Lettres professionnelles

Juin 2016

Risques et stratégies gagnantes pour les exportateurs français en 2016-2017

Dans un contexte marqué par la faible croissance des économies émergentes, la volatilité des changes et la persistance du risque politique, le développement à l’export peut sembler de plus en plus risqué pour les entreprises françaises. Mais une entreprise peut-elle encore se développer sans penser export ? Le potentiel de débouchés reste considérable, et les entreprises françaises ont vraiment leur carte à jouer. Panorama des destinations à potentiel, des risques et opportunités pour les exportateurs français en 2016-2017. Tour d’horizon des bonnes pratiques à mettre en place pour une protection optimale contre le risque d’impayés.

44 milliards d’euros de plus à l’export pour les entreprises françaises d’ici 2017

En France, 2016 marque une dichotomie entre une demande intérieure qui ne cesse de s’améliorer (l’investissement soutiendra la croissance pour la première fois depuis 2011), et une demande extérieure qui marque le pas. La France va mieux, sa compétitivité se redresse, mais l’export rapporte moins : la baisse du prix des matières premières s’est diffusée à tous les autres biens et la dépréciation des devises émergentes a renforcé cet effet prix négatif. En conséquence, le déficit commercial devrait se creuser pour s’établir à – 55 milliards d’euros cette année, et les exportations françaises ne devraient croître que de 10 milliards d’euros en 2016, une croissance quasiment trois fois inférieure à celle de 2015 (27 milliards d’euros).

Ce surplus de demande proviendra majoritairement d’Allemagne (+ 2,7 milliards d’euros), d’Espagne (+ 1,5 milliard) et des Etats-Unis (+ 1 milliard). 2016 devrait marquer un fort recentrage des exportations françaises vers la zone euro : plus des deux-tiers de la croissance des exportations françaises en proviendront (Allemagne, Espagne, Belgique, Italie et Pays-Bas en tête). Certains secteurs bénéficieront plus directement de cette nouvelle demande : les biens d’équipement (+ 3,1 milliards), la chimie (+ 1,9 milliard) et l’automobile (+ 1,9 milliard).

Mais la faible croissance en valeur des exportations françaises en 2016 semble n’être qu’une parenthèse. Avec un commerce mondial en hausse de + 3,4 % en volume en 2017 et la fin du choc pétrole, les exportations françaises s’accroîtront de 34 milliards d’euros, un rythme plus conforme avec le potentiel des entreprises françaises à l’exportation. L’ancrage européen restera plus fort que par le passé, car les exportateurs français bénéficieront du renforcement de la croissance européenne. Toutefois, le grand export fera aussi son retour, la Chine apparaissant à nouveau parmi les 10 plus fortes croissances à l’export (+1,3 Mds en 2017).

Près de 8 entreprises sur 10 envisagent d’augmenter leur chiffre d’affaires à l’export

Dans son cinquième baromètre export, Euler Hermes, leader mondial de l’assurance-crédit, dresse un panorama des intentions des entreprises françaises à l’export en 2016 et 2017. Les 23 délégations régionales d’Euler Hermes ont interrogé plus de 900 exportateurs français, majoritairement des PME-ETI issues du tissu industriel, pour connaître leurs stratégies de développement et leur fonctionnement à l’international.

Euler Hermes constate un léger recul du nombre d’entreprises désireuses d’augmenter leur chiffre d’affaires à l’export : 79 % en 2016 contre 83 % en 2014, les intentions fermes se maintenant à 49 %, et les intentions probables reculant à 30 % (contre 34 % en 2014). Ce léger recul est imputable à l’incertitude qui pèse à l’échelle internationale : faible croissance économique mondiale, volatilité des changes, persistance du risque politique, rebond des défaillances d’entreprises à l’échelle mondiale. Les débouchés lointains sont soumis à rude épreuve.

Les intentions fermes sont plus élevées dans les secteurs des services (66 %) et des biens de consommation (53 %). Ces secteurs tirent profit des gains de pouvoir d’achat dont les ménages ont bénéficié et continuent d’offrir des débouchés conséquents pour les entreprises françaises, particulièrement en Europe.

Les raisons d’une plus grande frilosité : le risque d’impayé toujours n° 1, le risque de change et le risque politique remontent en flèche

Comme en 2014, le risque d’impayé reste la principale préoccupation des exportateurs français : 59 % des entreprises craignent l’incapacité de leurs clients à honorer leurs engagements. «Cette perception du risque est aggravée par la difficulté d’obtenir des informations financières sur les clients, citée par 51 % des entreprises interrogées», précise Hubert Leman. Une crainte motivée par la recrudescence des défaillances à l’échelle mondiale en 2016 (+ 2 %), en hausse pour la première fois depuis 2009.
Fait marquant dans les résultats de cette année, 55 % des entreprises redoutent le risque de change, contre 39 % en 2014. La situation des pays émergents inquiète les exportateurs. «La baisse du prix des matières premières et la politique monétaire américaine moins accommodante ont contribué à la dépréciation massive des devises émergentes, effrayant au passage les courageux du grand export qui ont vu le risque de change peser dans le bilan», explique Stéphane Colliac.

Enfin, les exportateurs français restent très attentifs au risque politique (41 %), qui semble faire son retour à l’international. Euler Hermes a en effet dégradé la note de risque pays à court terme de 11 économies début 2015, dont la Chine et le Brésil.
Par ailleurs, le poste client est aujourd’hui plus difficile à gérer à l’export. 19 % des exportateurs français déclarent que les délais de paiement se sont rallongés sur les 12 derniers mois. Le secteur des transports est un exemple frappant, puisque 25 % des entreprises de ce secteur ont constaté une hausse des délais de paiement lors de l’année écoulée. Cette pression est imputable à l’atonie des échanges internationaux et à la baisse du prix des transports, le Baltic Dry ayant été divisé par quatre depuis 2013. Tout ceci a pesé sur les marges de ces entreprises.



Une réelle envie d’export, mais pas trop loin

Les destinations privilégiées par les entreprises françaises se recentrent sur la zone euro (Allemagne, Espagne et Belgique en tête). L’Italie se replace en 4e position, et gagne deux places, devant le Royaume-Uni et les Etats-Unis. La remontée du risque de change invite à la prudence.
Alors que le Brésil, l’Algérie et l’Inde caracolaient en tête des pays visés pour 2015, le podium des destinations visées pour 2016-2017 diffère. «Les Etats-Unis arrivent premiers du classement des destinations visées pour les prochains trimestres. Les exportateurs français n’ont pas pleinement profité d’un cycle de croissance (2 % de moyenne pour la 8e année consécutive) qui ne semble pas s’essouffler, et veulent se rattraper dès cette année», poursuit Ludovic Subran, chef économiste d’Euler Hermes. Par ailleurs, l’Espagne se hisse à la troisième place, forte de la reprise de sa croissance économique (+ 2,6 % en 2016), parmi les plus fortes de la zone euro.

Mais les entreprises hésitent à se lancer vers de nouveaux marchés : seul un exportateur français sur deux s’y risquerait en 2017. «Avec des risques de change et d’instabilité politique accrus, les BRIC ne sont plus convoités que par 29 % des exportateurs français contre 49 % en 2014 : à ce degré, on peut parler d’anges déchus», précise Stéphane Colliac, économiste France d’Euler Hermes. Au niveau sectoriel, l’agroalimentaire et les biens d’équipement sont les moins frileux, forts de leur compétitivité restaurée : dans ces secteurs, plus d’une entreprise sur deux est prête à exporter vers une nouvelle destination.
Exporter ou investir à l’étranger : quelle stratégie adopter dans un monde turbulent ?
64 % des entreprises privilégient l’export comme stratégie d’internationalisation plutôt que l’implantation locale. La forte concentration de leurs exportations en Europe leur évite d’être confrontées aux barrières protectionnistes. Les secteurs qui exportent le plus sont d’ailleurs ceux qui bénéficient pleinement du marché commun (agriculture, agroalimentaire).

36 % des entreprises font le choix de l’implantation locale. Ces choix sont essentiellement portés par des raisons de facilités d’accès au marché et de proximité du consommateur (51 %) plutôt que par des raisons de coût du travail (9 %) ou de fiscalité locale (4 %). Ce sont les services, pour lesquels les barrières au commerce restent plus fortes, qui recherchent le plus une implantation locale. Les chiffres de fusions-acquisitions, en hausse de + 19 % en 2015, soutiennent d’ailleurs cette hypothèse d’un pouvoir d’achat accru des entreprises françaises alors que l’export devient plus difficile. Cette internationalisation plus capitalistique rapporte 1,2 point de PIB (revenu des IDE) et semble performante dans un monde aux chaînes de valeur plus courtes pour servir un consommateur plus exigeant.

Toutefois, les velléités d’investissement à l’étranger sont affectées par le retour du risque pays : seulement 26 % des entreprises interrogées envisagent d’investir davantage à l’étranger en 2016, à égalité avec l’intention d’investir en France. Pour mémoire, elles étaient 32 % à jouer offensif à l’international en 2014. Alors que le change joue en faveur des entreprises françaises, l’instabilité économique perçue et les risques pesant sur les actifs priment.

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