Délais de paiement : au-delà du Prix, le coût

Publié le 10 juin 2016 à 16h46

Dominique Chesneau

Alors que le Prix des délais de paiement, récompensant les bonnes pratiques des entreprises dans ce domaine, a été remis le 8 juin dernier à Bercy avec le soutien de la DFCG, il convient de rappeler que les modalités de présentation des informations relatives aux délais de paiement changent à compter du 1er juillet 2016. Les rapports de gestion publiés à partir du second trimestre 2017 devront présenter l’ensemble des retards de paiement à la clôture des comptes, tant du côté des fournisseurs que des clients, la sincérité de ces informations étant attestée ou commentée par les commissaires aux comptes. Sans qu’un rappel ne soit nécessaire, les pénalités sont exigibles à un taux qui correspond au taux directeur semestriel de la Banque centrale européenne (BCE), en vigueur au 1er janvier ou au 1er juillet, majoré de 10 points ou, à défaut de stipulation dans les conditions générales de vente sur ce point, un taux minimal correspondant à trois fois le taux de l’intérêt légal.

La période, durable selon Mario Draghi, de «quantitative easing» conduira nécessairement les directeurs financiers à réfléchir à la gestion de leur bas de bilan. En effet, avec des taux proches de zéro, voire négatifs, certaines entreprises pourraient décider d’allonger leur délai d’encaissement afin de réduire leurs encours de trésorerie et donc le manque à gagner (du fait des taux négatifs). Outre son aspect «contre-culturel» pour un directeur financier, cette possibilité serait de courte vue. Dans l’environnement économique actuel, une trésorerie conséquente vaut bien une réduction du résultat financier afin de disposer d’un coussin de sécurité – par exemple en cas de réduction des offres de financement bancaire.

Outre ces aspects «trésorerie», qui concernent le directeur financier d’un fournisseur, regardons du côté de la dette – cette fois sous l’œil du directeur financier d’un client. S’il pouvait être financièrement intéressant, jusqu’à présent, de placer sa trésorerie (ce qui rapportait) et de tarder à payer ses fournisseurs (ce qui était presque gratuit), la situation s’est aujourd’hui inversée. D’une part, parce que les placements en cash ou cash équivalent et déductibles de la dette nette (selon IFRS 7) rapportent très peu et se raréfient. D’autre part, parce que les retards de paiement vont coûter de plus en plus cher. L’enjeu, pour le directeur financier «client», est alors d’arbitrer entre un placement à rendement faible ou nul et un taux de pénalité (rendement implicite très négatif) en cas de retard de paiement. La pénalité, dans un environnement de taux bas où le cash ne rapporte plus, paraît ainsi être de nature à inciter les grands acheteurs à régler leurs dettes fournisseurs dans les délais légaux.

Ainsi, quelle que soit la configuration de la courbe des taux, la nouvelle réglementation devrait être incitative, tant pour les clients que les fournisseurs !

Néanmoins, le travail sur les seuls délais de paiement ne suffit pas, il doit s’accompagner d’efforts sur la simplicité de traitement pour le fournisseur. De manière très opérationnelle, certains acheteurs importants intègrent leurs fournisseurs dans leurs processus de paiement afin d’accélérer ce traitement… mais leurs protocoles internes imposent à ces mêmes fournisseurs de modifier leur système de facturation. Ainsi, lorsqu’une entreprise a plusieurs grands clients, elle doit adapter sa chaîne de traitement à chacun de ses clients. Il est probable qu’un socle commun de standardisation au moins partielle de ces opérations («order to cash» et «purchase to pay») serait un facteur de simplification et d’économie bienvenu pour les PME et ETI.

Au-delà des relations interentreprises ou bancaires, les entreprises ont tout intérêt à augmenter leurs financements de marché – notamment dans les conditions actuelles de taux. Or l’accès au marché est encore trop timoré. Telle est l’une des ambitions de l’agenda 2020 de Paris-Europlace : créer les conditions pour que se développent des marchés financiers répondant de manière sûre, efficace et élargi aux besoins (nouveaux) des entreprises.

Dominique Chesneau

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