Événements

16 mai 2019

5e édition des Rencontres gestion d’actifs et innovation

Funds Magazine - Juillet/Août 2019 - Katerina Stergiou

«Dans l’exercice de nos métiers d’investisseurs et de gestionnaires d’actifs, nous avons plus que jamais l’obligation d’évoluer mais surtout d’innover au service de nos clients», a déclaré Olivier Mareuse, directeur des fonds d’épargne et des gestions d’actifs à la Caisse des Dépôts en introduction de la cinquième édition des Rencontres gestion d’actifs et innovation.

Olivier Mareuse, directeur des fonds d’épargne et des gestions d’actifs, Caisse des Dépôts
Caisse des Dépôts

Avant d’être une alliée, l’innovation – parfois considérée comme facteur de risque – n’a pas toujours eu bonne presse. Le développement massif des produits à fort effet de levier au début du xxie siècle a été le principal déclencheur de la crise de 2008. Pourtant, l’innovation, en finance comme dans tous les autres secteurs, constitue un vecteur majeur de la croissance. Dans la gestion d’actifs, elle permet de répondre toujours mieux aux besoins croissants des clients. «A la Caisse des Dépôts, nous avons principalement une gestion directe, mais nous avons également mis en place une gestion déléguée spécifique sur des thèmes innovants comme l’intelligence artificielle (IA) ou encore sur des matières de type ESG», détaille Olivier Mareuse. Attention ! «L’innovation ne doit pas nous détourner des fondamentaux de notre métier c’est-à-dire de l’analyse fondamentale des sous-jacents dans lesquels nous investissons et dans l’exercice d’une responsabilité essentielle qui est celle de l’allocation du capital. Au contraire, elle doit nous permettre de mieux exercer cette double responsabilité en utilisant davantage de données. C’est pourquoi l’IA et la data constituent des sources d’enrichissement de notre métier avec en prime des coûts réduits.»

Gestion de conviction et gestion passive : deux mondes, deux approches vraiment différentes aujourd’hui ?

Depuis plusieurs années, deux camps s’affrontent dans la gestion d’actifs : la gestion de conviction et la gestion passive. Laquelle privilégier ? «L’année 2018 a été une année relativement mauvaise pour la gestion active tant en termes de performance que de collecte. Cela s’explique par le fait que les small caps et les valeurs cycliques ont largement sous-performé les indices, déclare Alain Guelennoc, directeur général de Federal Finance Gestion. Par ailleurs, aujourd’hui, les investisseurs institutionnels – et notamment sur la partie actions – cherchent à avoir une exposition aux indices et une gestion totalement transparente et facilement explicable», continue le professionnel.
Si l’année passée a été mauvaise pour la gestion de conviction, il en a été de même pour la gestion passive, relativise Muriel Faure, présidente de la mission innovation au sein de l’AFG. Les encours sous gestion sur le marché européen qui avaient atteint 762 milliards de dollars en 2017, un plus haut historique, ont baissé de 4,7 % pour atteindre 726 milliards au 31 décembre 2018. En tout, les exchange traded funds (ETF) ont collecté 53,5 milliards de dollars contre près de 100 milliards l’année précédente.
«Si l’industrie a connu une année 2018 difficile, c’est aussi en partie à cause de la mise en œuvre de MIF 2 qui a pesé sur les marges des sociétés de gestion. Cette réglementation impacte la recherche et par conséquence affecte plus particulièrement la gestion active. Dans ce cadre, les sociétés de gestion ont, dans leur grande majorité, décidé d’augmenter l’internalisation de la recherche ou alors de réduire le nombre de leurs prestataires. MIF 2 a, par ailleurs, imposé aux sociétés une complète transparence des frais facturés aux clients», détaille Muriel Faure.

Les frais sont-ils vraiment un critère discriminant ?

La question des frais entre les deux types de gestion est majeure. Alors que les frais de gestion dans les ETF peuvent descendre jusqu’à 0,05 %, ils peuvent atteindre, voire dépasser, les 2 % dans la gestion active. «La question des coûts est toujours importante. Dans l’environnement de taux actuel, elle l’est encore plus car les rendements sont faibles», déclare Arnaud Schangel, directeur financier au FGDR (Fonds de garantie de dépôts et de résolution). Malgré cela, «les investisseurs sont parfois prêts à payer des frais plus élevés pour des fonds actifs si les coûts sont justifiés», explique le professionnel.
«Dans un contexte concurrentiel, si je dois donner un conseil aux sociétés de gestion c’est d’aligner tous les frais de gestion sur les frais pratiqués pour les investisseurs institutionnels», ajoute Laurent Deborde, directeur du pôle innovation et développement à la Caisse des Dépôts.

Le smart beta : passerelle entre gestion active et gestion passive

Forme sophistiquée de la gestion passive, le «smart beta» ou encore «advanced beta», qui s’appuie entre autres sur les travaux d’Eugène Fama, a été plébiscité par les investisseurs et par les gérants qui construisent un portefeuille à partir des risques. Visant à mieux gérer les risques du marché et à les diversifier, le «smart beta» constitue la passerelle entre la gestion active et la gestion passive, preuve que ces deux gestions ne sont pas totalement opposées mais peuvent même devenir complémentaires. Dans cette stratégie, les gestionnaires d’actifs rendent les indices plus performants et moins risqués et font en quelques sortes une stratégie «sur mesure». «Le smart beta est vague et large comme définition», intervient Isabelle Bourcier, global head of quantitative & index MAQS chez BNP Paribas AM. «Chez nous, nous avons d’un côté l’investissement factoriel fondé sur une approche académique et de l’autre les ETF smart beta qui répliquent des indices de stratégie reposant sur des thématiques spécifiques telles que les dividendes, ou qui ont été développés par des partenaires externes de BNP Paribas». La filiale de gestion d’actifs de BNP Paribas a lancé nouvelle stratégie smart beta obligataire, investissant dans des obligations d’entreprises de qualité notées «investment grade» émises en euro. Cette approche quantitative dite «multifacteur», permet aux investisseurs de diversifier leurs investissements obligataires.

Laurent Denize, global co-CIO, Oddo BHF AM SAS et Agathe Schittly, global head products, marketing & strategy, Oddo BHF AM SAS

Etude de cas - L’intelligence artificielle, une nouvelle façon d’investir

Oddo BHF Asset Management a lancé en décembre 2018 «OddoBHF Artificial Intelligence», le premier fonds thématique investissant dans l’intelligence artificielle (IA) qui utilise lui-même cet outil de nouvelle technologie dans son processus d’investissement. «L’objectif du fonds est de sélectionner, par des algorithmes, les 60 sociétés les plus positivement impactées par le thème de l’IA et qui présentent les caractéristiques les plus intéressantes sur le plan financier et du point de vue du risque», explique Agathe Schittly, global head products, marketing & strategy, Oddo BHF AM SAS. Même si le dispositif est basé sur de l’IA, rien ne prouve cependant que les sociétés identifiées sont robustes ou réellement créatrices de valeur. «Ce portefeuille est donc soumis à une revue qualitative conduite par les gérants du fonds, démarche qui a par exemple permis de sortir Boeing, certes identifié comme l’un des acteurs de l’IA, mais victime d’un événement exogène qui a mis en péril la performance de la société», détaille Laurent Denize, global co-CIO, Oddo BHF AM SAS.


Le plan d’actions des sociétés de gestion et des investisseurs institutionnels pour une offre de gestion «responsable»

L’investissement socialement responsable (ISR) bouscule le monde de la gestion d’actifs. Aujourd’hui, ce marché n’est plus une niche mais concerne désormais tous les acteurs : des agences de rating aux fournisseurs de données en passant par les gestionnaires d’actifs… et bien sûr les investisseurs. En 2018, le thème de l’ESG en France a ainsi connu un fort engouement. La Banque Postale AM entend passer son portefeuille en 100 % ISR à l’horizon 2020. AXA IM, Amundi, BNP Paribas AM et Edmond de Rothschild AM vont également suivre le mouvement. «L’engagement des sociétés est fondamental, insiste Eric Tajchman, international business development chez Actiam. A terme, toutes les sociétés se plient aux critères ESG. L’exemple de Royal Dutch Shell est le plus parlant. Pendant des années, la compagnie pétrolière anglo-néerlandaise n’incluait pas dans sa stratégie des objectifs climatiques. Cette année, pour la première fois, son directeur général, Ben Van Beurden, a pris le parti de les intégrer.» La médiatisation planétaire – notamment à travers les Accords de Paris – a joué un rôle important dans la prise de conscience climatique.Par ailleurs, les investisseurs bousculent l’économie traditionnelle et n’investissent plus pour une croissance vouée à disparaître. C’est pourquoi, pour Mark Lewis, global head of sustainability research BNP Paribas AM, «les critères ESG ne sont plus extra-financiers. Au contraire, ils sont au cœur des investissements, le pilier “E” étant devenu majeur». La société de gestion est signataire des principes pour l’investissement responsable (PRI) des Nations unies et applique des politiques d’exclusion liées à des secteurs controversés, tels que les centrales électriques au charbon. «Nous nous sommes également engagés à regarder les autres secteurs qui sont exposés aux émissions de carbone : secteurs du pétrole, de l’acier, du ciment. Pour le moment nous ne pratiquons pas d’exclusions mais nous allons réellement nous pencher sur ces sujets d’ici 2025», promet Mark Lewis. De son côté, en résonance avec les 17 Objectifs de développement durable de l’ONU, EDF s’est fixé des Objectifs de responsabilité d’entreprise. Afin de réussir son plan stratégique CAP 2030, ces objectifs fixent une feuille de route des métiers et des filiales du groupe en ligne avec le climat et le carbone, le développement humain des salariés du groupe, les offres en direction des clients, notamment des clients vulnérables, l’efficacité énergétique, le dialogue et la concertation, la préservation de la biodiversité, etc. «Introduire des éléments ESG dans la société de gestion constitue une innovation. On aurait pu prendre les 17 objectifs fixés par l’ONU mais cela n’était pas facile à mettre en œuvre. Le choix a donc été d’en retenir quelques-uns selon deux critères : l’urgence et l’irréversibilité que constituent le climat, l’eau et la biodiversité», assure Bernard Descreux, directeur de la division gestion d’actifs chez EDF. Toutefois, «intégrer les critères extra-financiers est une bonne chose mais il ne faut pas oublier le rendement, tempère le professionnel. Ce n’est pas parce que nous faisons de la gestion responsable que nous devons revenir à l’âge de pierre en termes de techniques financières. La gestion responsable nécessite ainsi une mobilisation générale du système».

 

Laisser «libre cours» à l’innovation

«L’innovation est très présente sur le secteur de la finance durable. La réalité d’aujourd’hui n’est pas celle d’il y a cinq ans ; et il y a fort à parier que dans cinq ans, la réalité ne sera pas celle d’aujourd’hui», déclare Philippe Sourlas, secrétaire général adjoint en charge de la direction de la gestion d’actifs à l’AMF. Ce contexte mouvant est délicat pour un régulateur qui ne veut pas se montrer «trop contraignant». «Pour donner de la guidance, nous essayons de donner une orientation sans créer de contraintes qui brideraient l’innovation.»


Les classes d’actifs dites «alternatives» auront-elles la cote en 2019 ?

Les classes d’actifs alternatives telles que le private equity, le private debt, l’immobilier, ou encore l’infrastructure suscitent chaque année un peu plus l’intérêt des investisseurs. Cette tendance s’est amplifiée l’an dernier avec la baisse des marchés financiers. «Les investisseurs cherchent de plus en plus à se détacher des risques liés aux fluctuations de marché pour se tourner vers d’autres classes d’actifs, développe Roger Caniard, directeur financier à la MACSF. Les actifs alternatifs permettent ainsi de dégager du rendement.» A côté de ses investissements traditionnels dans l’immobilier de bureaux parisien, la Mutuelle d’Assurance du Corps de Santé Français a également développé un pôle de résidences étudiantes pour les étudiants en médecine dans sept villes françaises (Lille, Lyon, Marseille, Paris, Rouen, Strasbourg, Toulouse).
«Les classes d’actifs alternatives représentent entre 10 et 12 % de notre portefeuille soit 3 % en private equity, 2 % en actifs d’infrastructure, 4 % en dette privée et 2 à 3 % en immobilier de niche», détaille Philippe Rey, directeur des investissements au sein de l’UMR. Face à la demande croissante des investisseurs pour ces classes d’actifs alternatives, l’Union Mutualiste Retraite a lancé en 2012 le fonds viager Coremimmo. Grâce à ce fonds, l’UMR acquiert des biens immobiliers sur le modèle du viager avec réserve du droit d’usage et d’habitation au profit du retraité vendeur. «L’idée est de permettre aux personnes âgées de liquéfier leur patrimoine. Nous achetons 100 % du bien en retirant le droit de l’usage et de l’habitation», ajoute le professionnel. Ce fonds suscite l’intérêt des investisseurs. Pour preuve, «en plus de six ans, nous avons déjà acheté 120 biens pour un montant total de 45 millions d’euros», précise Philippe Rey.
Autre actif alternatif qui a le vent en poupe : le camping. «De plus en plus de fonds acquièrent des campings afin de les rénover pour les monter en gamme et ainsi augmenter leurs prix dans l’objectif d’obtenir des rendements élevés.»

Le marché de la dette privée sur actifs réels a la cote

Pour sa part, Ostrum AM accélère son activité dans la dette privée. «Réservé aux banques pendant longtemps, le marché de la dette privée sur actifs réels s’ouvre aux investisseurs institutionnels et rencontre un fort engouement», explique Denis Prouteau, directeur de la dette privée sur actifs réels chez Ostrum AM. Faiblement corrélée aux actifs traditionnels, la dette privée sur actifs réels répond tout d’abord aux besoins de diversification des investisseurs et offre un accès à des cash-flows qui séduisent les compagnies d’assurance dans le cadre de Solvabilité 2. Par ailleurs, elle permet d’investir sur des actifs longs et donc cela garantit un meilleur adossement du passif pour des compagnies d’assurance. Enfin, elle intègre des critères ESG dans la sélection des actifs, preuve de transparence.
Pour répondre aux attentes de ses clients qui recherchent des solutions d’investissement alternatives, la société de gestion et la banque de grande clientèle de Natixis se sont associées dans le but de proposer une offre sur mesure en co-investissement dans trois secteurs stratégiques pour le groupe : l’immobilier, l’infrastructure et l’aviation. A horizon 2020, la société vise 6 milliards d’euros d’encours sur cette classe d’actifs en la développant notamment aux Etats-Unis et en Asie à partir de cette année. «Nous essayons, en effet, de diversifier nos offres en les régionalisant. Nous avons d’ores et déjà ouvert une filiale à Hong Kong», détaille Denis Prouteau. Selon la société de gestion, la zone Asie Pacifique est devenue le marché le plus important sur le secteur de l’infrastructure, tant en termes d’opportunités d’investissement que de demande des investisseurs.

Étude de cas : Diversification dans le cadre de la gestion assurantielle : portefeuille d’adossement sur les marchés obligataires globaux

Dans un environnement marqué par des taux bas, les investisseurs institutionnels du secteur de l’assurance cherchent à diversifier leurs portefeuilles pour dégager du rendement. Ils sont ainsi contraints de délaisser en partie le marché obligataire, à trop faible rendement, au profit d’autres types d’actifs, comme les actifs réels. «Nous cherchons à “capturer” des primes d’illiquidité dans les différentes poches de notre allocation d’actifs», confirme Charles Moussier, head of EMEA insurance investment solutions chez Invesco. L’autre moyen d’obtenir un surplus de rendement est d’investir dans des régions autres que la zone euro, où la disponibilité de papiers est toutefois élevée. «A la Mutuelle Générale nous envisageons toutes ces opportunités car vu le contexte du marché, elles ne sont pas négligeables, même pour une mutuelle de petite taille, ajoute Matthieu Esposito, directeur investissements et trésorerie de la Mutuelle Générale. D’autant que, d’un point de vue réglementaire, Solvabilité 2 permet une telle diversification tant en matière d’actifs qu’en termes géographiques.»