Lettres professionnelles

Décembre 2017

Routes de l’export : quels pays privilégier en 2018 ?

4 décembre 2017 - Stéphane Colliac, économiste en charge de la France, Euler Hermes

L’an prochain, la demande additionnelle adressée à la France s’élèvera à + 29 milliards d’euros. La preuve que de réelles opportunités existent pour nos exportateurs. Pour saisir ce potentiel de demande externe, il ne faut pas aller chercher bien loin : c’est en zone euro que les exportateurs tricolores ont la plus belle carte à jouer.

La zone euro, un circuit bien connu

Une fois n’est pas coutume : en 2018, les meilleures perspectives à l’export pour les entreprises françaises seront à saisir en Union européenne. La croissance de la zone, qui devrait rester stable aux alentours de + 2 % (+ 1,7 % en 2016), offre à nouveau un potentiel conséquent à capter. Ainsi, plus de 70 % de la demande adressée à la France proviendra d’UE l’an prochain, soit + 16 milliards d’euros. «L’Allemagne (+4,1 milliards d’euros à saisir), les Pays-Bas (+1,5 milliard d’euros), la Belgique (+1,5 milliard d’euros) et l’Italie (+1,1 milliard d’euros) seront les destinations européennes les plus porteuses pour nos exportateurs. Les secteurs qui profiteront le plus de ce surplus de demande européenne sont l’agroalimentaire (+3,3 milliards d’euros à saisir), les machines et équipements (+3,2 milliards d’euros) et la chimie (+2,5 milliards d’euros)», estime Stéphane Colliac, économiste en charge de la France chez Euler Hermes.

Par ailleurs, commercer avec des pays membres de la zone euro offre des avantages non négligeables aux entreprises françaises. Exporter au cœur de l’espace Schengen permet en effet de se prémunir automatiquement contre un risque pourtant inhérent à l’export : le risque de change. La monnaie unique protège les exportateurs français commerçant avec des partenaires voisins. Elle leur permet de sécuriser leur marge, de supprimer l’exposition à la volatilité des devises, sans avoir à souscrire une couverture payante de ce risque.

De plus, les pays de la zone euro sont nos voisins. Ils sont culturellement proches de nous, et les produits français sont plus facilement transposables sur ces marchés. Exporter en zone euro réclame donc moins d’adaptation locale des produits échangés.

Enfin, la proximité géographique fluidifie la relation client. Elle la rend plus simple à appréhender, car favorise le contact direct : pour un dirigeant d’entreprise française, il est plus facile d’aller rendre visite à un client en Allemagne qu’en Malaisie. Commercer avec une entreprise géographiquement proche aide à tisser des liens plus solides entre les deux parties.

Sortir des sentiers battus avec le grand export

Toutefois, il ne faut pas négliger le grand export, qui offre également des perspectives intéressantes aux entreprises françaises. Un pays hors UE s’est d’ailleurs glissé dans le top 5 des destinations à viser pour 2018. Il s’agit des Etats-Unis (+ 1,9 milliard d’euros à saisir). Malgré les velléités protectionnistes du président Trump, l’économie américaine représente un marché porteur pour les exportateurs français, ne serait-ce que par sa taille et son dynamisme économique. En effet, la croissance américaine devrait accélérer à + 2,2 % en 2018, après + 2 % en 2017 et + 1,5 % en 2016. La Chine (+ 1,1 milliard d’euros à saisir) se pose aussi comme un débouché non négligeable. La croissance nominale du PIB chinois a rebondi de + 7 % en 2015 à + 9,3 % en 2017. En outre, le développement tendanciel de la consommation intérieure devrait continuer de bénéficier à nos exportateurs.

Se lancer au grand export peut sembler plus complexe que de commercer avec des entreprises proches culturellement et géographiquement. En effet, il est primordial d’anticiper les risques, de comprendre l’environnement des affaires, les pratiques culturelles, et de connaître ses partenaires commerciaux pour s’assurer du succès durable d’un développement export. Dans ce contexte, être accompagné d’un tiers expert est une plus-value non négligeable. L’écosystème qui entoure les entreprises françaises (CCE, Business France) les aide à gagner en méthodologie et en connaissance des particularités de chaque marché. L’assureur crédit, grâce à sa finesse d’analyse et de collecte d’informations financières et commerciales dans le monde entier, est également un partenaire de choix. Il aide les exportateurs à se concentrer sur les cibles commerciales les plus solides, sécurise leur poste client face au risque d’impayé, et les protège contre le risque politique (guerre, terrorisme, annulation de licence). Il est aussi en mesure de délivrer des cautions de marché, qui visent à rassurer les donneurs d’ordres étrangers dans l’optique de remporter des appels d’offres à l’international.

L’export ne s’improvise pas, la démarche est longue et peut s’avérer risquée. Mais il s’agit d’un véritable relais de croissance pour les entreprises françaises. «En Europe comme au grand export, il y a des parts de marché à conquérir. La reprise économique mondiale se confirme, la croissance mondiale étant attendue à + 3 % en 2017 et en 2018, une première depuis six ans ! Nos exportateurs seraient bien inspirés d’en profiter. Le commerce international peut être un levier de croissance supplémentaire, encore faut-il oser s’y lancer», conclut Stéphane Colliac.

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