Lettres professionnelles

Décembre 2019

Quelles perspectives pour les entreprises françaises en 2019 et 2020 ?

Décembre 2019

Après avoir ralenti en 2018, comment se comportera la croissance française en 2019 et en 2020 ? La consommation repartira-t-elle de l’avant ? Les carnets de commande resteront-ils remplis ? Le contexte international mouvementé affaiblira-t-il la demande externe ? Panorama des perspectives qui attendent les entreprises françaises cette année et l’an prochain avec Stéphane Colliac, économiste France chez Euler Hermes.

Attention : ralentissement en vue pour l’économie française ! Selon Euler Hermes, la croissance économique française ne devrait atteindre que + 1,2 % cette année, après + 1,7 % en 2018. Une performance décevante, malgré les mesures budgétaires prises par le gouvernement, qui n’ont pas eu les effets escomptés.

En 2019, la demande patine et la production ralentit

En effet, suite aux mouvements sociaux initiés fin 2018, les autorités françaises ont adopté différentes mesures qui ont abouti à une relance budgétaire de 16 milliards d’euros, composée d’aides et de baisses d’impôts à destination des ménages. L’objectif était de soutenir le pouvoir d’achat des ménages et d’inciter à la dépense, mais il n’a été que partiellement rempli : la consommation des ménages ne devrait croître que de + 1,2 % en 2019, soit seulement 0,3 point de plus qu’en 2018.
«En ce moment, les ménages français favorisent l’épargne à la consommation : leur taux d’épargne devrait s’accroître de + 0,8 point en 2019. Malgré les mesures budgétaires qui ont été appliquées, les ménages préfèrent mettre de côté pour anticiper un éventuel coup dur. La hausse du revenu disponible des ménages n’est donc pas synonyme de fort rebond de la demande domestique», analyse Stéphane Colliac.
Si la demande domestique déçoit malgré une modeste accélération, le constat est plus alarmant côté demande externe. Alors qu’elles avaient crû de + 18 milliards d’euros en 2018, les exportations françaises ne devraient croître que de + 16 milliards d’euros en 2019. Une perte de débouchés export additionnels de – 2 milliards d’euros pour les entreprises françaises qui trouve sa source dans le contexte international mouvementé, entre tensions commerciales sino-américaines, incertitude relative au Brexit et crise du secteur industriel en Allemagne. Ce dernier événement est d’ailleurs celui qui handicape le plus les exportateurs français, et notamment les équipementiers, qui souffrent face aux difficultés du secteur automobile allemand.
Qu’elle soit domestique ou externe, la demande globale à destination des entreprises françaises est donc à la peine. Cela a forcément un impact négatif sur leur cycle de production. Les entreprises françaises devraient ainsi voir leurs ventes croître de manière moins rapide que prévue, ce qui implique une accumulation de stocks qui pourrait les contraindre à baisser leurs prix de ventes, et ainsi avoir un impact sur leurs marges.
«Dans ce contexte d’atonie de la demande et de pression sur la trésorerie des entreprises, ces dernières sont contraintes de revoir leur rythme de production à la baisse. Nous estimons que la production manufacturière française devrait fortement ralentir en 2019, avec une croissance de seulement + 0,2 % après + 0,3 % en 2018. C’est la conjonction de ces événements qui explique la faible performance de l’économie française en 2019, et le recul de notre croissance», ajoute Stéphane Colliac.

Peut-on espérer mieux pour 2020 ?

Pas vraiment…
En 2020, rebelote : le gouvernement français devrait procéder à + 9 milliards d’euros additionnels de baisse d’impôts à destination des ménages français. Un nouveau soutien supplémentaire apporté à leur pouvoir d’achat… qui ne permettra pas à la croissance de l’économie française d’accélérer, mais seulement de se maintenir à + 1,2 %.
«Ce nouveau stimulus budgétaire aura du bon, car sans lui, la croissance française n’atteindrait même pas les + 1 % en 2020. Toutefois, la consommation des ménages ne progressera que de + 1,4 % en 2020 (+ 1,2 % en 2019). Les ménages se montreront encore prudents l’année prochaine dans leurs actes de consommation, ce qui ne permettra pas à notre économie d’accélérer», explique Stéphane Colliac.
Côté externe, comme en 2019, les exportations devraient encore ralentir : la demande additionnelle adressée aux entreprises françaises en 2020 n’atteindra que + 10 milliards d’euros, soit – 6 milliards d’euros par rapport à 2019. Les trois principales causes de cette situation ? Les nouvelles taxes américaines imposées sur les produits en provenance d’UE, le Brexit (qu’un accord soit finalement trouvé ou non), et la faible croissance de la zone euro, principal client de nos exportateurs. Des débouchés externes moins nombreux donc pour les entreprises françaises.

Conséquence directe pour les entreprises : avec des stocks qui continuent de s’accumuler face à une demande qui patine, la pression sera forte sur les marges et la trésorerie. De même, le réajustement de la production sera nécessaire, et l’on peut ainsi s’attendre à une baisse de la production manufacturière française (– 0,2 %). Enfin, qui dit moins de production dit moins d’investissement dans les capacités de production : l’investissement des entreprises françaises devrait croître de + 2,3 % en 2020, soit – 1 point par rapport à 2019.

Une situation tendue pour les entreprises françaises, mais meilleure que celle de nos voisins européens

2019 et 2020 seront deux années difficiles pour les entreprises françaises, qui devront faire face à un consommateur prudent et des carnets de commandes moins remplis. Une situation qui mettra forcément leur rentabilité et leur trésorerie sous pression, laissant craindre un renforcement du risque d’impayés. Certains secteurs souffriront d’ailleurs plus que d’autres, dont l’automobile et tous les sous-secteurs qui entrent dans sa chaîne de production, l’agroalimentaire ou encore le textile.
Mais avec une croissance de + 1,2 % en 2019 et 2020, la France semble tirer son épingle du jeu par rapport à ses voisins européens. «Notre rythme de croissance cette année et l’année prochaine sera supérieur à celui de la zone euro (+ 1,1 et + 1 %), et surtout à celui de l’Allemagne, qui connaît une période particulièrement douloureuse (+ 0,6 % en 2019, comme en 2020). Ce qui fait la différence entre nous et nos voisins ? Sans aucun doute la capacité de notre Etat à agir sur le levier budgétaire, en apportant du stimulus aux ménages pour limiter la casse et permettre à notre économie de se maintenir à un taux de croissance qui reste correct», conclut Stéphane Colliac.

Les dernières Lettres du Risque Clients

Toutes les Lettres du Risque Clients