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Interview - Philippe Heim, directeur financier, groupe Société Générale

«La direction financière a évolué vers une organisation globale et intégrée.»

Option Finance - 15 janvier 2018 - Propos recueillis par Alexandra Milleret

Société Générale

Philippe Heim, directeur financier, Société Générale
Société Générale

Votre groupe, Société Générale, vient de procéder à une grande réorganisation de sa direction financière. En quoi consiste-t-elle ?

Une banque est une entreprise comme les autres, avec en termes d’organisation des missions corporates classiques, mais a la spécificité d’évoluer dans un secteur très régulé et doit respecter d’importantes contraintes réglementaires (respect des ratios en termes de capital, de liquidité…). La direction financière est donc également chargée de produire tous les reportings que nous transmettons à nos régulateurs : la BCE, la Banque de France, la Banque d’Angleterre, la FED…

Dans ce cadre, notre direction s’est transformée en plusieurs étapes. Alors qu’avant les directeurs financiers de chaque activité reportaient au responsable de ces activités, début 2016, nous avons ainsi évolué vers une organisation globale et intégrée regroupant dans une filière hiérarchique unique l’ensemble des départements financiers de la banque, au service à la fois de la Direction générale et des autres métiers du groupe de manière à pouvoir les accompagner dans la formalisation de leur stratégie.

Par ailleurs, depuis le 1er janvier, nous avons franchi une nouvelle étape de notre réorganisation : la banque s’étant structurée en business units et service unit, elle chapeaute désormais dix-sept directeurs financiers et une dizaine de départements transversaux : le pilotage stratégique, la trésorerie, la comptabilité, les relations investisseurs… Tout cela vise à être plus efficace, au service des métiers et de la création de valeur du groupe.
 

Votre réorganisation coïncide-t-elle avec la révolution digitale que connaissent les directions financières ?


Effectivement, les directions financières sont un des lieux de l’entreprise les plus impactés par le digital. J’ai nommé à mes côtés un Chief Digital Officer chargé de mettre en place au sein de la direction financière des solutions digitales que nous appliquons au fur et à mesure à tous nos process. Nous recrutons également des «data analysts», spécialistes du maniement des données, ainsi que des informaticiens spécialisés dans les nouveaux langages pour ce type de solutions numériques.

Nous disposons à présent de tableaux de bord, de reportings de contrôle de gestion qui ne sont plus seulement des catalogues de données papier mais des documents dynamiques, facilement consultables et qui permettent de faire des croisements de données à la demande avec des outils numériques très performants.

L’automatisation est également extrêmement probante dans notre métier, où beaucoup de tâches sont répétitives ou prédéfinies.

Par ailleurs, nous expérimentons des solutions d’intelligence artificielle. Nous avons des solutions de machine learning (l’apprentissage automatique, premier stade de l’intelligence artificielle). Des robots nous permettent d’extraire des données, de les mettre en forme et de rédiger des commentaires relatifs à ces informations. Ce qui relevait de la science-fiction il y a quelques années est devenu une réalité très concrète aujourd’hui, avec la transformation digitale.


Quels sont les objectifs stratégiques de la direction financière pour 2018 ?


Pour la fonction finance, notre objectif principal est de finaliser la mise en place de cette organisation, en sachant que le groupe fait face à de grandes échéances cette année. En effet, de nouvelles normes comptables entrent en vigueur : IFRS 9, par exemple, refonde le mode de calcul des provisions en fonction des pertes anticipées sur la durée de vie des crédits et non plus en fonction des pertes constatées.

Par ailleurs, en décembre dernier, le programme de réforme bancaire Bâle IV a été finalisé après trois années de discussions. La méthode de calcul des encours de risques (de crédit, de marchés, opérationnels) a été révisée. Les banques ont dix ans (jusqu’en 2027) pour se conformer à ces nouvelles règles. Il s’agit d’un chantier opérationnel majeur avec des impacts stratégiques pour la banque, en particulier dans la nécessaire optimisation de son portefeuille d’activités.

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