Lettres professionnelles

Décembre 2018

Export : les entreprises françaises courageuses, mais pas téméraires !

Décembre 2018 - Stéphane Colliac et Ludovic Subran

Grâce à l’appui de ses 23 délégations régionales, réparties sur l’ensemble du territoire français, Euler Hermes a interrogé plus de 800 exportateurs français sur leurs intentions de développement et leur fonctionnement à l’international. En résulte la sixième édition de ce baromètre qui, au regard du contexte macroéconomique international, apporte une analyse exclusive des velléités, stratégies et craintes des entreprises françaises face à l’export.

Stéphane Colliac, économiste en charge de la France, Euler Hermes et Ludovic Subran, chef économiste, Euler Hermes

Malgré la rhétorique protectionniste américaine, le nombre de nouvelles mesures protectionnistes ralentit (moins de 300 nouvelles mesures adoptées lors du premier semestre 2018). De plus, Euler Hermes prévoit un prolongement de la croissance du commerce mondial en volume en 2018 et 2019 (respectivement + 3,8 % et + 3,6 %). Ce dynamisme renouvelé, malgré un léger ralentissement par rapport à 2017, laisse augurer de belles opportunités à saisir pour les entreprises françaises à l’export. Le leader mondial de l’assurance-crédit estime en effet que la demande additionnelle de biens adressée à la France devrait croître de + 18 milliards d’euros en 2018 et de + 19,2 milliards d’euros en 2019.

L’Europe et l’Asie, terres d’opportunités

En 2018, les débouchés supplémentaires à capter à l’export pour les entreprises françaises proviendront en grande partie de l’Union européenne, avec + 3,5 milliards d’euros à saisir en Allemagne, + 1,9 milliard d’euros en Italie, + 1,5 milliard d’euros en Espagne et + 1,4 milliard d’euros au Pays-Bas. Au total, 60 % de la demande additionnelle adressée à la France en 2018 devrait provenir de l’UE. La Chine (+ 2,1 milliards d’euros) et les Etats-Unis (+ 1,3 milliard d’euros) feront également partie des destinations à privilégier pour les entreprises tricolores. Certains secteurs bénéficieront plus directement de cette nouvelle demande, dont les machines et équipements, l’agroalimentaire et la chimie. Pour les deux premiers cités, un tiers de la demande additionnelle proviendra d’Asie.

«Fait important, l’Asie représentera une proportion croissante de la demande additionnelle adressée à la France en 2018, de l’ordre de + 4 milliards d’euros en 2018. La route de la soie, ça marche dans les deux sens ! Par ailleurs, le dynamisme des exportations pourrait favoriser une réduction du déficit commercial français, qui devrait passer de 63 milliards d’euros l’an passé à 58 milliards d’euros en 2018. En ce sens, la croissance anémiée de la consommation des ménages attendue en 2018 a du bon car elle freine la hausse des importations, estimée à + 1,5 % seulement cette année (+ 4,1 % en 2017)», explique Stéphane Colliac, économiste en charge de la France chez Euler Hermes.

Ces perspectives prometteuses ne doivent toutefois pas occulter la résurgence du risque d’impayé à l’échelle mondiale. Après – 8 % en 2016 et – 1 % en 2017, l’indice propriétaire d’Euler Hermes qui synthétise l’évolution des faillites dans les pays partenaires de la France devrait se stabiliser en 2018 (0 %). L’accélération du nombre de défaillances en Asie (+ 31 % en 2018), et notamment en Chine (+ 50 % en 2018) explique en grande partie ce chiffre.

84 % des entreprises françaises veulent augmenter leur chiffre d’affaires à l’export en 2018

La première conclusion du Baromètre Export 2018 est que les entreprises françaises s’intéressent encore plus à l’international. En effet, 84 % des entreprises interrogées affirment vouloir augmenter leur chiffre d’affaires à l’export, contre 79 % en 2016. Les intentions fermes progressent sensiblement : 53 % des répondants déclarent envisager avec certitude un accroissement de leur chiffre d’affaires à l’export cette année, contre 49 % en 2016. Les intentions fermes sont en outre plus élevées dans les secteurs des biens de consommation (68 %) et de l’agroalimentaire (62 %). Ceux-ci bénéficieront d’une demande extérieure significative, avec le développement des nouvelles destinations en Asie, et un appel d’air créé par les accords commerciaux adoptés ou en cours de négociation (Canada, Japon, Mercosur).

«Les Etats-Unis et la Chine sont les deux premières destinations vers lesquelles les entreprises françaises souhaitent accroître leurs exportations. Ces deux pays offrent des perspectives de croissance solides cette année et une demande potentielle conséquente. Vient ensuite le Maroc, qui a l’avantage de la proximité géographique et d’une croissance plutôt stable. Enfin, l’Allemagne et l’Espagne clôturent le top 5, signe que les exportateurs français souhaitent continuer à renforcer leurs points forts», ajoute Stéphane Colliac.

Si les entreprises françaises souhaitent exporter plus, elles veulent surtout consolider leur position sur les marchés qu’elles connaissent. En effet, seuls 39 % des répondants affirment vouloir conquérir des nouveaux marchés en 2018, contre 50 % en 2016. Les entreprises françaises misent sur la continuité et la stabilité. Chez les plus prudents, le secteur de l’industrie des biens d’équipements est numéro 1, avec seulement 34 % des entreprises prêtes à se lancer à l’assaut d’un nouveau pays cette année.

Pour s’internationaliser, les entreprises françaises favorisent l’export et misent sur leur trésorerie

«Le Baromètre Export 2018 réserve une surprise de taille : 72 % des entreprises interrogées privilégient l’export à l’implantation locale. Elles étaient 64 % en 2016 et surtout, c’est la première fois que le Site France est autant mis en avant dans la stratégie d’internationalisation des entreprises», pointe Ludovic Subran, chef économiste d’Euler Hermes. «Les réformes mises en œuvre et annoncées sur la compétitivité et l’emploi redonnent envie de produire en France pour exporter. Quelle surprise dans un climat de protectionnisme décomplexé !», ajoute-t-il.

Pour financer leurs exportations, les entreprises françaises sont prêtes à puiser dans leur cash. La trésorerie est citée comme principal mode de financement de l’internationalisation (48 %). Pour comparaison, elle était citée par 36 % des répondants en 2016, signe que la confiance des exportateurs français est optimale. Cette progression se fait au détriment de l’endettement bancaire (cité par 28 % des répondants en 2018 contre 29 % en 2016), mais surtout des dispositifs d’aides publiques (17 % en 2018 contre 22 % en 2016). L’administration française met des moyens en œuvre pour soutenir les entreprises qui souhaitent se développer à l’export, mais ces dernières préfèrent jouer la carte de l’indépendance.

Le risque d’impayé reste la menace principale à l’export pour 58 % des entreprises françaises

Le risque d’impayé est cité comme principale menace à l’export par 58 % des entreprises interrogées, preuve qu’elles sont conscientes des dangers du commerce international. Leurs craintes se concentrent également autour du risque de change (52 %), des risques liés aux transports (42 %) et du risque politique (38 %).

Parmi les freins au développement international d’une entreprise, sont particulièrement cités les coûts liés au transport (49 %), le manque d’information sur les entreprises (47 %) et le manque de collaborateurs dédiés au sujet (44 %), des éléments concordant avec la volonté des entreprises françaises d’exporter plus loin, notamment en Asie.

«Les entreprises françaises sont de plus en plus volontaires à l’export, et elles veulent se développer par leurs propres moyens. Mais elles doivent garder en mémoire que l’aventure internationale est mouvementée, et qu’elle ne se joue pas en solo. A l’heure où le risque d’impayé s’accroît dans le monde, protéger sa trésorerie est un impératif pour réussir son développement à l’export sereinement»
, conclut Hubert Leman, directeur des engagements d’Euler Hermes France.

Brexit : 3 Mds eur de pertes d’exportations en 2019 pour les entreprises françaises en cas de no deal

Ana Boata, économiste en charge de l’Europe, Euler Hermes
Euler Hermes

Les négociations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni quant à un accord de sortie et à un nouvel accord commercial se poursuivent. L’issue des discussions engagées entre les deux parties est incertaine, et la probabilité d’un no deal Brexit existe. Pour quelles conséquences ?

Exporter vers le Royaume-Uni, un choix coûteux

Si le Royaume-Uni quitte l’Union européenne sans qu’aucun nouvel accord commercial ne soit signé, alors les relations entre les deux parties seront soumises aux règles de l’OMC. Les taxes à l’importation augmenteront des deux côtés, et atteindront entre
4 et 5 %. En parallèle, une forte dépréciation de la livre face à l’euro est attendue : actuellement à 1,13 euro, la livre atteindrait 0,88 euro fin 2019. Un double effet qui pourrait faire reculer les importations britanniques en provenance de l’Union européenne.
Dans le même temps, il faudra s’attendre à un durcissement des conditions réglementaires bilatérales. Les contrôles à la douane seront rallongés, et les formalités administratives à remplir plus pointues. Une complexification de la relation commerciale qui fera perdre un temps considérable aux exportateurs européens, et qui alourdira le coût d’exportation vers le Royaume-Uni.

Les exportateurs français en première ligne

L’accès au marché britannique serait ainsi plus complexe et plus coûteux pour les entreprises européennes, d’où un important manque à gagner pour les exportateurs de certains pays. L’Allemagne sera le grand perdant, avec des pertes de près de 8 milliards d’euros en exportations de biens en 2019, suivie des Pays-Bas (4 milliards d’euros) et de la Belgique (3 milliards d’euros). La France est également en première ligne, avec des pertes d’exportations de biens de 3 milliards d’euros. Une perte conséquente, puisqu’elle représenterait 16 % de la demande additionnelle adressée à la France en 2019 (19 milliards d’euros).
«Si le Brexit n’est pas suivi par la signature d’un nouveau traité commercial entre l’UE et le Royaume-Uni, les exportateurs français devront chercher de nouveaux débouchés. Les secteurs les plus affectés par un tel scénario seraient l’automobile (378 millions d’euros de pertes d’exportations de biens en 2019), les machines et équipements (324 millions d’euros), l’électronique (177 millions d’euros), l’aéronautique (160 millions d’euros) et les boissons (157 millions d’euros)», développe Ana Boata, économiste en charge de l’Europe chez Euler Hermes.

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