Lettres professionnelles

Novembre 2014

Panorama économique mondial : une croissance au pied d’argile

3 novembre 2014 - Ludovic Subran et Louis Bollaert

En 2015, la croissance du PIB mondial ne devrait pas dépasser les 3 %, pour la quatrième année consécutive. Dans ce climat de crise qui perdure, la vigilance reste de mise : les risques géopolitiques demeurent sensibles aux quatre coins de la planète, à l’image des conflits en Ukraine et en Syrie, ou des troubles démocratiques à Hong Kong et au Brésil.

Cette instabilité est d’autant plus à prévoir dans les pays appelés à voter en 2015, comme l’Argentine, la Libye, la Turquie ou la Thaïlande. «Après une élection, il y a la tentation pour le nouveau pouvoir de marquer son territoire, avec un risque de repli protectionniste», explique Ludovic Subran, chef économiste chez Euler Hermes. Les défaillances des entreprises se stabiliseront mais resteront, en volume, à un niveau toujours très élevé. Les gains de points de croissance et de marge passeront par des efforts de trésorerie, en raison de la faiblesse des prix et de la demande. Tour d’horizon des principaux indicateurs macroéconomiques.

Les économies avancées connaissent une amélioration du risque sectoriel, mais des faiblesses demeurent

Les économies avancées devraient afficher une croissance de 1,7 % en 2014, un record depuis 2010, ouvrant la voie à une amélioration du profil de risque sectoriel dans les principaux pays, notamment en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest.

Outre-Atlantique, malgré la faiblesse du PIB du T1 en raison d’un hiver inhabituellement rigoureux, le marché de l’emploi reprend des couleurs et le taux de chômage devrait passer sous la barre des 6 % fin 2014. La confiance des ménages et des entreprises est en hausse, les perspectives du secteur manufacturier sont positives et les taux d’intérêt resteront extrêmement bas jusqu’à la mi-2015 au moins. Le PIB devrait afficher une solide croissance de 2,8 % en 2015 (après 1,9 % en 2014), même si la politique accommodante de ces dernières années fait craindre des bulles dans certains secteurs (TIC).

• Après deux années de récession, la zone euro amorce une reprise progressive (+ 0,8 % en 2014 et + 1,1 % en 2015). Les mesures de soutien de la BCE ont légèrement amélioré les prévisions pour 2015. Une amélioration de l’activité commence à être notable, notamment dans les pays du sud de la zone euro, où les gains de compétitivité et le rebond progressif de la demande intérieure ont soutenu l’automobile et la distribution. Les pays cœur de la zone euro doivent ajuster leurs modèles économiques. L’Allemagne doit mener à bien sa (r)évolution industrielle pour conserver sa position de leader du secteur manufacturier, tandis que la France peine à relancer durablement ses exportations, qui dépendent toujours largement du succès de grands contrats. Le Royaume-Uni devrait engranger l’une des meilleures performances de la région (+ 2,9 % en 2014 et + 2,5 % en 2015), principalement grâce au rebond des services financiers et à une politique économique propice à la croissance. Pourtant, le défi est de développer durablement les secteurs à forte valeur ajoutée afin de relancer l’emploi et l’activité réelle.
La tendance est donc positive en Europe de l’Ouest : 25 secteurs voient leur note de risque s’améliorer au S1 (contre seulement quatre détériorations), même si les stigmates de six années de crise n’ont pas totalement disparu. La région reste en effet parmi les plus risquées à l’échelle internationale, tous secteurs confondus, avec une faiblesse particulière du secteur de la construction.

Au Japon, l’impact des mesures politiques a été renforcé : les réformes structurelles récemment dévoilées ont légèrement amélioré les perspectives économiques, grâce à un regain de confiance (+ 1,1 % en 2014 et + 1,3 % en 2015). Exception faite, une fois encore, du secteur de la construction, les entreprises sont en meilleure santé financière, grâce à la progression des bénéfices et à une amélioration des conditions de crédit, alors que des mesures budgétaires favorables sont encore prévues. Toutefois, le pays manque toujours d’une politique énergétique claire qui lui permettrait de renforcer la compétitivité des secteurs clés tels que l’électronique.

Les économies émergentes se stabilisent, mais le choc des sorties de capitaux est loin d’être résorbé

Les pays émergents se redressent après le choc des sorties de capitaux déclenchées par la baisse du rythme des achats d’actifs par la Fed, mais ils continuent de rencontrer des difficultés et l’activité économique peine à repartir durablement (+ 4,2 % en 2014). Dans les principaux pays émergents, les coûts de financement ont flambé dans le sillage d’une politique monétaire plus restrictive, et l’hétérogénéité entre les pays reste élevée.

L’Asie profite d’un regain de confiance lié à la stabilisation de la croissance chinoise et d’une embellie des perspectives économiques indiennes suite au changement de gouvernement qui renforce l’intérêt du pays en termes d’entrées de capitaux. Les perspectives sectorielles sont globalement stables et le niveau de risque reste globalement le plus bas au monde. Pourtant, l’évolution du business model de la Chine a des conséquences négatives sur plusieurs secteurs, notamment sur la métallurgie, et pourrait peser sur d’autres secteurs (distribution et e-commerce) en raison d’une intensification de la concurrence. Les turbulences politiques en Thaïlande ont sans conteste augmenté le risque des secteurs orientés sur le marché domestique : distribution et services informatiques ; automobile déjà affectée par la fin du programme gouvernemental d’aide à l’achat d’une première voiture.

• À l’inverse, les pays d’Amérique latine restent en proie à des problèmes structurels découlant de déséquilibres externes non résolus, de tensions inflationnistes fortes et donc de perspectives économiques moroses. Les prévisions de croissance économique du Brésil ont ainsi été révisées à la baisse : + 0,3 % en 2014 et + 0,8 % en 2015, bien en dessous du rythme de 5 % par an enregistré avant la crise. Cette situation pèse sur les performances régionales, tandis que le risque sectoriel se dégrade depuis le début de l’année, notamment dans la métallurgie. Pourtant, les relations économiques étroites qu’entretiennent certains pays comme le Mexique devraient avoir un impact positif, mais dont la pérennité reste à démontrer.

En Europe de l’Est, les économies qui dépendent de la zone euro connaissent un regain d’activité. Mais il est trop faible pour se traduire par une amélioration des perspectives de risque sectoriel et a été neutralisé par les conséquences néfastes de la crise Ukraine/Russie. Le PIB devrait stagner en Russie en 2014 (- 0,6 % en 2014 et + 1 % en 2015) et la récession en Ukraine sera vraisemblablement plus forte que prévu. Au Moyen-Orient, l’activité économique devrait accélérer (+ 3,4 % en 2014 et + 3,9 % en 2015) grâce aux revenus pétroliers, permettant aux perspectives sectorielles de rester globalement positives. Le secteur de la construction reste néanmoins source d’inquiétude. Moteur important du PIB, il pourrait être confronté à des attaques spéculatives à moyen terme.

Prévisions de croissance

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