Événements

Novembre 2019

Retour sur les Rencontres ISR et Performance - 5ème édition

20 janvier 2020 - Katerina Stergiou

«80 % du mix énergétique provient de l’énergie fossile», rappelle Jean-Yves Wilmotte, manager chez Carbone 4 et membre de la Commission finance durable à l’AMF en ouverture de la 5e édition des Rencontres ISR et Performance organisée par Option Finance le 3 décembre dernier. La transition vers des énergies décarbonées paraît donc plus que nécessaire pour espérer atteindre les objectifs de l’Accord de Paris à l’horizon 2050. «Face à l’urgence, le secteur financier, facilitateur de transition, joue un rôle essentiel», ajoute le professionnel. Au-delà de la contribution du monde économique, la prise de conscience, notamment du côté des jeunes générations, apporte une bouffée d’oxygène dans un monde de plus en plus pollué.

Afin de gagner en crédibilité, les acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS) sont incités à évaluer l’impact social et environnemental de leur activité. C’est pourquoi, le fonds d’investissement Inco qui soutient, depuis 2012, une myriade de jeunes pousses a mis en place avec la Caisse des Dépôts et BNP Paribas un outil d’impact investing intitulé Mesis. «Pour parler le langage de la preuve auprès des épargnants et de nos investisseurs, l’idée est de rassembler 600 critères – pour moitié financiers et pour moitié extra-financiers – basés sur les ODD de l’ONU afin de mesurer les externalités positives mais aussi négatives des entreprises», explique Nicolas Hazard, fondateur d’Inco, auteur d’«Appel à la guérilla mondiale», Débats publics, mars 2019.

Structuration de la finance durable en Europe : quelles réponses apporter aux nouvelles ambitions des investisseurs responsables ?

Face à la situation climatique qui se dégrade de jour en jour, la Commission européenne a tiré la sonnette d’alarme. Tous les secteurs, au premier rang desquels figure la finance, ont ainsi leur rôle à jouer pour éviter que la situation n’empire.

Conscients de l’urgence climatique, les acteurs de la finance se préoccupent davantage de la finance durable. «Il y a de grosses attentes à l’échelle mondiale sur le rôle que peut jouer la finance en accélération de la transition», rappelle Pierre Ducret, président de I4CE et membre du board de Finance for Tomorrow.

«La finance ne peut évidemment pas tout régler, mais elle doit néanmoins jouer tout son rôle notamment en matière de transition juste, condition de réussite de la transition bas carbone». Sophie Rahm, responsable ESG chez Aviva Investors France déplore cependant un manque de transparence et de développement d’indicateurs qui freinent les investisseurs dans leur transition. «Même si nous avons considérablement avancé la réflexion en matière de changement climatique, nous ne sommes pas encore prêts pour une transition juste.» 

Une chose est sûre, une bonne transition énergétique passe incontestablement par une bonne formation. C’est en tout cas ce qu’estime Martine Léonard, responsable gestion ISR – gestion d’actifs au Crédit Mutuel Asset Management. «Les réseaux bancaires et assurantiels laissent souvent le client sur le côté sans lui proposer de manière limpide les produits existants. Une transition en matière de connaissance reste encore à faire», ajoute la professionnelle.


Le rôle majeur de l’AMF dans la détection du greenwasching

En optant pour des investissements responsables, il ne s’agit pas pour les investisseurs de simplement se donner une «bonne image». Il faut également qu’ils s’y tiennent. Dans ce cadre, l’Autorité des marchés financiers (AMF) joue un rôle majeur en matière de transparence afin de détecter des pratiques de greenwashing. L’objectif du régulateur est de faire évoluer les pratiques, accroître la transparence et faciliter la prise en compte des enjeux de durabilité et la mobilisation des capitaux au profit des activités plus durables. «Depuis 2018, l’AMF mène, dans le cadre de ses contrôles courts et thématiques, des contrôles physiques dans les sociétés de gestion», explique Philippe Sourlas, secrétaire général adjoint en charge de la gestion d’actifs au sein de l’AMF. «Son objectif : s’assurer que l’information délivrée aux investisseurs en matière d’ISR est claire, exacte et non trompeuse, et conforme au processus d’investissement et de gestion mis en œuvre», continue-t-il. «Ces contrôles menés par le gendarme de la Bourse m’enchantent car se baser uniquement sur des indicateurs quantitatifs pour évaluer la matérialité d’une intégration ESG n’est qu’illusoire. On ne peut pas s’exonérer d’une couche qualitative», affirme Olivier Bonnet, head of asset managers selection à l’Erafp.
Afin de développer la gestion ISR, Lombard Odier propose des solutions sur mesure. «Fonds de pension comme clients privés souhaitent retrouver certaines de leurs valeurs dans leurs investissements», explique Robert de Guigné, directeur des solutions ESG, Lombard Odier Asset Management. La banque suisse s’aligne ainsi, ces dernières années, sur la demande de ses clients. Elle prend en compte le côté éthique lorsqu’elle s’adresse à ses clients privés et le couple risque/opportunité lorsqu’elle s’adresse aux fonds de pension. «Grâce à nos solutions, la gestion ISR prend de plus en plus d’ampleur chez nos clients», poursuit Robert de Guigné.


L’impact, nouveau graal de l’ISR : de sa mesure à la stratégie de création de valeur

Nouvelle preuve de son engagement en matière de développement durable, BNP Paribas Asset Management a lancé en 2019 sa stratégie globale «sustainability». Cette dernière détaille l’approche en matière d’investissement durable de la société de gestion, fixe des objectifs et des engagements clairs, regroupés autour de trois thèmes clés en matière de «sustainability» : la transition énergétique, la protection de l’environnement et l’égalité et la croissance inclusive. «L’investissement à impact n’a pas “le monopole de l’impact”. Nous-mêmes, en tant qu’investisseurs, pouvons en créer et tout l’enjeu de cette stratégie globale est de le démontrer», explique Marie-Geneviève Loys Carreiras, responsable de l’investissement solidaire, BNP Paribas Asset Management.

L’impact investing a le vent en poupe dans le monde de la finance. Sociétés de gestion, fonds de pension ou encore banques s’engagent non seulement à prouver que leur activité ne nuit pas à la planète mais bien au contraire, qu’elle lui apporte des effets positifs. «Dans l’investissement à impact, on ne se contente pas d’analyser la stratégie d’une société à un instant T, on regarde surtout comment elle s’engage sur une longue période tout en vérifiant année après année que ses engagements sont respectés. L’approche est donc basée sur une analyse dynamique et non plus statique», commente Pierre Valentin, président du directoire, Ecofi Investissements. «Chez nous, la notion de l’impact est importante car il y a une évolution naturelle de l’ISR mais surtout de l’ISR de conviction», explique Sonia Fasolo, gérante ISR au sein de La Financière de l’Echiquier. La société de gestion qui opte pour un impact «ex ante» a développé son propre outil de mesure de contribution aux objectifs de développement durable (ODD) : Echiquier Positive Impact Europe, Sicav détentrice du label ISR d’Etat. «Nous tenions au sein de La Financière de l’Echiquier à avoir une analyse à 360° de l’écosystème d’une entreprise», poursuit la professionnelle. Du côté de Robeco, la stratégie RobecoSAM Global Gender Equality Impact Equities investit mondialement dans des entreprises leaders en matière de promotion de la diversité et de l’égalité des sexes. L’objectif est de favoriser le changement au sein des entreprises, et de créer ainsi un impact sociétal positif. «Cela nous a pris du temps avant d’arriver à des mesures d’impact car il ne suffit pas de décréter qu’un fonds sera à impact pour qu’il en génère», explique Nicolas Beneton, spécialiste investissement durable chez Robeco. La stratégie du fonds repose sur l’évaluation d’un large spectre d’éléments à tous les niveaux de l’organisation : la proportion relative de femmes dans l’effectif, l’égalité d’accès aux possibilités d’avancement professionnel, la capacité à retenir les talents, etc

Des organismes influenceurs

Des organismes tels que l’Agirc-Arcco peuvent avoir une réelle influence sur la gestion responsable. Cette démarche, adoptée depuis de nombreuses années par l’Agirc-Arrco, s’est traduite par l’adoption d’une charte ISR et par l’adhésion aux principes pour l’investissement responsable (PRI) placés sous l’égide de l’ONU ainsi qu’au Forum pour l’investissement responsable. «Le texte qui instaure le régime Agirc-Arcco comporte un préambule qui définit tous les principes fondamentaux de la retraite complémentaire parmi lesquels celui des réserves responsables», détaille Philippe Goubeault, directeur financier de l’Agirc Arrco.


Les enjeux du secteur pour transformer l’ISR en véritable standard de marché



Initialement contesté, l’ISR est finalement entré dans le droit positif avec la loi sur la transition énergétique et l’article 173.

«30 trillions d’actifs à travers le monde intègrent un critère d’investissement responsable, 47 banques centrales ont mis la question du climat à l’ordre du jour. C’est bien une preuve que l’investissement responsable occupe désormais une place centrale pour l’intégralité des acteurs des marchés financiers», explique Frédéric Samama, deputy global head of institutional & sovereign clients chez Amundi. «A nous maintenant, en tant qu’industriels, d’inventer les instruments financiers qui vont permettre d’avoir une planète résiliente», poursuit-il. «L’intégration ESG est en effet un sujet réel mais comment faire de cette intégration un sujet grand public ?», s’interroge Pauline Becquey, responsable développement durable à la FFA. «Le vrai facteur clé du succès repose sur la formation des conseillers et des réseaux de distribution (priorité pour les assureurs). Aujourd’hui, seules 52 % des entreprises ont entrepris cette formation des réseaux à fin 2018 et avec l’intégration des préférences ESG dans le devoir de conseil ce taux va encore augmenter», détaille la professionnelle. Afin d’embarquer de plus en plus de clients dans le mouvement du développement durable, Aviva a lancé une offre assurance-vie 100 % ISR et ESG : Aviva vie Solutions Durables. Les clients particuliers d’Aviva ont désormais accès depuis avril 2019 à une sélection large de fonds intégrant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. «Lors de sondages, on s’apercevait que 90 % de nos clients considéraient qu’il fallait intégrer des problématiques environnementales, éthiques sociales, etc. dans nos offres. Il fallait donc agir et nous devenons, grâce à ce nouveau produit, la première compagnie d’assurance en France à proposer cette offre complète», se félicite Philippe Taffin, chief investment officer chez Aviva France.

Epargner «green»

«L’épargnant est aujourd’hui prêt à investir dans des produits responsables, constate Isabelle Guenard-Malaussene, présidente du comité du label Finansol. Il revient au conseiller d’investissement ou financier de lui expliquer ce qu’il va concrètement financer afin de le guider et in fine de le rassurer», poursuit Isabelle Guénard-Malaussène. Autre constat phare : «Les Français veulent épargner comme ils consomment, c’est-à-dire de façon responsable», commente Alexis Masse, président du Forum pour l’investissement responsable. «Paradoxalement, la demande de produits responsables ne rencontre jamais l’offre», ajoute-t-il. Pour inciter l’épargnant à investir «green», la transparence, les labels et la loi Pacte jouent un rôle clé. D’un côté, la transparence a été favorisée par l’article 173, la création des labels a, elle, permis de lutter contre le greenwashing et enfin, la loi Pacte a accéléré le processus en matière d’investissement solidaire. Elle oblige les assureurs, dès le 1er janvier 2020, à proposer parmi les unités de comptes d’un contrat multisupport au moins un fonds labellisé ISR, vert ou solidaire et, au 1er janvier 2022, les assureurs seront obligés de proposer les trois sortes de fonds.


Coté et non-coté : recherche d’une définition commune de l’impact

Si dirigeants et gérants ont pris conscience des enjeux sociaux et environnementaux de leur activité ainsi que de l’impact positif qu’ils peuvent générer dans la société, une terminologie coté/non-coté s’impose.

«ISR,  impact investing, ESG… selon un sondage mené en 2019 par la SFAF, les acteurs de la Place sont confus face à la pluralité de termes. Il était donc nécessaire de créer un guide de bonnes pratiques», commente Magali Menzin-Duval, membre de la SFAF. C’est ainsi que la Commission analyse extra-financière de la SFAF a mis en place un groupe de travail impact investing. Ce dernier a pour ambition de participer à l’élaboration de normes communes (établir des définitions, proposer une grille de lecture simple et un reporting modèle prouvant l’impact), d’organiser des conférences et un événement majeur avec les acteurs de l’impact investing, de produire un livre blanc et de proposer un certificat de formation à l’impact investing en collaboration avec les grandes écoles françaises. «Il y a un véritable enjeu de définition quand on parle du monde coté et du monde non coté, rappelle Mathieu Cornieti, CEO, Impact Partners. Le non-coté s’intéresse à la notion d’impact depuis une dizaine d’années et d’après notre expérience l’impact investing répond finalement à trois enjeux : intentionnalité, additionnalité et mesure poursuit-il. Une vision partagée par Cédric Nicard, directeur du développement durable, Horizon AM. «Je me retrouve dans la définition de l’intentionnalité et de l’additionnalité mais j’ajouterais également la notion d’enjeu local à la définition. La désertification est par exemple un point essentiel pour générer de l’impact positif dans le bâtiment», argumente Cédric Nicard. «Même si la notion d’impact gagne de plus en plus de terrain sans trouver de définition universelle, il ne faut pas s’en inquiéter dans la mesure où l’ISR a connu la même problématique à une époque», explique Patrick Savadoux, membre du CSG, FRR. «Il y a en tout cas un fort intérêt de la Place de la part des sociétés de gestion et in fine des investisseurs.»

Le coté à l’œuvre

«Chez Amundi, l’impact social et solidaire est le summum de l’impact», commente Olivier Paquier, real & alternative assets, head of institutional sales, Amundi. Pour la société de gestion, l’investissement à impact s’articule autour de thématiques d’investissement qui se réfèrent aux 17 objectifs de développement durables (ODD ou SDG, sustainable development goals) édictés par les Nations unies. A travers ces objectifs, il s’agit de répondre aux besoins élémentaires des êtres humains. L’investissement à impact social et solidaire allie la recherche d’une performance financière et d’une performance sociale et/ou environnementale mesurable. Amundi a choisi cinq grandes thématiques d’investissement social et solidaire qui intègrent une grande majorité des ODD : l’accès à un logement digne, l’accès à un travail reconnu, l’accès aux soins, à l’éducation et à la formation, la protection de l’environnement, la solidarité internationale, notamment avec le microcrédit.


Merci à nos intervenants et partenaires