La Lettre du Risque Clients avec Euler Hermes

Avril 2013

Europe/Etats-Unis : le grand écart des dynamiques sectorielles

15 Avril 20123

Dans son baromètre sectoriel, l’assureur crédit Euler Hermes dresse son analyse d’une dynamique mondiale fortement contrastée en ce début d’année 2013. Alors que les Etats-Unis montrent des signes de reprise encourageants avec une production manufacturière à + 4,2 % en 2012, l’Union européenne est en franche rechute à – 2,2 %, allant jusqu’à – 2,5 % pour la zone euro.

Avec une demande intra-zone en berne, l’Europe est toujours à la traîne dans bon nombre de secteurs, comme le prouve la contraction de ses marchés automobile et construction (respectivement – 8 % et – 5,3 % en 2012). Les quatre principaux pays membres de la zone euro enregistrent un recul d’activité en termes de production manufacturière : – 0,8 % en Allemagne, – 2,7 % en France, – 6,7 % en Italie et – 6,4 % en Espagne. A contrario, la forte reprise du marché automobile aux Etats-Unis (+ 13 % en 2012) est une belle illustration du redressement de l’industrie américaine.

«Cet écart s’explique en partie par des différences structurelles de compétitivité, commente Ludovic Subran, chef économiste d’Euler Hermes, à court terme, il tient surtout à la différence de dynamique de la demande interne, durablement en berne en Europe, et ce faisant, aussi aux spécificités des stratégies à l’international des secteurs clés de l’économie.»

1. L’industrie européenne globalement en rechute

La résistance de quelques secteurs ne compense pas les difficultés des grands secteurs trop dépendants des marchés européens en crise.

L’automobile et la construction accusent une forte dégradation.

«Alors que le marché de l’automobile renoue avec une croissance de + 4 % au niveau mondial en 2012, le marché européen affiche sa cinquième année consécutive de baisse, à – 8 %, allant jusqu’à – 14 % en France»
, explique Nicolas Delzant, président du directoire d’Euler Hermes France. Dans un climat tendu de restructurations massives, les prévisions pour 2013 sont peu réjouissantes ; le marché devrait enregistrer une nouvelle baisse de – 3 à – 5 %. Le marché de la construction est également en difficulté faute d’investisseurs et malgré des taux d’intérêt au plus bas, affichant une contraction de – 5,3 % par rapport à 2011.

L’Espagne enregistre une chute de sa production de nouveaux logements tombant fin 2012 à 50 000 unités soit près de 6,5 % de son pic d’avant-crise à 800 000 unités. Les perspectives se détériorent également en Italie et en France, avec quelque 300 000 nouveaux logements français annoncés en 2013, contre un besoin annuel de 500 000 unités. A noter également, le ralentissement d’activité de quelques pays d’Europe de l’Est.

La construction aéronautique, les équipementiers automobiles et la chimie tirent leur épingle du jeu en profitant de la croissance mondiale grâce à des groupes internationalisés. A l’écart des crises locales, la construction aéronautique profite d’une demande dynamique et d’une remarquable visibilité avec des carnets de commandes sur huit ans. Les résultats d’Airbus en attestent avec 833 commandes en 2012 après une année 2011 exceptionnelle à 1 203 commandes.

Quant aux équipementiers automobiles de rang 1, s’ils ont dû adapter leur appareil productif pour contrer la chute des ventes automobiles en Europe, ils ont aussi su profiter de la croissance mondiale du secteur automobile de + 4 %, qui devrait se poursuivre en 2013, en investissant notamment dans les pays émergents d’Asie et en Amérique du Nord. La chimie, par ailleurs, a compensé la baisse de ses volumes de – 2,5 % en Europe par l’adaptation de ses outils de production et par des hausses de prix de + 2,7 % en moyenne sur l’année ; augmentation permise par la forte spécialisation des acteurs du marché et par davantage de valeur ajoutée dans leurs produits. Le secteur a par ailleurs profité de la croissance des marchés asiatique et sud-américain.

L’agroalimentaire et l’industrie pharmaceutique figurent parmi les rares secteurs «à l’abri» de la crise.


L’activité agroalimentaire est relativement stable dans les pays matures même si elle reste exposée aux variations de prix des matières premières. La croissance de la production mondiale en 2012 s’est chiffrée à environ + 3 %, l’industrie profitant notamment des changements de mode de consommation des pays émergents avec le développement de leurs classes moyennes. De même, la croissance mondiale de l’industrie pharmaceutique s’est stabilisée entre + 4 % et + 5 %, bénéficiant de forts facteurs de soutien, parmi lesquels la demande croissante des classes moyennes des pays émergés, mais aussi celle des pays matures grâce à l’accroissement de leur espérance de vie suite à l’amélioration des technologies médicales.

2. L’industrie remonte la pente aux Etats-Unis

La production manufacturière poursuit sa croissance en 2012 (+ 4,2 %), pour la troisième année consécutive (+ 15 % depuis 2009).

La dynamique sectorielle reste favorablement orientée pour la majorité des grands secteurs.

Aux Etats-Unis, la reprise du marché automobile engagée en 2010 s’est encore confirmée en 2012 avec une croissance des ventes de + 13 % à 15 millions d’unités. Le marché devrait poursuivre sa croissance en 2013 à hauteur de + 5/6 % sans pour autant atteindre son niveau d’avant-crise compris entre 16,5 et 17,5 millions de ventes annuelles. Une forte reprise qui profite également aux équipementiers automobiles et à la sidérurgie – la production d’acier aux Etats-Unis a ainsi progressé de + 2,5 % en 2012, plus que la croissance mondiale limitée à + 1,2 %. La chimie, déjà bien orientée grâce à la renaissance de son débouché automobile, profite aussi d’un approvisionnement en énergie moins coûteux, avec la montée en puissance de l’exploitation du gaz naturel.

Celui-ci améliore significativement la compétitivité de la pétrochimie américaine, car l’éthylène produit en Europe à base de naphta est 50 % plus cher que celui produit outre-Atlantique à partir de gaz naturel. Dans l’industrie aéronautique, Boeing offre, comme son concurrent européen, des perspectives très favorables grâce à la forte demande mondiale. Le constructeur a d’ailleurs restauré en 2012 sa suprématie sectorielle en produisant et en vendant davantage qu’Airbus – la production progressant de plus de 25 % pour atteindre 601 appareils et les commandes nettes d’environ 50 % à 1 203 unités.

La construction contraste par sa reprise encore fragile, avec des volumes restant à des niveaux très faibles. Le nombre de maisons disponibles à la vente est revenu à un niveau acceptable à 1,6 million d’unités contre 3,2 millions en pleine crise, les prix immobiliers sont modérément repartis à la hausse et les mises en chantier sont également en augmentation. Le taux de défaut sur les prêts immobiliers reste cependant au-dessus de son niveau d’avant-crise, preuve que l’assainissement du marché immobilier n’est pas encore totalement achevé.

Indice de la dynamique sectorielle (variation 2011-2012)

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