Lettres professionnelles

Parole d’expert 

«Face à la fraude, anticipation et couverture du risque»

Octobre 2016 - Michel Van Swieten, Euler Hermes

93 % des entreprises françaises déclarent avoir été victimes de tentatives de fraude en 2016. C’est ce que révèle l’étude menée par Euler Hermes et la DFCG (2016), matérialisant ainsi l’explosion du risque de fraude en France. Alors, comment s’en protéger efficacement ? Quels sont les dispositifs de protection contre la fraude, et comment fonctionnent-ils ? Décryptage des comportements à adopter face au risque de fraude avec Michel Van Swieten, expert fraude chez Euler Hermes.

Par Michel Van Swieten, expert fraude, Euler Hermes

Comment l’entreprise peut-elle évaluer la garantie nécessaire pour couvrir le risque de fraude ?

Le besoin de couverture est fonction du risque, lequel dépend de plusieurs facteurs : les principaux sont l’organisation et la taille de l’entreprise (nombre de salariés, chiffre d’affaires, décentralisation, existence de filiales étrangères, etc.). Nous n’avons pas une approche de risque par secteur puisque nous considérons que toutes les filières sont aujourd’hui exposées, et souvent attaquées. Ce n’est pas l’activité qui fait le risque, mais plutôt l’organisation !
En pratique, les entreprises couvrent quelques pourcents de leur chiffre d’affaires dans le but de protéger leur résultat net. En moyenne, pour une PME, cela représente environ 3 % du chiffre d’affaires global. L’objectif est de trouver le juste équilibre entre un montant de garantie permettant de couvrir raisonnablement le risque et une prime adaptée.

Comment l’assureur évalue-t-il le risque et le niveau de prime ?

La prime est fonction du montant de la garantie et de notre évaluation du risque. Celle-ci se base sur un questionnaire d’assurance qui a pour vocation de tester la maturité et la sensibilisation de l’entreprise au risque de fraude. La souscription ne nécessite pas de réaliser un pré-audit. Le questionnaire d’assurance est organisé selon quatre blocs : l’organisation et la séparation des tâches, les moyens de paiement, la sécurité informatique et enfin les antécédents.
A titre d’exemple, une entreprise réalisant 50 millions d’euros de chiffre d’affaires et employant 200 personnes souhaite souscrire une garantie pour un montant de 1,5 million d’euros. Le montant de la prime pourrait être évalué aux alentours de 15 000 euros.

Euler Hermes a lancé il y a deux ans EH Fraud Cover. Que couvre cette solution ?

EH Fraud Cover couvre la plupart des conséquences financières liées à des fraudes internes, externes et cyber. Concrètement, nous indemnisons nos assurés des fonds ou marchandises détournés. En parallèle, nous indemnisons également les frais engagés, notamment les frais de décontamination des données en cas d’attaque virale, les frais de prestations pour permettre à l’entreprise de débloquer les systèmes en cas de cyberextorsion, les frais de notification en cas d’atteinte aux données personnelles (par exemple informer les clients ou les salariés de l’entreprise que leurs données ont été divulguées), les frais de communication pour restaurer la réputation de l’entreprise, les frais de poursuites judiciaires, dont l’accompagnement par un avocat.

Face à une fraude ou tentative de fraude, que pouvez-vous faire ?

Euler Hermes accompagne l’assuré dans sa gestion de crise. Deux mots d’ordre : anticipation et réaction. Anticiper, c’est essentiellement établir les contacts avec la police ou la gendarmerie, ses banquiers, son cabinet d’avocats, pour déterminer qui solliciter le moment venu en cas d’urgence. C’est aussi prévoir la conduite à tenir en cas de fraude impliquant un salarié de l’entreprise. Quant à la réaction, la rapidité d’intervention sera cruciale pour tenter de bloquer des virements en cas de détournement de fonds. Il faudra ensuite penser au dépôt de plainte, à la collecte de preuves pour l’enquête… et à déclarer le sinistre à l’assureur !

Après une fraude, comment se déroule l’indemnisation ?

Après déclaration du sinistre, notre délai maximum d’indemnisation est de trois mois, mais cela peut être bien plus rapide. Récemment, l’un de nos assurés, une entreprise réalisant environ 50 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’export, a été victime d’une fraude au faux client. Les marchandises ont été livrées à une fausse adresse. Le montant total de la fraude s’est élevé à 208 000 euros (coût des marchandises, frais de transport et frais d’avocats à l’international). Ce client avait choisi une franchise variable avec une quotité d’indemnisation de 80 %. Nous l’avons donc indemnisé d’un montant de 166 400 euros sous un délai de trois semaines. A noter, nous pouvons être tout à fait flexibles dans le montage des franchises de manière à nous accorder avec la stratégie de gestion du risque de l’entreprise.

Les dernières Lettres du Risque Clients

Toutes les Lettres du Risque Clients