL, le régulateur souhaite permettre aux établissements bancaires défaillants de retrouver une situation viable.» Cependant, le niveau d’exigence en termes de capital double, voire triple. Alors que pour Bâle I, le niveau de fonds propres devait atteindre au minimum 8 %, il faudra entre 20 % et 25 % pour le TLAC.

Une inflation réglementaire dangereuse

«Je crains que ces développements réglementaires ne présagent rien de bon pour les entreprises, en ce sens qu’ils contribuent à un renchérissement des coûts de financement et à des difficultés accrues notamment pour les petites entreprises à accéder au financement», prévient Olivier Guélaud, membre du comité de pilotage et du collège entreprises, Paris Europlace. Dans le contexte actuel d’excès de liquidités, les entreprises ne rencontrent pas de difficulté à se financer. Or, «cela ne va pas durer, continue l’expert. Si les acteurs financiers européens sont de plus en plus contraints par des réglementations tatillonnes, les entreprises feront appel aux acteurs “open for business”».


Le crowdfunding s’installe dans le financement des entreprises

Retour sur les performances du crowdfunding et les opportunités de financement pour
les entreprises.

La finance participative a pour vocation de compléter et diversifier les formes de financement disponibles. «Il s’agit plutôt de mettre en place un nouveau moyen plus direct d’investir auprès des entreprises, des associations et des particuliers», précise Eva Sedoun, CEO et co-founder de LITA.co. La finance participative s’articule autour du don, du prêt et de l’investissement dans des entreprises et s’impose de plus en plus dans le paysage du financement. «Les plateformes de crowdfunding ont collecté 402 millions d’euros en 2018, précise Stéphanie Savel, présidente de Financement Participatif France. Depuis quatre ans, 1,2 milliard d’euros ont ainsi été collectés. Parallèlement, les tendances actuelles montrent que ces collectes des fonds sont de plus en plus fléchées vers le financement des entreprises.» Ces plateformes sont notamment plébiscitées pour leur réactivité et leur agilité. Elles permettent aux entreprises de se créer une communauté généralement fidèle de financeurs et de gagner en visibilité. Enfin, elles sont un levier d’accès à d’autres formes de financement. «L’arrivée de ces plateformes a par ailleurs conduit à des évolutions réglementaires notamment par rapport à la cotation de la Banque de France sur l’activité et le crédit des entreprises, explique Sylvie Bonneau, chargée de mission TPE auprès du directeur des entreprises, Banque de France. Elles permettent aux financeurs, dont les crowdlenders, d’avoir une première vision et impression de l’entreprise à laquelle ils vont prêter.» Gage de leur intérêt, la loi Pacte devrait favoriser la démocratisation des plateformes de crowdfunding et permettre de confirmer leur modèle économique.


Cybersécurité et compliance

Alors que le nombre de vols d’identités ne cesse de croître, les typologies d’attaques en la matière, leurs impacts sur les entreprises et les actions à mettre en œuvre pour les éviter sont multiples.

Selon le CESIN, les cyber-attaques sont en premier lieu des actions de fishing, des fraudes au président, et enfin des ransomware. Les types d’attaques diffèrent généralement selon l’activité des entreprises concernées. «Chez Lagardère, nous craignons de plus l’indisponibilité des services vitaux à notre activité ou les attaques concernant notre patrimoine (comme les données personnelles de nos internautes clients)», explique Thierry Auger, responsable de la sécurité des systèmes d’information chez Lagardère. Mickaël Robart, directeur des risques financiers chez Siaci Saint-Honoré, précise pour sa part que «dans le domaine de l’assurance et en particulier du courtage, il convient notamment de veiller à la disponibilité des données sensibles de santé et de prévoyance, mais également à ne pas les compromettre».
Aujourd’hui, ces attaques touchent aussi bien les administrations que les entreprises. «Depuis quelques années, nous constatons également une recrudescence des attaques via la chaîne de sous-traitants et les infogérants, attaques qui visent, via ces entreprises, à aller chercher des informations sur leurs clients», note Patrice Bigeard, délégué sécurité et numérique Ile-de-France de l’ANSSI.
D’autre part, alors que, depuis le 25 mai dernier, les entreprises ont l’obligation de notifier les violations de données à caractère personnel, la CNIL a enregistré 1 682 incidents dont 217 concernaient des établissements financiers ou leurs représentants. «Nous avons par ailleurs une réelle évolution des demandes d’accès aux fichiers de comptes bancaires FICOBA (2 000 en 2018)», constate Gaston Gautreneau, ingénieur expert au service de l’expertise technologique de la CNIL.

Comment estimer l’impact d’une cyber-attaque ?

Une entreprise qui consacre entre 5 % et 10 % de son budget IT à la sécurité informatique se prémunit contre la majorité des risques cyber. En revanche, en cas d’attaque, cela ne suffira pas à en couvrir les impacts. Il convient à cet effet de mettre en place ce que le règlement européen et l’ANSSI prévoient en matière de méthodes de résilience. «Il faut aussi que les entreprises créent une cellule de crise, que les acteurs qui y sont associés soient identifiés et qu’ils aient fait des exercices de simulation», souligne Mickaël Robart. Différentes actions peuvent par ailleurs être menées pour prévenir le risque cyber, telles qu’une sensibilisation, par la formation, à la fraude et à l’usurpation d’identité. «Au sein du groupe Lagardère, nous sensibilisons nos personnels à ce risque par des jeux en ligne ludiques», poursuit Thierry Auger.


Crédit bancaire à impact positif


Avec le succès de la finance verte, les crédits bancaires durables (prêts à impacts positifs) sont en lice pour devenir les nouveaux standards de financement.


Selon une étude Bloomberg diffusée en 2019, moins de 6 milliards de dollars de prêts à impact positif ont été émis en 2017 contre 36 milliards de dollars en 2018. La marge de ces financements corporate classiques est indexée sur des objectifs de durabilité fixés par exemple dans un rating ou des KPI propres à l’entreprise. «Un marché sur lequel nous investissons car nous sommes convaincus que les banques ont notamment pour vocation de faciliter et de financer la transition vers un monde plus durable, et ce au-delà de la gestion de leur propre empreinte carbone», précise Christelle Oberlin, head of corporate lending, ING France. ING a ainsi signé son premier crédit à impact positif en 2017 avec EDF. Emetteur de green bonds depuis 2013, EDF a en effet fait le choix d’émettre avec ING une ligne de crédit basée sur un rating. «Elle nous permet de lier nos engagements stratégiques en matière de transition énergétique avec nos engagements financiers, d’avoir des dialogues intéressants avec la communauté des investisseurs et de créer le dialogue en interne entre des business units opérationnelles et les départements RSE et finance», témoigne Armelle Poulou, group treasurer d’EDF. Gecina explique pour sa part être passé vers des crédits responsables pour faire converger la façon dont la société gère son actif et son passif sur les enjeux RSE. «Ce crédit à impact positif est lié à des enjeux financiers comme nos autres lignes de crédit mais aussi à un critère extra-financier articulé autour de l’indice de notation GRESB, précise Nicolas Dutreuil, directeur financier et DGA de Gecina. Cette ligne nous permet d’affirmer notre engagement RSE en interne et en externe, de fédérer l’ensemble de nos équipes et d’expliquer comment une démarche vertueuse peut participer à la baisse du coût de la dette.»

Vers une démocratisation des crédits à impact positif ?

Connus et mis en œuvre dans les grandes entreprises, ces crédits à impact positif ont également leur place dans les PME et ETI. «Pour les démocratiser dans ces entreprises, il faudrait capitaliser sur la relation clients/fournisseurs et les politiques achats responsables des grandes multinationales, précise Pierre-François Thaler, Co-CEO d’Ecovadis. Dans le cadre de cette démarche, le premier goulot d’étranglement porte sur le financement. D’où la demande d’ING d’utiliser nos notations pour mettre à disposition des PME et ETI des lignes de crédit où le taux d’intérêt réduirait au fur et à mesure de l’amélioration de leurs performances RSE.»


Financement des ETI et PME

Bourses, émissions obligataires, placements privés, financements sur actifs, titrisation, CIR, crédit export… Quels financements sont actuellement accessibles aux PME et ETI ?

En France et en Europe, les entreprises se financent traditionnellement par le crédit bancaire. «Néanmoins, la part du financement bancaire aujourd’hui s’établit à 50 % contre 60 % il y a quelques années», constate Alain Gerbier, directeur des entreprises à la Banque de France. D’autre part, en France et contrairement à d’autres pays, l’endettement des entreprises est supérieur à leurs fonds propres. «La volonté des pouvoirs publics et du gouverneur de la Banque de France consiste à inverser cette équation, car les fonds propres permettent notamment de financer des projets innovants ou de l’immobilier», poursuit Alain Gerbier.
Par ailleurs, le HCSF constate une progression forte de l’endettement des entreprises en France qui aujourd’hui représente 74 % du PIB, dix points de plus qu’il y a dix ans. Une partie des entreprises s’endette ainsi pour avoir de la trésorerie disponible, car les taux sont bas, mais aussi pour réaliser des acquisitions. «En France, selon nos chiffres de l’année dernière, nous avons ainsi financé plus de 7,2 milliards d’euros d’investissements répartis entre notre activité traditionnelle de financement des infrastructures et de grands projets et le financement des TPE/PME et des ETI, précise Elodie de Recy, directrice du bureau de Paris de la BEI. Dans les PME et ETI, nous intervenons notamment pour couvrir leurs fonds propres sur tous les cycles de développement et au travers d’une activité de garantie pour que nos intermédiaires prennent du risque sur des classes d’actifs où ils n’iraient pas forcément.»

Retours d’expériences

Pour financer certaines de ses acquisitions, UGPBAN Fruidor a ainsi réalisé un LBO, ce qui a permis à la société de mettre en place un crédit syndiqué avec Natixis. «Nous sommes également passés par de la dette bilatérale pour financer nos opérations de croissance externe», précise Arianne Cessenat, directeur général adjoint, UGPBAN Fruidor.
Dans le cadre de son évolution, FM Group a pour sa part procédé au refinancement de 70 % de sa dette corporate. «Nous avons à cet effet combiné un crédit syndiqué bancaire (amortissable et in fine) avec un Euro PP de 75 millions d’euros avec des investisseurs institutionnels et des banques (dont Amundi), ce qui nous a permis de multiplier par deux la maturité moyenne de la dette corporate», précise Pierre Ménager, CFO de FM Groupe. Le financement des PME et des ETI qui ont finalement peu accès au marché public est ainsi un enjeu important. Il doit se faire de manière distincte car ces entreprises, en fonction de leur taille et de leur activité, ont des niveaux de maturité et de risque ainsi qu’une diversification du portefeuille différents. «Nos instruments pour accompagner les PME s’articulent autour des fonds propres : solutions de capital innovation, de capital investissement ou de capital développement, précise Thierry Vallière, global health of private debt group, Amundi. Pour les ETI, nous venons en complément des banques et leur proposons de la diversification en termes de profils d’amortissement.»


Fintechs et financement des entreprises


Alors que les fintechs gagnent en notoriété, retour sur les services proposés par celles qui incarnent la nouvelle vague de financement des entreprises et leurs principales évolutions.


En France, près 500 fintechs coexistent, majoritairement dirigées vers des clientèles de particuliers. «Aujourd’hui, les fintechs passent dans une phase d’horizontalisation, s’internationalisent et évoluent vers des prestations orientées autour de la gestion privée, des entreprises, de la technologie pure (intelligence artificielle et blockchain), de l’agrégation (stimulée par DSP 2), etc.» constate Alain Clot, président-fondateur, France Fintech.

La plateformisation

Si la création de l’univers fintech peut intéresser une banque, une fintech prometteuse peut également agréger plusieurs services au sein d’une seule plateforme susceptible de rendre différents services à une entreprise. «Une plateforme est un socle technologique permettant de relier deux côtés différents : par exemple une plateforme de crowdfunding relie les particuliers ou des entreprises qui veulent se financer avec des investisseurs ou des prêteurs, explique Chirine Ben Zaied, directrice innovation, entrepreneurship, venture chez Finastra. L’intérêt d’être sur un modèle plateforme, pour une fintech ou une banque, sera l’effet de réseau que cela entraîne, l’accès à la donnée, l’analyse de donnée, l’automatisation de process, etc.» BPI pratique ainsi la plateformisation en son sein pour développer son activité de banque. «Pour répondre à des enjeux de time to market, de coût et d’adoption, nous avons monté un programme d’open innovation assez important avec des fintechs», précise Matthieu Helsouin, Chief Digital Officer, BPI France.
Les fintechs (crowdfunding, financement ICO, etc.) constituent par ailleurs des canaux de financements alternatifs pour les entreprises, même s’ils restent modestes en Europe continentale. «Les plateformes apportent une réponse intéressante en termes de financement, constate Domitille Dessertine, head of fintech, innovation and competitiveness, AMF. Pour autant, cela soulève également des interrogations, notamment réglementaires, et nous interroge en qualité de régulateur».



Prix des 6es Rencontres du financement de l’économie : Lumibird, ALD Automotive et Fountaine Pajot récompensés


Merci à tous les participants